Alors que la Banque mondiale triple ses investissements dans l’agriculture africaine, un nouveau rapport de l’“Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique“ (AFSA) et de l’IATP sonne l’alerte : derrière la promesse technologique de l’intelligence artificielle se cacherait un mécanisme d’endettement et de contrôle des petits éleveurs.
Intitulé « The Bank Takes the Lead », le rapport du Groupe de la Banque mondiale (GBM) s’est imposé comme le chef de file de la « Révolution verte » en Afrique, engageant 12 milliards de dollars dans des projets liés à l’élevage au cours de la dernière décennie. Au cœur de cette stratégie : l’initiative AgriConnect, qui place l’IA et les technologies en réseau au centre de la transformation rurale.
Le rapport souligne un changement de rhétorique majeur. Là où les agences de développement traditionnelles parlaient de “réduction de la pauvreté“, le GBM promeut désormais un modèle où l’IA transforme l’éleveur en « fontaine de données ». D’ailleurs, le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, décrit un cercle qu’il juge vertueux : un éleveur utilise son téléphone pour diagnostiquer une maladie via une photo, générant ainsi une « piste de données ».
Pour l’institution de Bretton Woods, cette collecte massive d’informations est à même de créer un historique de crédit là où il n’en existait pas, ouvrant la porte aux banques et aux investisseurs privés.
Cependant, les auteurs du rapport y voient une menace pour l’indépendance des producteurs. L’utilisation de l’IA et des drones est présentée comme une alternative aux « services de vulgarisation traditionnels souvent défaillants », remplaçant l’expertise humaine locale par des algorithmes gérés par des géants de la tech et de la finance.