L’Ordre national des avocats de Tunisie (ONAT) dément catégoriquement la rumeur selon laquelle que 250 avocats tunisiens auraient déjà émigré vers la France. Dans une déclaration à L’Économiste Maghrébin, son secrétaire général, Me Laroussi Zguir, qualifie ce chiffre de totalement impossible et de pure fiction. Selon lui, un tel effectif annuel de départs n’a probablement jamais été atteint dans toute l’histoire du barreau tunisien.
Les chiffres réels, précise-t-il, sont bien en deçà des rumeurs. D’après les statistiques de l’ONAT, le nombre d’avocats qui sollicitent l’institution chaque année pour entamer les démarches d’expatriation ne dépasse pas vingt voire vingt-cinq confrères, et se situe parfois en deçà. Me Zguir met cette proportion en perspective avec la démographie professionnelle du pays, la Tunisie comptant plusieurs milliers d’avocats inscrits au barreau, et déplore que certains médias publient des chiffres sensationnalistes sans remonter à la source officielle qu’est l’Ordre national des avocats de Tunisie, seul détenteur des statistiques réelles.
Il rappelle par ailleurs que ce désir de réorientation de carrière vers l’étranger est un phénomène classique, observé chaque année depuis plusieurs décennies.
Un protocole légal strict, encadré par l’article 100…
Me Zguir insiste sur un point fondamental : aucun avocat tunisien ne peut s’installer et exercer en France de manière improvisée. Ce parcours n’est pas régi par le CAPA (pour Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat), mais par un cadre réglementaire français extrêmement strict — l’examen prévu par l’article 100 de la loi française relative à l’accès des étrangers à la profession d’avocat.
Pour postuler à cet examen, le candidat doit présenter un dossier rigoureux comprenant plusieurs documents officiels délivrés par l’ONAT. Pièce maîtresse de ce dossier, une lettre du Bâtonnier de Tunisie détaille le parcours professionnel complet de l’avocat et précise, de manière transparente, ses antécédents, notamment s’il a fait l’objet d’un conseil de discipline ou de sanctions. Loin d’être une simple formalité administrative, cette correspondance est adressée directement par le Bâtonnier tunisien à son homologue du barreau d’accueil en France.
Une fois le dossier validé, les candidats passent des épreuves sélectives portant notamment sur la déontologie et l’éthique professionnelle, la procédure civile, la procédure pénale, ainsi que d’autres matières connexes, évaluées par une commission d’examen dédiée. Ce n’est qu’après leur réussite que les lauréats récupèrent leurs documents définitifs auprès de l’ONAT pour s’expatrier de manière régulière et légale.
Tout ceci pour dire que le nombre de 250 avocats tunisiens quittent chaque année la Tunisie pour aller exercer en France est loin de correspondre à la réalité.