Ennahdha disparaît, comment faire disparaître le système pour préserver nos rêves de changement

Le système

Le 26 juillet nous, le mouvement citoyen Intilaq2050, avions fait un post saluant l’initiative de notre Président. Nous avions aussi alerté sur les risques générés par la situation en présentant 3 scénarios potentiels :

  1. Le scénario de l’illégalité, accompagné de troubles civils (probabilité faible)
  2. Le scénario idéal permettant au pays de se reconstruire enfin sur les attentes de la population (probabilité moyenne)
  3. Le scénario du pire : L’éviction de la secte islamiste, Ennahdha, n’est qu’un épisode de marketing politique de plus. Le système destructeur et neutralisateur de nos forces vives continuera son business comme d’habitude. (Probabilité forte, notre Président n’a pas de parti politique, pas de vision socioéconomique, il sera obligé de négocier avec des forces organisées qui ont toutes les cartes en main, en plus de la puissance financière.

L’illégalité de plusieurs instances

Dans notre 2e lettre ouverte à Elyes Farkhfakh du 15 Juillet 2020. Nous dénoncions le système actuel et l’illégalité de plusieurs instances et organisations qui fonctionnent en véritables cartels illégaux. Dans cette lettre nous citions la loi n° 2015-36 du 15 septembre 2015, relative à la réorganisation de la concurrence et des prix, l’article 5 dit : « Sont prohibés, les actions concertées, les cartels et les ententes expresses ou tacites ayant un objet ou un effet anticoncurrentiel et lorsqu’elles visent à :

  • Faire obstacle à la fixation des prix par le libre jeu de l’offre et de la demande,
  • Limiter l’accès au marché à d’autres entreprises ou le libre exercice de la concurrence,
  • Limiter ou contrôler la production, les débouchés, les investissements, ou le progrès technique,
  • Répartir les marchés ou les sources d’approvisionnement. »

Ces derniers jours nous avons plusieurs signaux faibles qui malheureusement augmentent le poids statistique du scénario 3 (Rien ne changera).

La Tunisie regorge de compétences

  1. La durée pour désigner un nouveau chef de gouvernement, montre que nous sommes repartis dans des négociations secrètes où chacun renégocie sa part du gâteau. C’est la seule explication logique. La Tunisie regorge de compétences, le problème n’est donc pas là !
  2. L’âge moyen des nouvelles nominations et leurs CVs : des hommes de plus de 60 ans TOUS ayant fait une carrière dans le système. Statistiquement il n’y a aucune chance que ces personnes sortent de leurs zones de confort pour changer le système qu’ils ont toujours connu et il est statistiquement impossible à ces personnes d’être alignés sur les attentes d’une jeunesse, connectée, moderne, agile et ouverte sur le monde.
  3. L’Etat négocie dans une totale illégalité les baisses de tarifs avec des chambres syndicales
  4. Aucun média, aucune personnalité, aucun parti politique ne dénonce ces négociations illégales (la plupart se félicitent) alors que sur Facebook des groupes composés de plusieurs dizaines de milliers de JEUNES crient au scandale depuis les premières négociations avec l’UTICA.

Après les banques, les petits commerçants et les pharmaciens,  nous avons un communiqué de la Chambre Nationale des Syndicats des Grandes Surfaces Commerciales qui annonce une baisse de tarifs.

Comme de nombreuses personnes, je suis tombé par terre, sidéré, désabusé. Dans un pays moderne, n’importe quel avocat débutant prendrait ce communiqué pour porter plainte et obtiendrait la fermeture immédiate de cette chambre. (Relire la loi n° 2015-36 du 15 septembre 2015 ci-dessus)

Je ne sais pas qui conseille notre cher Président, mais là aussi, n’importe quel étudiant de première année d’école de commerce sait que pour faire baisser les tarifs durablement la seule et UNIQUE méthode, est la garantie d’une libre concurrence réelle et loyale des prix sur un marché ouvert à tous. Notre président avait le pouvoir pour renverser la table et annoncer de nouvelles règles du jeu. Il a fait le choix inverse, je suis déconcerté.

La négociation des tarifs avec un syndicat EST ILLEGALE. La fixation des prix par un syndicat EST ILLEGALE. L’organisation en cartel tel que pratiqué pour tous les grands secteurs économiques en Tunisie sous la forme de syndicats dont les seules actions sont « l’entente » EST ILLEGALE ET PASSIBLE DE PRISON.

Voici les conséquences stratégiques catastrophiques de ces négociations

La théorie du pouvoir

La théorie du pouvoir : nous utilisons les concepts mathématiques de la théorie du pouvoir pour analyser les dépendances, les forces, les priorités, les risques

  • Le soutien massif de la population descendu dans la rue le 25 juillet a donné au président un coefficient de pouvoir fort. Il avait toutes les cartes en main pour enfin renverser la table et changer le système
  • Par transitivité ce coefficient de pouvoir fort impose des coefficients de pouvoir faible à TOUTES les organisations, qui n’ont pas participé directement aux actions du 25 Juillet.
  • En recevant les syndicats le président les a légitimés sans aucune concession de leurs parts sur la transformation du système actuel. En se plaçant d’égal à égal avec eux, il a divisé par deux son coefficient de pouvoir et leur a ainsi transmis un coefficient de pouvoir fort inespéré.
  • Il devient logiquement très compliqué pour le président de remettre en cause un système qu’il vient lui-même de légitimer.
  • Il ne faut rien comprendre à ce secteur, pour croire que les hyper-marchés vont baisser leurs marges. Ils vont se coordonner et ils vont imposer une baisse des prix à leurs fournisseurs qui ne sont pour la plupart que de petites PME déjà en difficulté. (Ce que je décris a déjà fait l’objet de poursuites)

La théorie des systèmes complexes : un système complexe est un système dont le fonctionnement ne peut être prédit par des règles. Nous considérons la Tunisie comme un système complexe (voir notre plan de transformation de la Tunisie) composé de plusieurs systèmes complexes.

  • La première caractéristique d’un système complexe est qu’il est conditionné et fortement sensible à ses variables d’initialisation.
  • Le message du 25 juillet annonce une nouvelle ère en Tunisie (un nouveau système complexe répondant aux aspirations de la jeunesse)
  • Les actions de ces derniers jours montrent que le nouveau système post Ennahdha est en train de se construire en s’appuyant sur les principales caractéristiques de l’ancien système (qui datent en réalité des années 90)
  • Le nouveau système sera donc conditionné et fortement sensible à ces variables d’initialisation qui sont les mêmes que ceux de l’ancien système. Il n’y a donc aucune chance de produire un système différent.
  • Le système actuel est tellement massif, interconnecté, interdépendant, que mathématiquement il devient impossible de le faire évoluer rapidement. La seule solution est de créer un nouveau système indépendant qui viendra en remplacement de celui-ci.

La théorie des systèmes complexes

En outre, la théorie des systèmes complexes, associés à la théorie du pouvoir, démontre mathématiquement que nous sommes en train de nous perdre dans une voie qui n’est sûrement pas celle attendue par les millions de Tunisiens qui sont descendus dans la rue.

Par ailleurs, notre plan de transformation propose une stratégie « des champions », basé sur un new deal : La fin des monopoles et de l’économie de rente en échange d’une stratégie forte de relance par les grands chantiers, le soutien à la création de champions nationaux, le soutien de l’état à l’innovation, la création de labels, etc.

De ce fait, le coefficient de pouvoir, donné par le 25 juillet permet de mettre les bases de ce new deal économique, ou au minimum de fixer des orientations dans le bon sens.

Le niveau d’espérance de notre peuple est directement proportionnel au niveau de déception en cas d’échec. Si par malheur, des millions de personnes descendent une nouvelle fois dans la rue, cela ne sera plus pour chanter et faire la fête.

De la désillusion née la tragédie. Il nous faut réagir maintenant et afficher clairement nos intentions pour le futur ! Nous faisons une nouvelle fois un appel pour que nos travaux soient repris !

Par Adlen Kamoun, Directeur Stratégie et membre fondateur Intilaq 2050

 

 

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