FAO : une gestion durable de l’eau s’impose dans la région NENA

pénurie en eau

C’est dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord (NENA) à laquelle appartient la Tunisie que les techniques d’irrigation ont été introduites pour la première fois, et c’est dans cette région que certaines des cultures les plus fondamentales pour l’humanité ont été cultivées pour la première fois.

La Tunisie a été le grenier de Rome et l’Égypte, par exemple, a longtemps été le grenier à blé du monde et un grand exportateur de céréales de base. Toutefois, la région NENA,  aujourd’hui l’une des régions les plus arides du monde, est aux prises avec une pénurie d’eau.

Ressources en eaux et en terres arables déjà rares

Dans son éditorial intitulé « Une action collective audacieuse est nécessaire pour une gestion durable de l’eau dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord », José Graziano da Silva, Directeur Général de la FAO a souligné que d’ici 2050, la population de la région devrait doubler et atteindre près de 668 millions de personnes, dont environ 400 millions vivront dans des villes en développement. Ces taux élevés de croissance démographique – environ 2% par an contre une moyenne mondiale de 1,1% – mettent sous pression les ressources déjà rares en terres arables et en eau.

DG FAO L'Economiste Maghrébin
José Graziano da Silva, Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

Les impacts du changement climatique, comme les températures plus élevées, les schémas d’évapotranspiration changeants et les besoins croissants en eau pour les cultures, contribuent déjà à la détérioration de la disponibilité de l’eau dans la région. En effet, la disponibilité en eau douce renouvelable par habitant a rapidement diminué au cours des cinq dernières décennies, ce qui a ajouté une pression considérable sur la production agricole et fait de la région l’un des plus gros importateurs de produits alimentaires, notamment de blé et d’autres céréales.

Les prévisions dévoilent que la fréquence des sécheresses pourrait augmenter de 20 à 60% d’ici la fin du siècle à comparer à leurs niveaux actuels. José Graziano da Silva ajoute qu’aucune autre région n’a été aussi gravement touchée par la désertification que la région NENA, principalement en raison de modes d’utilisation des sols non durables, de l’érosion des sols, de tempêtes de sable et de poussière, de la déforestation, du surpâturage et de la dégradation rapide des terres pastorales.

À moins que des mesures ne soient prises, la région pourrait subir de lourdes pertes économiques à cause de la pénurie d’eau provoquée par le changement climatique.

Tout cela se produit dans un contexte où les conflits et l’instabilité pèsent lourdement sur les sociétés et les économies de la région. La faim et la pauvreté sont à nouveau en recrudescence.

L’insécurité alimentaire et la sous-alimentation des ménages sont concentrées dans les pays les plus pauvres et les plus touchés par le conflit, le retard de croissance affectant plus du cinquième de la population de moins de cinq ans de la région.

Triple défi

Pour José Graziano da Silva, il est urgent d’agir dès maintenant pour relever le triple défi de la gestion durable de l’eau, du changement climatique, et de la sécurité alimentaire et de la nutrition.

Un éventail de solutions, peuvent apporter des résultats sur ces trois fronts que s’ils sont mis en œuvre ensemble.

Le premier impératif est de mettre fin aux conflits pour que l’attention et les ressources puissent être concentrées sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Le deuxième impératif est de parvenir à un meilleur alignement des politiques de la région en matière de sécurité alimentaire, d’eau et d’agriculture, d’énergie et d’environnement et de les rendre plus complémentaires.

Le troisième impératif est de mettre en place des systèmes alimentaires productifs et résilients qui génèrent des emplois et protègent les ressources naturelles simultanément.

Il est important de passer de politiques d’autosuffisance coûteuses et non durables à des politiques d’autosuffisance, qui tirent parti des avantages comparatifs de la région pour stimuler la production d’aliments nutritifs, comme les légumes, les fruits, les poissons et les volailles.

Importation de 30% des produits alimentaires !

Il est également important de réduire les pertes et le gaspillage de nourriture. Il est inacceptable qu’une région qui souffre déjà de rareté d’eau et qui est donc tributaire des importations de produits alimentaires perde plus de 30% de ses produits alimentaires chaque année.

« Nous devons mettre en œuvre et développer à grande échelle des outils – qui existent déjà – pour améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau, augmenter la disponibilité de l’eau et permettre une planification stratégique. Malgré sa richesse en ressources humaines et autres ressources, la région devrait davantage utiliser les technologies existantes dans les eaux usées traitées, dans la récupération de l’eau, dans l’irrigation et dans le contrôle de la consommation d’eau », recommande José Graziano da Silva dans son éditorial.

La FAO est prête à soutenir des politiques agricoles

Et d’ajouter que la région a également besoin de politiques et de mécanismes qui récompensent les agriculteurs qui utilisent l’eau de manière plus efficace et durable. Des incitations peuvent être conçues pour accélérer l’adoption à grande échelle de technologies et de pratiques agricoles intelligentes face au climat qui augmentent la productivité de l’agriculture et améliorent l’efficacité de l’eau et la gestion des sols.

« Les pays de la région auront besoin de l’appui de partenaires, ainsi que du système des Nations Unies. La FAO est prête à soutenir la transformation nécessaire des politiques agricoles et de la sécurité alimentaire », conclut José Graziano da Silva.

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