Liban : jusqu’au bout de la crise

Liban

Le Premier ministre libanais, Moustapha Adib, a renoncé à la formation d’un nouveau gouvernement. Le Liban ne sort pas de la spirale négative. De la crise financière à l’explosion du port de Beyrouth, ce sont les maux du pays qui ont éclaté au grand jour.

Aujourd’hui, si l’échec est lié à une cristallisation de la tension autour du portefeuille des Finances, Moustapha Adib souhaitait surtout mettre en cause le principe de la répartition confessionnelle des ministères. Afin de former un gouvernement d’experts ou de technocrates pour le Liban.

Cependant, l’incapacité des acteurs politiques à former un gouvernement est le symptôme de divisions entre dirigeants communautaires qui questionnent la viabilité même de l’Etat. Car, incapables de dépasser leurs intérêts particuliers, les groupes communautaires se révèlent être une menace pour l’existence nationale.

Un système constitutionnel et politique fondé sur le multiconfessionnalisme étatique

En effet, le Liban se caractérise par une société dont l’organisation juridique et institutionnelle en communautés statutairement différenciées est source de fragilisation de l’unité nationale. L’État libanais cultive ainsi la dialectique unité nationale/multiconfessionnalisme étatique. Un système instauré pendant la période coloniale. Et qui n’a été remis en cause ni à l’indépendance, ni après la guerre civile. Mais qui tend à l’être, 30 ans après les accords de Taef; par un mouvement populaire et national qui transcende les traditionnels clivages communautaires. Alors que la Loi constitutionnelle de 1990 reprenait, en le renforçant, le mode de représentation et de partage communautaire au sommet du pouvoir. Le confessionnalisme politique demeure donc en vigueur.

Ainsi, selon le dispositif transitoire prévu par l’accord, les pouvoirs institutionnels sont partagés entre les principales communautés. A savoir que: le président de la République doit être de confession maronite; le premier ministre, sunnite; et le président de la chambre des députés, chiite. Le pouvoir exécutif est diffusé entre les trois Présidences et plus encore à l’intérieur du Conseil des ministres.

Remise en cause de l’accord de Taëf et du partage des pouvoirs au Liban

En outre, s’agissant du Parlement, qui dispose de pouvoirs sensiblement accrus, l’accord de Taëf prend en compte la baisse sensible de la part relative des chrétiens dans la population libanaise. En instituant la parité entre chrétiens et musulmans pour la répartition des 108 sièges de la Chambre des Députés. Puisqu’elle comprenait auparavant 66 chrétiens et 33 musulmans. Ce système politique est censé épargner au Liban l’hégémonie d’une communauté sur une autre.

Or, non seulement le prisme confessionnel s’est imposé dans la lecture et la pratique de la Constitution; mais le traditionnel équilibre communautaire a été bouleversé. Et ce, par la montée en puissance de l’entité politico-militaire que représente le Hezbollah. En construisant patiemment un « État dans l’État », cette émanation organique de la communauté chiite se trouve désormais au cœur du jeu politique intérieur et extérieur libanais. De quoi interroger la nature de la souveraineté même de l’État libanais d’après-guerre.

Une volonté populaire de dépassement du système multiconfessionnel

Car l’inefficacité et les défaillances de l’État libanais tels qu’ils procèdent du système constitutionnel et politique en vigueur nourrissent le rejet du confessionnalisme par nombre de citoyens libanais.

D’ailleurs, depuis octobre 2019, le Liban connaît un mouvement protestataire sans précédent; remettant en cause le système politique et ses représentants. Ce mouvement populaire issu de la société civile exprime une distanciation avec les leaders communautaires. De même qu’une volonté de rupture avec une corruption endémique à l’origine des défaillances de l’État. Cette volonté est « nationale ». Au sens où, d’une part, elle transcende les traditionnels clivages et antagonismes communautaires; que d’autre part elle s’exprime par la volonté de Libanais, au nom de leur qualité de citoyen national, par-delà les appartenances partisanes et communautaires.

Sachant que les compétences et la matière grise ne manquent pas dans le corps social libanais. Il suffirait d’une certaine conscience nationale pour que les partis communautaires privilégient la valorisation de cette richesse humaine. Et pour que le Liban puisse se reconstruire sur de nouvelles bases. Pas sûr néanmoins que les ingérences étrangères facilitent une telle perspective…

 

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