Malek Lakhoua aux petits soins pour le jazz

Crédit phot: Salah Galai

Le monde entier célèbre aujourd’hui le 10ème anniversaire de la Journée internationale du jazz de l’UNESCO. L’année 2021 marque la musique du jazz comme « outil universel de promotion de la paix, du dialogue, de la diversité et du respect de la dignité humaine ».

Qui dit Jazz, dit aussi interaction et spontanéité entre l’artiste et son public qui font la magie de cette musique qui se déguste essentiellement en « Live ».

Aujourd’hui, en période de pandémie, quelle est la perception des artistes jazz face à cette crise sans précédent.

Malek Lakhoua, un pilier de la scène jazz tunisienne et ailleurs nous répond, dans une interview exclusive à leconomistemaghrebin.com :

Comment percevez-vous le jazz aujourd’hui? 

Le jazz en tant qu’art, en tant que musique, en tant qu’expression artistique,  a  toujours été lié à un mouvement social, un contexte politique… Il s’agit, également d’une musique actuelle qui exprime des émotions et  des sentiments ….

Le Jazz a aussi su évoluer avec le temps, ses racines remontent à la musique africaine américaine liée à la traite des esclaves… Le jazz est par essence une musique multiculturelle ; le fruit de plusieurs influences ; à savoir, la musique Africaine, la musique Cubaine, la musique des Caraïbes qui se sont toutes rencontrées à la Nouvelle Orléans… Et par la suite, le jazz a embrassé d’autres cultures comme la culture indienne, la culture arabe…

Pour le cas de la Tunisie, je citerai des artistes comme Faouzi Chekili,  qui pour moi, est un pionnier de la fusion entre la musique tunisienne et le jazz. Je pense aussi à Anouar Brahem qui a su se faire adopter par le monde du jazz auquel  il a donné un nouveau souffle tout autant que la musique tunisienne.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de musiciens tunisiens prend le flambeau que ce soit en Tunisie ou ailleurs…

Quel est l’impact de la pandémie sur la musique? 

Je pense que son impact est très profond. La pandémie a accéléré des processus comme la digitalisation, via des plateformes comme YouTube, Spotify, le « live streaming » dans les « social media » devenant la seule alternative d’accès à la musique…

Aujourd’hui, l’auditeur, à travers ces plateformes digitales, a un accès gratuit à une multitude d’informations, de ressources sans vraiment connaître les artistes. Ceci engendre des problématiques cruciales en rapport avec le modèle économique de « l’industrie » musicale mais également la relation entre l’artiste et son public. Rappelons que le jazz est une expérience sociale qui se vit en direct. Cet aspect vital a été totalement mis à l’épreuve lors de cette crise sanitaire suite à l’arrêt total de toutes les manifestations artistiques en « live ». En effet, la pandémie a imposé un format de « live streaming » où les artistes ne sont pas toujours rémunérés. Et seules les plateformes numériques « encaissent » les bénéfices.

Ceci n’a fait qu’accentuer la précarité du musicien puisque les concerts et les tournées, qui représentaient la principale source de revenue pour les artistes, sont quasi inexistants depuis deux ans au niveau mondial…

En plus de toutes ces difficultés déjà citées liées à la digitalisation sauvage, l’artiste est devenu prisonnier des nouveaux indicateurs de qualité et de succès à savoir le nombre de « vue » et de « like », où l’auditeur consomme la musique sous forme de zapping…

Peut-on parler d’une relance culturelle? 

Je pense qu’on est face à une crise sans précédent qui chamboule le monde du spectacle et de la musique mais également l’équilibre entre le virtuel et la vie réelle. Il faut revoir les choix politiques liés à la pandémie qui a totalement occulté la culture. Il faut reprendre en considération l’importance de la culture dans nos vies comme un vecteur de développement et un indicateur de bonne santé mentale des sociétés. La culture est aussi importante que l’eau que nous buvons !

J’espère qu’il va y avoir une réflexion profonde sur la crise qui frappe de plein fouet le monde de la musique. J’espère que l’auditeur va prendre conscience de ces problématiques et changer de comportement pour sauver et préserver la musique.

Et à l’occasion de la Journée internationale du Jazz, je souhaite longue vie au jazz qui restera pour toujours un art militant, révolutionnaire et à contre-courant, basé sur l’échange entre les différentes cultures. Il me tarde de retrouver le public tunisien. A très bientôt !

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