Petites leçons de choses (2)

Ennahdha les américains islamistes

Lorsque leurs intérêts stratégiques sont en jeu, les Américains, qui n’ont jamais d’état d’âme, n’hésitent pas à pactiser avec le diable s’il le faut.

Les américains ont ainsi développé, dans le monde arabe et musulman, les relations les plus étroites avec les régimes les plus autoritaires : Egypte, Maroc, Tunisie, ou les plus islamistes, telle que l’alliance militaro-pétrolière avec les monarchies du Golfe et avec la Turquie du Sultan sanguinaire Recep Tayyip Erdogan.

Plus paradoxale est la relation nouée avec le Pakistan, un allié de l’Amérique qui servait pourtant de base-arrière pour al-Qaida. Pendant de longues années, les Etats-Unis n’arrêtaient pas de prétendre que leur présence en Afghanistan était nécessaire pour protéger Islamabad. Une assertion qui est à l’exact opposé de la vérité, comme le prouve la conquête éclair de Kaboul par les talibans, après deux décennies de combats.

En 2011, lassés des dictatures de Zine al-Abidine Ben Ali et de Hosni Moubarak, car craignant pour leurs intérêts, notamment d’influence géostratégique au cas où une opposition de gauche, hostile aux intérêts américains, viendrait à s’emparer du pouvoir, les américains ont fait émerger l’islam politique des Frères musulmans comme la force dominante dans le monde arabe, de Rabat au Caire, en passant par Tunis.

Parce que l’oublieuse mémoire politique favorise la radicalité, il ne faut pas perdre de vue cette cynique stratégie d’une nation prête à tout pour dominer le monde, s’enrichir aux dépens des peuples, y compris les plus démunis.

« Parce que l’oublieuse mémoire politique favorise la radicalité, il ne faut pas perdre de vue cette cynique stratégie d’une nation prête à tout pour dominer le monde… »

Ceci afin de comprendre les tenants et les aboutissants de chaque visite de responsables
politiques d’une puissance versatile, qui ne s’encombrent d’aucun scrupule, mais se montrent préoccupés par la suspension du processus démocratique en Tunisie, sans jamais mettre en cause les fâcheuses retombées sur la société tunisienne d’une gouvernance nourrie par l’injustice, le népotisme, la corruption et les prévarications de leurs sous-traitants d’Ennahdha qui ne manqueront pas d’user, comme ils savent si bien le faire, de la supercherie des faussaires pour faire valoir leur droit de parti opprimé.

Il arrive cependant aux Etats-Unis de se tromper lamentablement dans leurs
calculs. Ce fut en Egypte d’abord. Après l’élection du président Mohamed Morsi, le Département d’Etat, prenant le parti du président élu, exhortait les Frères musulmans et l’armée à négocier en souhaitant que « la transition politique bénéficie pleinement au pouvoir civil », conseillant aux généraux de « revenir à un rôle relevant purement de la défense de la sécurité nationale ».

Le message était clair : si les Frères musulmans sont librement élus, s’ils respectent les droits des minorités et le traité de paix avec Israël, l’Amérique coopérera avec eux.
Mohamed Morsi leur avait donné pour cela toutes les garanties, voire même de
céder une partie du Sinaï et une île dans le Golfe d’Akaba.

Or, après une lune de miel qui a duré tout l’été, les relations américano-égyptiennes
ont été mises à dure épreuve. Coïncidant avec le onzième anniversaire des attentats
de 2001, plusieurs représentations diplomatiques occidentales, dont l’ambassade des États-Unis en Égypte, au Caire et celle de Tunisie, à Tunis, ont été la cible d’attaques présentées comme des réactions à la diffusion sur YouTube, depuis le 02 juillet 2012, de la bande-annonce d’un film intitulé « L’Innocence des musulmans », tenu pour blasphématoire envers le prophète Mohamed.

« Il arrive cependant aux Etats-Unis de se tromper lamentablement dans leurs calculs. Ce fut en Egypte d’abord »

Le 12 septembre, 3000 enragés avaient escaladé le mur d’enceinte de l’Ambassade américaine au Caire et brulé le drapeau américain pour le remplacer par le drapeau salafiste noir. Washington a été ulcéré par la passivité de la police égyptienne et les quarante-huit longues heures de silence du président égyptien.

Le 14 septembre 2012, même scénario, à Tunis cette fois. Les maraudeurs du
chaos, grâce aux appuis accommodants d’Ennahdha, avaient lancé à leur tour une attaque contre l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique. La représentation diplomatique et l’école américaine avaient été partiellement incendiées et saccagées. Le drapeau noir hissé sur le toit de l’ambassade.

L’attaque a été un franc succès, au vu de l’annulation des quatorze excursions maritimes devant faire escale au port de la Goulette et amener en Tunisie environ 40 mille touristes. La chancelière allemande, Angela Merkel, avait à son tour reporté sa visite en Tunisie prévue au mois d’octobre. Celle-là même qui avait décidé, en mai 2011, de convertir 60 millions d’euros de la dette tunisienne pour financer des projets de développement.


Petites leçons de choses (1)

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