Vote de la loi de finances complémentaire : s’agit-il d’une simple manœuvre ?

ARP LFC

Le chef de l’Etat insiste pour la continuité du service public. Un message qu’il a voulu signifier à toutes les parties en présence. A l’heure où la menace d’un refus plane sur la LFC. Parallèlement à cela, l’actualité de ses derniers jours donnait l’occasion à Kaïs Saïed d’examiner l’initiative du dialogue national plaidée par l’UGTT.

Alors, peut-on craindre un « shut down » à l’américaine lorsque le gouvernement cesse toute activité faute de moyens votés par le parlement? Cette crainte a trotté dans bien des têtes depuis que des voix se sont élevées au sein de la classe politique tunisienne pour signifier qu’elles ne voteraient pas la Loi de Finances Complémentaire (LFC).

Simple menace derrière laquelle se cache en réalité une manœuvre politique? Personne ne sait dans un paysage politique marqué par des différends pour ne pas dire plus. De toute manière, le chef de l’Etat n’a pas manqué de préciser que le service public doit assurer sa continuité. Et ce, en recevant, le mercredi 17 novembre 2020, le chef du gouvernement, Hichem Mechichi et Rached Ghannouchi, le président de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

D’ailleurs, Kaïs Saïed a indiqué, selon le communiqué de la Présidence de la République, que la rencontre est un « message ». Il est adressé à toutes les parties, les invitant à préserver la pérennité de l’Etat?

Les intérêts politiques vont-ils primer?

Sera-t-il entendu? Ce qui est sûr c’est que l’heure est grave. Manifestement, beaucoup ne perçoivent pas la question à travers le même prisme. En clair, les intérêts politiques dominent toujours les débats; chacun voulant faire prévaloir les siens. Même s’il est vrai que chacun avance des arguments pour appeler à des modifications de la LFC. Comme la transparence et l’exactitude des données chiffrées.

Pour l’heure, seul le parti de Nabil Karoui, Qalb Tounes, a dit carrément non aux propositions de la LFC; pourtant revues et corrigées par le gouvernement Mechichi. Le mouvement Ennahdha n’a pas donné un avis définitif. Un de ses représentants à l’ARP, Amina Zoghlami, indiquait cependant que le texte dans sa version actuelle ne peut être adopté.

Mais revenons aux manœuvres. Pour dire que ce vote constitue au regard de certains observateurs une occasion de revenir sur un serpent de mer. Lequel se résume dans la volonté de remanier le paysage gouvernemental. Afin d’offrir une présence– sous quelque forme que ce soit- au parti arrivé second aux élections législatives de 2019: Qalb Tounes. Ce qui ne déplairait pas à Ennahdha. Loin s’en faut!

Pourtant cette situation est un tant soit peu explosive alors que le pays passe par une situation difficile à tous les niveaux. Une situation au sujet de laquelle Nourreddine Taboubi, secrétaire général de la principale centrale syndicale, l’Union Tunisienne Générale du Travail (UGTT) n’a cessé d’attirer l’attention. Notamment, le 17 novembre 2020, en plaidant de nouveau pour un dialogue national. Et ce, afin de résoudre une crise « inédite » en s’organisant en un « seul front ».

Un enjeu important

Un plaidoyer qui a constitué un des thèmes principaux de sa rencontre avec le chef de l’Etat, le 19 novembre 2020. Promettant de présenter une initiative de l’UGTT concernant les orientations économiques, sociales et politiques nécessaires pour sortir de la crise.

Des orientations qui seront au centre de ce Dialogue national. Et là aussi, il serait utile de poser la question suivante: l’UGTT sera-t-elle suivie? Réponse: certainement jusqu’à un certain niveau. Car, s’il y a conscience de la nécessité d’avancer avec un programme de salut national, tous les membres du microcosme politique et social ne l’entendent pas absolument de la même oreille.

Or, la politique et ce qu’elle peut signifier pour certains acteurs importants de la scène tunisienne comme intérêts et positions à conserver ou à acquérir devront tôt ou tard s’inviter dans ce dialogue.

L’enjeu est du reste important, à ce niveau, dans la mesure où ce dialogue pourrait contredire des désidératas. Et notamment de ceux qui ont beaucoup à perdre– évidement moins ceux qui auront beaucoup à gagner- si ce dialogue débouche sur ce à quoi ils ne sont pas prêts à voir s’installer.

Gageons donc que la voie ne sera pas pavée que de réussites. Même si, et d’apparence, pratiquement tous veulent sortir de la crise! Difficile de croire, ne serait-ce qu’un instant, que les attitudes et comportements des uns et des autres pourraient changer à l’occasion de ce nouvel épisode du dialogue national.

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