L’UPR remet l’indépendance de la BCT sur la sellette

BCT UPR

L’actuel Parlement vous réservera des surprises. Comment en serait-il autrement? Les élus UPR, quoique parcimonieux, relèveront le niveau du débat et mettront en avant l’intérêt général.

Ainsi, l’indépendance de la BCT, remise ces derniers temps sur la sellette par l’UPR, fait actuellement l’objet d’un projet de loi. Il vient d’être déposé par un groupe de parlementaires conduits par Dr. Adnen Ben Brahim (élu UPR).

A cet égard, l’amendement de la loi 35-2016 s’inscrit dans la continuité des positions et choix politiques de l’UPR. Et ce, tels qu’ils ont été exprimés dans un communiqué dès le 15 avril 2016. Soit trois jours après l’adoption de la loi instaurant l’indépendance de la BCT. A noter au passage qu’un certain parti, qui nous emboîte aujourd’hui le pas pour décrier l’indépendance de la BCT, était de ceux qui, le 12 avril 2016, votaient les différents articles de cette loi et s’abstenaient lors du vote définitif.

En effet, les raisons invoquées pour justifier le statut d’indépendance des banques centrales n’échappent à personne. Le leitmotiv étant de soustraire la Banque centrale, puissance émettrice de la monnaie ex-nihilo à la tutelle des politiciens. Ceux-ci étant accusés à tort ou à raison, de susciter une dose d’inflation à l’approche des élections. Et ce, de nature à procurer chez l’électeur une fausse impression passagère d’aisance matérielle.

L’indépendance de la BCT vs recession

Au-delà de cet argumentaire convenu, la situation économique en Tunisie s’accommode mal de l’indépendance de la BCT. Et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la coordination, voire la parfaite harmonie entre les politiques économiques et monétaires est impérieuse. Nous sommes de ceux qui croient que la monnaie n’est pas neutre donc que les taux d’intérêt appliqués sont susceptibles de peser sur les cycles économiques.

Puis, la récession dans laquelle est empêtrée la Tunisie appelle une politique contracyclique. Dont un des dispositifs étant des taux d’intérêt bas incitant à l’investissement et à la consommation. De même que d’appliquer des taux aussi élevés que ceux adoptés par la BCT revient à freiner la relance. Jamais le crédit à l’investissement n’a été aussi modique que depuis le relèvement des taux directeurs. Comment s’étonner alors que la croissance enregistrée soit aussi faiblarde (1,4%).

Ensuite, la frilosité des investisseurs. Elle tient à la fois à l’absence d’opportunités d’investissements et au manque de visibilité conjoncturelle. Et elle accule l’Etat à adopter une politique expansionniste.

Le recours pressant à l’endettement intérieur

Or, quoi de plus naturel pour l’Etat que de recourir à l’endettement intérieur. Pour l’Etat, la dette intérieure n’est-elle pas un horizon infini, comme le dit Jean-Paul Fitoussi? Cependant, l’endettement, qui se faisait jadis à peu de frais, n’est possible aujourd’hui qu’au prix d’exorbitants taux d’intérêt. Dans un scénario kafkaïen, l’Etat s’endette à 11% auprès des banques commerciales. A leur tour, elles s’endettent auprès de la BCT au niveau du TMM. En engrangent au passage des dividendes substantielles sur le dos du contribuable, indépendance de la BCT oblige.

Par ailleurs, si d’une part, l’indépendance des banques centrales a été justifiée par des conduites irresponsables des politiciens; il est légitime, d’autre part, de penser à se prémunir de l’incompétence des gouverneurs. La question est hautement justifiée au regard de la politique conduite par la BCT pour lutter contre l’inflation. Car, elle occulte totalement qu’il s’agit d’une inflation importée tributaire de la dépréciation du dinar. Et elle met en place des mesures destinées à faire face à une inflation interne générée par une surchauffe économique.

De ce fait, en relevant son taux directeur, la BCT entrave l’investissement. De plus, elle pénalise les entreprises et punit doublement les ménages. En effet, ces derniers pâtissent non seulement d’une inflation qui érode leur pouvoir d’achat; mais également des agios des crédits antérieurement contractés. Lesquels grimpent au gré de l’envolée du TMM.

Depuis trois années, l’indépendance de la BCT opère comme un boulet qu’aucun intérêt national ne semble justifier. A se demander au service de qui elle a été votée.

Par Makram Araar (UPR), Membre du Bureau Exécutif et Chargé de la formation économique

(Article publié en réaction à un article paru le 19 décembre sur leconomistemaghrebin.com).

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