Coronavirus : oui mais nous sommes mieux lotis que les ancêtres

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photo credit : https://www.history.com

La pandémie du coronavirus sévit dans le monde. Elle aura sans doute des conséquences psychologiques, sociales, économiques, politiques et géostratégiques dont personne ne peut prévoir l’ampleur. Plus de la moitié de l’humanité est confinée chez elle dont la majorité sont des pauvres. Ils ne peuvent se nourrir qu’en travaillant ou en se débrouillant au jour le jour. On n’a qu’à penser à l’imposante population hindoue majoritairement démunie avec des centaines de millions vivant avec moins d’un dollar par jour.

Avec onze millions d’habitants, la Tunisie entière a une taille démographique d’une ville modeste en Inde ou en Chine. Pourtant, pour des raisons historique et politiques multiples, complexes et longues à expliquer, on s’en sortait difficilement avant Coronavirus. Et bien que notre économie soit en crise profonde, on vivotait tant bien que mal. Personne ne mourait de faim.

Avec la propagation de la pandémie de Coronavirus, avec des pans entiers de secteurs économiques à l’arrêt, avec un confinement quasi-général, nous nous trouvons dans une situation inédite. Nul dans ce pays, y compris ceux qui tiennent les rênes, ne peut savoir ni prédire ce qui arrivera, non pas d’ici un an ou un mois, mais la semaine prochaine…

Car, pandémie, confinement forcé et pauvreté constituent un mélange hautement explosif dont nul ne peut prévoir l’ampleur des conséquences ni l’étendue des ravages. Et le pire est que la catastrophe est générale. Tous les pays du monde, petits ou grands, faibles ou puissants, riches ou pauvres se replient sur eux-mêmes. Ils tentent par des moyens limités d’affronter des problèmes illimités.

Grandes pandémies des âges sombres

L’humanité en ce vingt et unième siècle passe par une période très difficile. Aucun vivant n’a vécu auparavant un fléau de cette ampleur. Mais malgré tout, en dépit de toutes les contraintes, les difficultés et les peurs engendrées, les sept milliards d’aujourd’hui sont mieux lotis. Ils sont mêmes privilégiés par rapport aux ancêtres qui avaient enduré les grandes pandémies du Moyen-âge et des siècles sombres.

Rappelons-nous la peste noire (dite aussi la mort noire) qui avait sévi au XIVe siècle. Elle n’épargna aucun continent. Rien qu’en Europe, cette peste avait emporté, selon les historiens, entre 30 et 50% de la population européenne. Une deuxième vague de cette pandémie frappa l’Europe de manière sporadique. Elle dura pratiquement jusqu’au début du XIXe siècle.

La plus célèbre manifestation de cette deuxième vague de la peste eut lieu à Londres (The big plague) en 1665. Elle emporta le quart de la population londonienne. On entassait les morts dans des charrettes pour les enterrer dans les fosses communes.

C’est une autre catastrophe, le grand incendie de 1666, qui, tout en détruisant Londres aida les Anglais à se débarrasser de la pandémie.

L’écrivain anglais Daniel Defoe a tenu un « journal de l’année de la peste » dans lequel on lit cette description : « Nous voyons des Londoniens vaquer à leurs occupations, une gousse d’ail ou une feuille de rue à la bouche, déposant chez les commerçants la monnaie dans un pot de vinaigre. Nous voyons se répandre les plague pipes -les pipes de la peste- (un étudiant à Eton a été fouetté pour avoir refusé de fumer). Nous voyons les prédicateurs, les prières publiques, les charlatans, les vendeurs de charme, de philtres, d’amulettes etc. (…) Comme il y a une histoire du crime, il y a une histoire de la peste qui a pesé sur les mentalités. »

Rappelons-nous aussi la peste qui frappa Marseille en 1720. Près de la moitié des 80.000 habitants que comptait alors la ville méridionale française ont été emportés par la pandémie.

La grippe espagnole est américaine

Plus proche de nous, la grippe espagnole fit les ravages que l’on sait sur les ruines de la première guerre mondiale. Entre trente et cinquante millions de personnes sont mortes de cette grippe dite espagnole, mais qui est en fait d’origine américaine. En effet, il est admis aujourd’hui que la grippe espagnole est apparue d’abord aux Etats-Unis, plus précisément au Kansas où elle a contaminé de jeunes soldats américains. Ceux-ci, suite à la décision de Woodrow Wilson d’entrer en guerre à côté de l’Angleterre et la France en 1917, partirent sur les fronts européens où ils diffusèrent le virus mortel.

Reste à savoir pourquoi on l’appelle « grippe espagnole » ? La raison est que tous les pays en guerre à l’époque censuraient toute information relative aux ravages de cette grippe. L’Espagne, qui était alors neutre, n’avait aucune raison d’interdire à ses journaux d’en parler. C’est parce que les informations relatives à la pandémie de 1918 étaient diffusées par la presse espagnole qu’on l’appelait « grippe espagnole ».

Cette brève plongée dans l’histoire pourrait peut-être nous soulager quelque peu. Elle pourrait, peut-être, nous convaincre que, malgré le confinement et les frustrations qui s’ensuivent, nous sommes privilégiés par rapports à ce que l’humanité des âges sombres avait enduré.

Nous sommes confinés certes, mais, en attendant la fin du calvaire, méditons ces vers admirables du poète français l’abbé Delille :

« Heureux qui dans le sein de ses dieux domestiques,

Se dérobe aux fracas des tempêtes publiques,

Et dans un doux abri trompant tous les regards,

Cultive ses jardins, les vertus et les arts ».

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