Une étude de l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives met en évidence un constat préoccupant : malgré l’accélération de la transformation numérique, seules 7,8 % des entreprises tunisiennes atteignent aujourd’hui un haut niveau de maturité numérique et sont réellement prêtes à intégrer l’intelligence artificielle à grande échelle.
Selon cette analyse, les principaux freins à cette transition restent profondément structurels. Les contraintes financières, le déficit de compétences numériques et la résistance au changement constituent les trois obstacles majeurs qui ralentissent l’adoption des technologies avancées dans les entreprises tunisiennes.
Des obstacles avant tout structurels
D’après l’étude, 70,9 % des entreprises interrogées considèrent la limite des ressources financières comme le principal frein à leur capacité d’adoption technologique. Par ailleurs, 63,3 % évoquent le manque de compétences numériques, tandis que 58 % soulignent la résistance au changement interne, traduisant la difficulté à intégrer de nouvelles pratiques de travail et à adapter les organisations.
Ces résultats montrent que le défi ne se limite pas à l’acquisition de solutions technologiques. Il s’agit avant tout de la capacité des entreprises à évoluer en profondeur, à transformer leurs modes de gestion et à développer une véritable culture de l’innovation.
Une transformation numérique encore inégale
L’étude révèle toutefois que le tissu entrepreneurial tunisien a déjà engagé plusieurs étapes de digitalisation. Ainsi, 76,2 % des entreprises privées disposent d’un site internet ou d’une page de présentation, 72,5 % utilisent des solutions numériques de gestion, et 60 % recourent à des plateformes collaboratives pour la communication et le travail interne.
Cependant, cette transformation reste inégale selon les fonctions. Les services administratifs, la production et les ventes affichent des niveaux de numérisation plus avancés que les ressources humaines ou les systèmes d’information, révélant des écarts internes importants au sein des organisations.
Une fracture entre perception et réalité de l’innovation
L’analyse met également en lumière un décalage significatif entre les perceptions et la réalité. Si 86 % des entreprises estiment que les technologies numériques favorisent l’innovation, seules 19 % déclarent avoir mené au moins une activité innovante. Par ailleurs, à peine 11 % ont bénéficié de programmes publics de soutien à la recherche et au développement.
Ce contraste souligne la difficulté à transformer le potentiel numérique en résultats concrets en matière d’innovation et de compétitivité.
Recommandations pour accélérer la transition
Pour lever ces blocages, l’étude recommande de renforcer l’investissement dans les compétences numériques, notamment en science des données et en intelligence artificielle, de moderniser les systèmes d’information et de développer les partenariats entre entreprises, universités et centres de recherche.
Elle insiste également sur la nécessité de soutenir davantage les mécanismes de financement dédiés à la transformation numérique et à l’innovation, afin de permettre aux entreprises tunisiennes de franchir un cap décisif.
L’objectif est clair : renforcer la compétitivité du tissu économique national et accélérer l’intégration des technologies avancées dans les processus d’innovation et de performance.