Bourse de Tunis : oui aux dividendes, non aux recapitalisations

Bourse de Tunis

Un marché financier est censé permettre aux entreprises d’accéder à des financements de haut de bilan et à des dettes à long, voire très long terme. Est-ce que cela est toujours d’actualité en Tunisie ?

Ce ne semble pas être le cas, au moins durant les derniers mois.

Rares sont ceux qui osent lancer des augmentations de capital

Le rythme des augmentations de capital à la Bourse de Tunis a significativement baissé. En ce qui concerne les introductions, et hors l’activité exceptionnelle de 2013, il y a eu les six opérations de 2014.

Entre 2015 et 2018, il y a eu autant d’IPO! En 2017, huit opérations de recapitalisation sur le marché secondaire ont été réalisées pour la somme de 73 millions de dinars seulement.

En 2019, les opérations en cours sont une vraie source d’inquiétude. Tunisie Leasing & Factoring, leader incontestable de son secteur et l’une des meilleures signatures en matière de dette, a eu toutes les difficultés pour clôturer son augmentation de capital.

Le loueur avait décidé de proroger la période de souscription de trois semaine, jusqu’à la date du 21 février 2019. Cela lui a permis de collecter les 20,250 millions de dinars demandés.

Mais si le dénouement a été bon dans ce cas, les investisseurs regardent avec attention ce qui passe chez un autre loueur, ATL. La compagnie qui s’est lancée également sur le marché afin de lever 21 millions de dinars, a eu le même sort que son aîné.

Face à l’incapacité de collecter tout ce montant, les actions non souscrites ont été redistribuées entre les actionnaires sur la période allant du 11 au 19 avril. Selon un communiqué de l’ATL publié aujourd’hui, les souscriptions à l’augmentation de capital en numéraire réalisées à titre irréductible et à titre réductible ainsi que la redistribution des actions non souscrites entre les actionnaires de la société, ouvertes respectivement du 06 mars au 05 avril et du 11 avril au 19 avril n’ont pas atteint la totalité de l’augmentation du capital social. De ce fait, les actions non souscrites seront offertes au public du 24 avril au 24 mai inclus.

Mais si les deux opérations portent sur des montants abordables, nous avons devant nous une grande augmentation de capital à risque.

En effet, le marché est sollicité pour un montant de 168,172 millions de dinars dans le cadre de l’augmentation de capital de la BNA. C’est loin d’être facile dans un marché où la liquidité se fait de plus en plus rare.

Réaction négative des cours d’actions

Et non seulement il y a un problème de collecte. Mais il y a aussi un problème de rationalité qui met les entreprises sous pression. Dans le cas de Tunisie Leasing & Factoring, alors que le prix de l’augmentation de capital était fixé à 15 dinars, le cours sur le marché est passé à 12 dinars durant la période de souscription.

Qui va donc souscrire à des actions qui donnent accès à une moitié de dividende et plus chère ? Aujourd’hui, à la clôture de la séance, le titre est échangé à 10,02 dinars !

Idem pour l’ATL même si l’évolution des cours est largement meilleure. Le titre n’a pas chuté pour toucher le prix de l’augmentation, mais d’un point de vue rationnel, il vaut mieux acheter sur le marché que de souscrire aux actions nouvelles.

La BNA risque également de subir le même sort avec un prix de clôture au-dessous des 12 dinars de souscriptions depuis la semaine dernière. Aujourd’hui, le titre a clôturé à 11,97 dinars. Les résultats de la première phase de souscription seront déterminants. En fait, la première partie réservée, en priorité, aux anciens actionnaires détenteurs des actions composant le capital social actuel et aux cessionnaires de droits de souscription en Bourse, et qui va se dérouler du 15 avril au 21 juin 2019 va donner une idée sur l’engouement envers cette opération. Si le tour de table actuel n’est pas convaincu du titre, il serait difficile que le reste des investisseurs le soient.

Des journées sans goût attendent encore le marché, surtout à la lumière de la hausse continue des taux d’intérêt. Les indicateurs d’activité n’ont pas réussi à faire bouger les cours des sociétés que dans de faibles mesures. Seules les attributions d’actions gratuites sont restées attractives bien que du point de vue fondamental, il s’agit d’un jeu à somme nulle.

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