Washington et Tel-Aviv sont-ils au bord de la rupture ? Donald Trump veut garder ouverte l’option d’un accord avec Téhéran ; Benjamin Netanyahu estime pour sa part que la pression militaire doit continuer afin d’« écraser » les capacités nucléaires et balistiques de son ennemi héréditaire.
L’idylle entre « Bibi » et « le meilleur ami d’Israël à la Maison Blanche » semble avoir du plomb dans l’aile. Pourtant, pendant des années, Trump et Netanyahu ont affiché une proximité totale. Lors de son premier mandat, le président américain n’avait-il pas transféré l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem et reconnu les hauteurs du Golan comme territoire israélien ? Depuis son retour à la Maison Blanche en 2025, les deux dirigeants n’avaient-ils pas encore renforcé leur coopération, notamment autour de la bande de Gaza et de l’offensive lancée le 28 février contre l’Iran ?
Divergences
Cependant, il faut croire que leurs chemins se sont séparés, probablement parce qu’ils poursuivent des objectifs différents dans la guerre contre l’Iran. Israël veut renverser le régime des ayatollahs à la racine, tandis que Trump se concentre sur la réduction de ses capacités militaires et nucléaires.
En effet, révèle la presse américaine, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, est sorti « hors de lui » et « fou de rage » à l’issue d’un entretien téléphonique extrêmement tendu, dans la soirée du mardi 19 mai, avec le président américain, Donald Trump : les deux alliés s’opposent désormais frontalement sur la gestion du conflit avec l’Iran. Le locataire de la Maison Blanche cherche une issue rapide à cette guerre par la voie diplomatique ; alors que le boucher de Gaza veut « finir le job » par l’intensification de frappes militaires massives contre l’Iran.
Selon The Wall Street Journal, l’échange de mardi a ainsi mis en lumière « les intérêts divergents des deux alliés quant à la fin de la guerre ». Ainsi, « Trump cherche à mettre un terme à un conflit économiquement coûteux et impopulaire aux États-Unis. Israël espère reprendre la campagne de bombardements là où elle s’était arrêtée […] et infliger des dégâts plus importants afin d’affaiblir un régime qu’il perçoit comme une menace existentielle », résume le quotidien américain.
Trump veut passer à autre chose
Selon la chaîne américaine CNN, Trump aurait indiqué à son allié israélien que « les médiateurs travaillaient sur une ‘lettre d’intention’ que les États-Unis et l’Iran signeraient afin de mettre officiellement fin à la guerre et d’entamer une période de négociations de trente jours sur des questions telles que le programme nucléaire iranien et l’ouverture du détroit d’Ormuz ».
Or, il était prévu une relance conjointe des attaques contre Téhéran dès mardi 19 mai. « Dimanche 17 mai, lors d’un entretien, Trump a indiqué qu’il envisageait de lancer de nouvelles frappes ciblées contre l’Iran en début de semaine ». Vingt-quatre heures plus tard, il change d’avis et décide de la poursuite de la médiation « à la demande de ses alliés du Golfe, notamment le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis », affirme la même source.
Alors, pourquoi ce revirement brusque ? Il semble évident que Trump, en sa qualité d’ancien promoteur immobilier, « en a marre » du conflit du Moyen-Orient – un bourbier auquel il a été entraîné par son ami Bibi – et espère conclure un « deal » en vertu duquel Téhéran s’engagerait à suspendre son programme nucléaire et rouvrirait le détroit d’Ormuz. Pour déclarer triomphalement qu’il a gagné la guerre. Au suivant !
Obsession
Etouffant à peine sa colère à cause de cette énième volte-face du milliardaire républicain, Netanyahu lui aurait fait part de sa « déception », qualifiant d’« erreur » le report des frappes et insistant pour « une reprise de l’offensive militaire », rapporte CNN, ajoutant que le Premier ministre israélien, la queue entre les jambes, a souligné que bien que la guerre contre l’Iran ait été lancée en collaboration avec les États-Unis, « personne ne peut donner d’ordres à Donald Trump », qu’il a qualifié d’« homme le plus puissant du monde », insistant sur le fait que seul le président américain décide jusqu’où aller dans cette offensive et quand y mettre fin.
En effet, il faut reconnaître que le Premier ministre israélien ne lâche jamais le morceau et ne change jamais de ligne. Il affirme mordicus que l’Iran est « sur le point » de posséder l’arme nucléaire depuis plus de 30 ans. Il avait prononcé ses premiers avertissements sur une bombe iranienne imminente en 1992. Depuis, il a continuellement réduit le délai, déclarant à plusieurs reprises au fil des ans que l’Iran n’était plus qu’à « quelques mois » ou « quelques semaines » de l’objectif.
Rien d’étonnant à ce qu’il plaide depuis le début du conflit avec l’Iran pour une approche plus agressive face à Téhéran, sans cacher son objectif annoncé de renverser le régime islamique en place depuis 1979. Durant les quarante jours de guerre, il avait d’ailleurs appelé à plusieurs reprises la population iranienne à se soulever contre le pouvoir. En vain, puisqu’il a réussi, a contrario, la prouesse de rassembler le peuple iranien, y compris l’opposition, autour d’un régime autrefois honni.
Ironie du sort : désormais, c’est le régime des mollahs qui décidera de l’avenir de l’alliance « indéfectible » entre Washington et Tel-Aviv.