Querelles byzantines et confrontations cacophoniques

Rached Khiari

Trop a été dit sur l’irresponsabilité de la classe politique face à la situation sanitaire et économique désastreuse. Trop de commentaires ont été écrits sur l’incapacité congénitale de cette classe à prendre en charge les affaires du pays. Mais que voulez-vous, on fait avec ce qu’on a. On ne peut pas, hélas, importer des gouvernants de Berlin, d’Oslo ou de Stockholm.

En attendant la catastrophe qui ne saurait tarder, la classe politique continue de s’entre-déchirer, ignorant l’hécatombe sanitaire et l’asphyxie économique qui menacent le pays dans son existence. Nos gouvernants sont dans la situation de celui qui se trouve au fond d’un trou et, voulant sortir, il s’obstine à creuser davantage.

Tous les prétextes sont bons pour que nos politiciens se détournent des problèmes réels du pays et versent dans les querelles byzantines et les confrontations cacophoniques. Chacun voyant la paille dans l’œil de l’adversaire, mais pas la poutre dans le sien.

Droit exclusif d’interpréter la Constitution

Le discours du président Kaïs Saïed, le dimanche 18 avril à l’occasion du 65e anniversaire de la tunisification des forces de sécurité, constitue le dernier prétexte utilisé par la classe politique pour ranimer son interminable confrontation cacophonique.

Tout ce qu’a dit Kaïs Saïed sur la justice des puissants et celle des pauvres, sur l’infiltration de l’Etat et sur la corruption qui minent ses structures, sur l’utilisation abusive de l’immunité est vrai sans aucun doute. On ne peut pas dire autant de son interprétation de la Constitution. En effet, la propension du président de la République et sa détermination à s’arroger le droit exclusif d’interpréter la Constitution sont de plus en plus évidentes.

Il faut dire que Kaïs Saïed n’est pas en train de violer la Constitution. Mais d’utiliser les outils, les combines et les pièges tendus intentionnellement par les islamistes pour perpétuer leur domination du pouvoir dans ses trois composantes législative, exécutive et judiciaire. Maintenant que ceux-ci sont tombés dans leur propre piège, ils se tournent vers le président qu’ils n’ont pu apprivoiser pour l’accuser des pires intentions.

Des cris de vierge effarouchée

Ce n’est pas Kaïs Saïed qui a écrit une Constitution sur mesure pour le parti, islamiste. Ce n’est pas lui qui a empêché six ans durant la mise en place de la Cour constitutionnelle. Et ce n’est pas lui non plus qui s’est employé à détourner la « révolution » de ses objectifs, à infiltrer les structures de l’Etat, à nourrir l’hydre de la corruption, à briser l’économie, à appauvrir le pays…

N’oublions pas que si Kaïs Saïed a été élu au second tour avec un score confortable, c’est grâce à l’apport des islamistes qui ont voté massivement pour lui. Les chefs islamistes pensaient sans doute pourvoir le manipuler et le rouler dans la farine comme ils l’avaient fait pour Marzouki et Caïd Essebsi. Quand ils se sont rendu compte qu’ils faisaient face à un os dur, ils ont commencé à crier au loup.

Se sentant fort des 2,7 millions de Tunisiens qui l’ont élu, le président de la République s’est convaincu qu’il est le seul habilité à interpréter la Constitution. Ceux qui, parmi les islamistes, poussent aujourd’hui des cris de vierge effarouchée, n’ont qu’à se rappeler ce qu’a dit leur chef Rached Ghannouchi aux Nahdhaouis et autres salafistes mécontents de l’ignorance de la Charia par le texte constitutionnel. Il leur a dit alors de ne pas s’inquiéter, car « ce sont les forts qui interprètent la Constitution ».

Le problème est dans le texte

Kaïs Saïed se sent fort. Il ne fait qu’appliquer aujourd’hui ce qu’a dit Rached Ghannouchi hier. Par conséquent, toute critique de la part des islamistes sur l’attitude du président de la République vis-à-vis de la Constitution relève plus de l’hypocrisie que de la critique objective.

Mais cela ne veut pas dire que le président de la République a raison de s’auto-déclarer comme l’unique autorité habilitée à expliquer le texte constitutionnel. Le problème est dans le texte lui-même et la responsabilité est celle de ceux qui l’ont rédigé et nous l’ont imposé.

Cela ne veut pas dire non plus que la solution des problèmes du pays est entre les mains de Kaïs Saïed qui, jusqu’à présent, ne fait rien d’autre que des discours enflammés et des menaces creuses. Sans parler de l’absence totale du tout programme et de toute vision pour l’avenir sombre et incertain du pays.

La hargne que nourrissent les islamistes envers Kaïs Saïed ne s’explique pas seulement par leur incapacité de l’apprivoiser, en le coulant dans le moule de ses deux prédécesseurs. Elle s’explique aussi et surtout par sa détermination à les dénuder. Ne ratant aucune occasion pour rappeler les crimes et les malversations commises contre le pays, le peuple et l’économie depuis les élections fatidiques du 23 octobre 2011.

Ayant mis le pays à genoux, les islamistes se retrouvent le dos au mur et la peur au ventre. Mais ils persistent dans leur fuite en avant et dans leurs manœuvres, dans l’espoir de trouver une échappatoire. Ils n’hésiteraient pas à sacrifier leur plus fidèle serviteur et à s’allier à leurs pires ennemis si nécessaire. Mais ces vérités ne semblent pas déranger outre mesure l’actuel chef du gouvernement…

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