Le parlement divisé s’apprête à voter la confiance au gouvernement Jemli

arp

Profondément divisé et en ordre dispersé, c’est ainsi que se présente le parlement tunisien. Pourtant, ce vendredi 10 janvier le sujet est crucial. Puisque qu’il s’agit du vote de confiance à la nouvelle équipe gouvernementale, celle du gouvernement Jemli.

En effet, ce gouvernement Jemli se formait avec difficulté, en raison des tiraillements politiques. Il compte 28 ministres et 14 secrétaires d’Etat, dont la majorité n’est pas connue du grand public. Ainsi, Habib Jemli affirme avoir choisi une équipe indépendante. Et ce, après six semaines de concertations avec les principaux partis du pays.

Cependant, en dépit d’un important appui du mouvement Ennahdha, première force au parlement avec 54 sièges, le gouvernement Jemli ne semble pas convaincre les partis antagonistes; ni les organisations de la société civile.

L’indépendance mise en doute

Quant à Habib Jemli, il fut ancien secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Agriculture de 2011 à 2014. Et ce, dans les gouvernements Jebali et Larayadh, alors dirigeants d’Ennahdha. Jemli, 60 ans, est considéré par des observateurs comme un proche de ce parti.

Le bloc démocratique qui regroupe des députés d’Attayar et d’Echaâb ainsi que des indépendants (41 élus), a annoncé qu’il ne votera pas la confiance au gouvernement proposé.

Zouhaier Maghzaoui, député d’Echaâb estime que le gouvernement proposé est en réalité un « gouvernement d’Ennahdha et de Qalb Tounes ».

Attayar a annoncé renoncer à rejoindre le gouvernement. Il n’avait pas obtenu les ministères clés qu’il demandait, dont la Justice et l’Intérieur.

Tahya Tounes compte 14 élus. II considère que l’indépendance des ministres proposés est « mise en doute. Alors que la compétence de certains est inexistante ». Le parti a assuré qu’il ne votera pas la confiance au gouvernement Jemli.

Des magistrats à la tête des ministères clés

La désignation de plusieurs juges à la tête des ministères régaliens a suscité l’indignation de certains partis politiques et organisations de la société civile.

Ces réactions concernent notamment le juriste et porte-parole du Parquet et du pôle antiterroriste, Sofiène Sliti, désigné ministre de l’Intérieur.

Elles visent également l’ex-Premier président de la Cour de Cassation, Hédi Guédiri, choisi ministre de la Justice ainsi que le ministre pressenti pour le portefeuille de la Défense Imed Dérouiche.

A ce propos, la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH) a fait part de son refus « catégorique » de la candidature du magistrat Imed Derouiche à la tête du ministère de la Défense nationale. La Ligue a qualifié cette candidature de « provocante ».

Pour le mouvement Tunisie en avant, la nomination des magistrats dans le cabinet de Jemli touche à l’indépendance de la justice qui doit être à l’abri de toute instrumentalisation politique.

D’après cette formation politique, les ministères de souveraineté sont soumis à la politique du mouvement Ennahdha. Notamment en ce qui concerne les assassinats politiques et l’appareil secret.

Les tractations se poursuivent

D’autres blocs parlementaires comme la Réforme nationale (15 députés) ont émis des doutes sur l’indépendance de cette équipe proposée.

« Certains noms figurant sur la liste de la nouvelle équipe gouvernementale suscitent des interrogations quant à leur indépendance et leur compétence », souligne le groupe de la Réforme nationale.

La Coalition Al Karama (21 élus) est de même avis. Elle qualifie la composition proposée de « gouvernement de raccommodage ».

Al Karama émet des réserves sur le ministre du Tourisme, le ministre de la Planification internationale, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Santé et le secrétaire d’Etat chargé de la diplomatie économique.

D’autres organisations comme le Collectif Soumoud (Résistance) et le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) mettent en garde contre des suspicions de corruption qui pèsent sur certains ministres de Jemli.

Constat corroboré par l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC). L’instance a annoncé avoir adressé une correspondance à Jemli. Elle comporte une liste nominative de certains ministres et secrétaires d’Etat soupçonnés de corruption.

L’INLUCC précise qu’elle s’attendait à ce que le chef du gouvernement réclame des dossiers concernant tous les membres du gouvernement; « ce qui n’a pas été fait ».

Face à toutes ces tractations, le chef du gouvernement désigné Habib Jemli ne revient pas, jusqu’ici, sur sa position de maintenir son équipe gouvernementale. Il appelle à voter la confiance au gouvernement proposé et à « privilégier l’intérêt national ».

D’après la Constitution, « si le Parlement n’accorde pas sa confiance, le président engage des consultations dans un délai de dix jours avec les partis et les groupes parlementaires, en vue de charger la personnalité jugée la plus apte de former un gouvernement dans un délai maximum d’un mois ».

Avec TAP

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