Dissoudre le Parlement sans violer la Constitution? Le pari fou de Mohamed Abbou

Mohamed Abbou Parlement

L’initiative de l’ancien ministre et S.G démissionnaire du Courant démocrate, Mohamed Abbou, vise à « la dissolution du Parlement et au déploiement de l’Armée ». Il suscite déjà des réactions violentes de la part de ses détracteurs et même dans son propre camp.

Ainsi, existe-t-il une solution miracle pour dissoudre le Parlement? Et ce, sans passer par le fameux article 80, ni enfreindre l’esprit de la Constitution? C’est du moins ce que pense l’ancien ministre et SG démissionnaire du Courant démocrate, Mohamed Abbou. En effet, pour lui, il n’y a point de salut hors la dissolution du Parlement et le déploiement de l’Armée. Une solution sine qua non pour sauver le pays,  sortir enfin de la crise. Et mettre un terme à la chienlit et à l’effondrement de l’Etat.

Putsch militaire légal?

Et pour que cette initiative ne soit pas soupçonnée de putsch militaire, doublée d’un empiètement sur la légalité. Abbou propose qu’elle soit chapeautée par le chef de l’Etat, fort de ses trois millions de voix.

Ainsi, dans un long post FB publié le 9 décembre 2020, l’ancien ministre d’Etat chargé de la Fonction publique  avance des propositions, dont nous résumons l’essentiel.

  • Dissoudre le Parlement sur la base des articles 89 et 98 de la Constitution.
  • Organiser des élections législatives dans un délai de 90 jours.
  • Déployer l’Armée dans les villes et toutes les zones de production. Et charger parallèlement les forces de sûreté nationale d’assurer l’Ordre public. En combattant sévèrement le crime, tout en veillant au respect des droits des citoyens.
  • Nommer une personnalité qualifiée pour composer un gouvernement composé de membres non suspectés de corruption. Et n’ayant aucun lien avec les lobbyistes et les partis.
  • Charger le gouvernement Hichem Mechichi de liquider les affaires courantes. Le pouvoir exécutif exercera son pouvoir avec des décrets-lois décidés par le chef de l’Etat. Et ce, en concertation avec le chef du gouvernement, suivant l’article 70 de la Constitution.
  • Mettre en résidence surveillée les politiciens suspectés sérieusement d’être impliqués ou ayant des liens avec le financement étranger.
  • Traquer le financement des médias et exclure tous les chroniqueurs en relation avec des partis politiques (sic).

Peine de mort réclamée

Mais, aussitôt le post de Mohamed Abbou publié, des réactions violentes fusaient de partout. La plus catégorique fut celle du député de Qalb Tounes, Iyadh Elloumi. Celui-ci, via sa page officielle, jeudi 9 décembre 2020, réclamait tout bonnement la peine capitale contre les partisans de la dissolution du Parlement.

En effet, il est favorable à l’application de l’article 72 du Code pénal tunisien. Lequel stipule qu’ »est puni de mort, l’auteur de l’attentat ayant pour but de changer la forme du gouvernement, d’inciter les gens à s’armer les uns contre les autres; ou à provoquer le désordre, le meurtre ou le pillage sur le territoire tunisien ».

Alors, il déclare en ironisant: « J’appelle, contrairement aux fascistes, à garantir le droit de ces putschistes à un procès équitable. »

« La dissolution du Parlement est inconstitutionnelle »

Pour sa part, le député de Tahya Tounes, Walid Jalled, est catégorique à ce sujet. Puisqu’il déclare, lors de son intervention dans l’émission Midi Show, que la dissolution du parlement est « inconstitutionnelle ».

Même son de cloche du côté du SG d’Attayar, Ghazi Chaouachi, qui ne cache pas son hostilité à l’initiative de son ancien patron démissionnaire. Puisqu’il estime, dans un post publié mercredi 9 décembre sur les réseaux sociaux, que tout appel au renversement de la Constitution ou encore des institutions de l’Etat ou du processus démocratique doit être « condamné et empêché ».

Enfin, et en réaction à l’appel de son mari au déploiement de l’Armée, la députée Samia Abbou déclarait qu’il n’a pas appelé à appliquer un régime militaire. Ajoutant que « l’armée tunisienne a toujours été au service des civils. Et ce, depuis la révolution. L’institution militaire a sécurisé les institutions publiques lorsque le pays était instable sur le plan sécuritaire ».

Ouf! Nous voilà rassurés Madame la députée…

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