La maladive addiction des journalistes américains à la guerre

Il y a 19 ans presque jour pour jour, George W. Bush lança sa guerre contre l’Irak. Il l’a fait sous de fausses allégations (détention par Saddam Hussein d’armes de destruction massive) et de fausses promesses (offrir au peuple irakien liberté et démocratie après l’avoir débarrassé de la dictature). On connait la suite. Huit ans de guerre non-stop, terrorisme ravageur, des milliers de soldats américains et des centaines de milliers d’Irakiens tués, des millions de réfugiés et de déplacés à l’intérieur et à l’extérieur de l’Irak.

Durant toute l’année 2002, on n’entendait rien d’autre aux Etats-Unis que le roulement des tambours de guerre. Pratiquement tous les médias écrits et audiovisuels étaient engagés dans la propagande belliciste. Il fallait mentir, convaincre le simple citoyen que sans la guerre, les fusées nucléaires en possession de Saddam détruiraient New York et Los Angeles.
Le New York Times et le Washington Post, les plus belliqueux, ont largement réussi à réincarner Hitler en la personne de Saddam. Les rares voix qui osaient appeler à la raison, étaient systématiquement pointées du doigt et accusées d’être « Un-American » (Anti-Américain).
Il faut rappeler ici que, 20 ans plus tôt, le traumatisme des attentats du 11 septembre 2001 était encore très vif et le public américain acceptait tout ce que lui servait la presse belliqueuse. Y compris l’absurdité que Saddam était derrière ces attentats. Y compris les sornettes que lui servait le New York Times sur les « tubes d’aluminium géants » commandés par le « Hitler irakien » pour construire les fusées qu’il lancerait sur les villes américaines, si « Bush le sauveur » ne l’arrêtait pas…

Hitler, encore une fois réincarné

19 ans après, une autre guerre est déclenchée en Ukraine. Les Américains n’y sont pas directement impliqués. Mais, par leur comportement provocateur et leur interférence continue dans les affaires ukrainiennes, ont joué un rôle de premier plan pour qu’elle se déclenche.
Depuis des années, la presse et l’élite politique américaines faisaient feu de tout bois pour accabler la Russie. Elles ont, encore une fois, réincarné Hitler sous la forme d’une autre personnalité, celle de Vladimir Poutine cette fois.
Dès le déclenchement de la guerre en Ukraine, les journalistes américains, comme ce fut le cas 19 ans auparavant, ont ressenti de fortes démangeaisons de voir leur pays entrer en guerre à côté des Ukrainiens. Inconscients ou indifférents à l’égard du risque d’une guerre nucléaire russo-américaine, pratiquement tous les médias aux Etats-Unis appelaient à l’envoi massif d’armements aux Ukrainiens. Poussaient vers l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine. Exprimaient leur colère contre le « louvoiement » de l’Otan. Décrivaient avec force détails « l’héroïsme » de la résistance ukrainienne. Encensaient « le génie » du président Zelensky dans la conduite de la résistance et louaient son « amour » pour la patrie…
Lors d’une conférence de presse tenue le 15 mars, des journalistes ont bombardé la secrétaire de presse de la Maison Blanche, Jen Psaki, de questions concernant « le refus de l’administration Biden de fournir certains types de soutiens militaires à l’Ukraine, tels que les avions-bombardiers ». Plus d’une douzaine de questions étaient relatives à l’assistance militaire et à la zone d’exclusion aérienne. Une seule question a évoqué le rôle potentiel des États-Unis dans la facilitation des négociations entre la Russie et l’Ukraine…

Bellicisme dans des bureaux douillets

Les journalistes les plus belliqueux, comme ce Jim Sciutto de CNN, sont allés jusqu’à demander à un porte-parole du Département d’État « pourquoi les États-Unis n’abattraient pas les avions russes qui bombardent les hôpitaux ? »
Il faut des psychanalystes chevronnés pour nous expliquer les motivations profondes qui transforment le journaliste américain de fournisseur d’informations au public en batteur de tambour de guerre. D’un homme à la recherche de nouvelles à publier en un boutefeu à la recherche de crises à aiguiser, de tension à amplifier et de guerres à nourrir.
Il faut des connaisseurs de l’âme humaine pour nous éclairer sur cet étrange phénomène qui est l’addiction maladive des journalistes américains à la guerre. Une addiction d’autant plus choquante que le bellicisme des journalistes américains est proportionnel à leur éloignement des théâtres d’opérations.
C’est trop facile en effet, pour ne pas dire trop lâche, de pousser vers la guerre d’un bureau douillet, loin de 10.000 kilomètres du lieu du massacre. Visiblement l’Etat profond et le complexe militaro-industriel américains n’ont pas apprivoisé seulement l’élite politique de Washington, mais aussi les médias puissants et influents à l’œuvre dans le vaste territoire étatsunien.

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