Un ni responsable, ni coupable de toutes les fuites en avant

covid-19 - l'économiste maghrébin
Des élèves en manifestation dans un collège à Nabeul

Parents en colère et très remontés. Éleves anxieux et très inquiets pour leur avenir. Pouvoirs publics et syndicat du secondaire décidés à ne rien lâcher. Opinion publique partagée et une rue prise à témoin.

A ma connaissance, nul besoin de remonter loin dans le temps pour savoir si un tel concours de circonstances a bien eu lieu par le passé. Il n’y en a jamais eu. La liberté de parole et de rassemblement retrouvée. La preuve que la révolution a quelque part réussi même partiellement.

Descendre dans la rue pour crier tout haut et pacifiquement ce que l’on pensait autrefois tout bas. Une façon comme une autre de faire aussi l’école buissonnière et nos chers élèves n’en demandaient pas tant. D’une pierre, ils auront fait deux coups. Je les ai vus déambuler slogans à l’appui. S’il y a quelqu’un à ne pas blâmer outrageusement, c’est bien le ministre de l’Education Hatem Ben Salem pris entre deux feux, comme s’il était dans son pouvoir de mettre la main à la poche. Puisque tout mène vers cet objet de toutes les controverses, l’argent, et encore faut-il le trouver.

L’éducation, c’est d’abord et avant tout le porte-monnaie, bien avant les choix. Il conditionne tout le reste. Et à ce jeu, c’est à mon sens le ministre de l’Education qui est le plus crédible, tant il est vrai que la crise de l’enseignement ne date pas d’aujourd’hui.

Aussi bien du côté de ceux qui sont en quête de savoir, que de ceux qui le financent et le dispensent, pour arriver jusqu’aux parents, on en porte la responsabilité. De là à nous jeter à la face un ni responsables, ni coupables de toutes les fuites en avant. Il n’y a qu’un pas, que tout un chacun a franchi allègrement, sans aucune gêne.

J’ai envie de rire, d’un rire jaune, quand j’entends dire qu’avec cet interminable bras-de- fer entre ministère et syndicat, cela ne peut plus continuer. J’ai envie de rire quand j’entends des accusations du type « Lassaad Yacoubi irresponsable et assassin ». J’ai envie de rire quand je vois défiler dans les rues des élèves au cri de notre avenir est en danger. En matière d’hypocrisie, il n’y a pas mieux.

A votre avis, qui a mis notre enseignement dans cette situation qui semble inextricable ? Si on en est encore à verser des larmes sur la perte de qualité, c’est bien de crocodile.

A force d’incompétence et de mélange des genres, où les parents et les élèves ont aussi leur part. Dans une quête absolue de la réussite, on a basculé dans le populisme le plus primaire, en autorisant tous les dépassements, toutes les largesses, toutes les bienveillances. A coup d’hésitations, à coup d’à peu-près, à coup d’incohérences, on s’est autorisé toutes les médiocrités. Résultat des courses : un capital excellence dilapidé et un enseignement à terre par manque de courage et d’autorité.

Dans cette affaire, je trouve que les syndicalistes ont raison. Ils défendent bec et ongles les droits de leur corporation et ils sont dans leur rôle. Le ministre Ben Salem est dans le sien. Si tout le monde diabolise tout le monde, c’est bien que tout le monde est perdant et sur toute la ligne.

En tous cas une chose est certaine : les conditions d’exercer le métier n’ont jamais été aussi déplorables. Et ce n’est pas faute à l’actuel ministre, plus qu’à ses prédécesseurs, d’avoir essayé et de continuer à le faire et de mettre surtout en garde. Attention aux visées des esprits chagrins qui veulent tirer notre enseignement vers l’arrière.

En fait, combien vaut un bac tunisien aujourd’hui ? Combien vaut une licence, un master voire même un doctorat ? Il faut bien poser le problème en ces termes. Et puis, l’approximation a bien un prix, et il est admis qu’elle est devenue la chose la mieux partagée. Forcément, elle a un prix, et ce prix a un nom. Il s’appelle l’école des cancres; à grand renfort de gonflages des notes, de surévaluation et d’explosion de cours particuliers sans queue ni tête. Au prix nous dit-on de grands sacrifices des parents, obligés de se couper en quatre pour assurer une qualité qui reste défaillante, quand elle n’est pas introuvable.

Alors, quand encouragé par tant de rien du tout, le privé affiche ses ambitions en montrant les dents, tout monde s’indigne; mais finit toujours par s’engouffrer dans la brèche laissée béante. Reste la nostalgie de l’excellence, ce qu’elle fut autrefois, et ce qu’elle est devenue aujourd’hui.

Je ne sais pas si vous vous en êtes aperçus, mais j’ai l’impression que tout le monde, ou presque, a tendance à s’installer lentement mais dangereusement dans cette nostalgie qui peut empêcher d’avancer. Attention à la déprime.

En excluant les rescapés de la débandade actuelle, et heureusement qu’il y en a, je peux affirmer sans risque de me tromper que pour trouver parmi le corps enseignant un personnel qui a aujourd’hui le niveau, il faut vraiment chercher. Inévitablement, cela rejaillit sur le reste.

Que l’on se détrompe, l’argent est important, très important, mais il n’est pas tout. Alors, pouvoirs publics, parents et élèves, tous dans le même sac ?

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here