A quand une Tunisie qui fait rêver ses jeunes

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Le secteur des TIC en Tunisie est en train de vivre un vrai cauchemar. Plusieurs milliers d’ingénieurs et de diplômés de l’enseignement supérieur ayant de l’expérience dans le domaine sont en train de partir à l’étranger tous les ans, avec une amplification du phénomène ces trois dernières années, laissant les entreprises en grande difficulté pour pouvoir les remplacer.

Une enquête a été réalisée par le club des DSI et Informatica et qui était exposée mi-décembre dernier au siège de l’UTICA, montre que les entreprises du secteur enregistrent plus de 23% de Turnover par an de leurs effectifs et sont amenés à remplacer presque le quart de leurs équipes annuellement.

Pis encore, cette perte est enregistrée principalement chez les personnes qui ont une forte expérience ce qui complique les démarches pour remplacer ces départs. Ce chiffre est amplifié pour les ingénieurs diplômés et les professionnels qui travaillent sur le développement des projets et des logiciels pour dépasser les 30% de départ des effectifs par an.

Cette situation empêche les entreprises à progresser sur la chaine de valeur, et les laisse contraints à travailler sur des types de projets simples au lieu de produire sur des projets complexes qui touchent à l’architecture des logiciels, l’innovation, la technologie poussée, ou à la recherche et développement de pointe.

Quand est-ce qu’on décollera de ce sort économique du pays, coincé dans le Low Costing, à l’instar du all-inclusive du tourisme, la vente en vrac du phosphate et de l’huile d’olive, les call-centers pour le secteur des TIC… ?

Prenons l’exemple de l’Inde, un pays qui a beaucoup investi dans le domaine des TIC et qui a fait de ce secteur un secteur stratégique et prioritaire à partir des années 90. Le groupe IBM avait créé en Inde des centres de recherche et développement qui ont su sur les années se développer en s’appuyant sur les compétences locales mais aussi sur des compétences indiennes qui sont parties aux Etats-Unis puis revenues en Inde. Le pays a donné des incitations et un accompagnement aux acteurs du secteur qui ont fait que ces centres jouent aujourd’hui un rôle capital pour l’ensemble du groupe IBM et prennent le lead sur les sujets les plus pointus incluant l’intelligence artificielle et la Block Chain. Les effectifs d’IBM en Inde sont passés de 5 mille en 2000 à quasi 113 mille en 2009 pour atteindre 350 mille en 2018.

En deux décades, des multinationales, américaines surtout, avaient créé plus que 750 centres de recherche et développement en Inde employant plus que 400 000 diplômés en technologie sur des projets globaux livrés partout dans le monde.

Nous sommes dans un monde globalisé, marqué par une économie du savoir et de la connaissance basée sur la Recherche & Développement, l’Innovation, l’Éducation et les TIC.

Les grandes puissances s’arrachent les compétences et le savoir tandis que nous sommes malheureusement en train de laisser partir les nôtres sans un réel plan pour freiner le phénomène.

Faire face au départ des ingénieurs

Nous sommes en train de payer l’éducation et l’enseignement de nos enfants de nos propres impôts dès l’âge de 6 ans jusqu’à l’âge de 25 pour les offrir sur un plateau aux pays développés sans demander le moindre millime en contre-partie, même pas une prime de formation que l’entreprise d’accueil pourrait payer au profit de l’Etat tunisien.

L’étude réalisée montre que les deux principales raisons pour les départs des ingénieurs en TIC sont l’environnement global dans le pays et la rémunération.

Les entreprises du TIC sont en train de faire un grand effort sur les salaires et vont continuer à le faire, mais l’appui de l’Etat et ses choix stratégiques sont extrêmement importants si on veut que ce secteur soit une des locomotives de notre économie.

Le secteur des TIC faisait une croissance de 15,4% en 2013, il n’en fait plus que 3,7% en 2016 avec une baisse aussi en pourcentage du PIB. L’étude parle d’un manque à gagner entre 2 et 4,5 milliards de dinars si ces milliers de compétences tunisiennes sont rentrées en Tunisie.

A vrai dire, ces ingénieurs et BAC+5 basés à l’étranger n’ont aucun suivi, ni incitation pour retourner en Tunisie. Aucune instance ne les incite à réfléchir et à créer leurs projets ou leurs entreprises en Tunisie, malgré les multiples avantages que propose le pays, à l’instar des 4 ans d’exonération d’imposition sur les bénéfices de l’entreprise et sur les impôts des salariés pour les entreprises fraîchement créées.

Une veille consulaire dans les pays d’accueil pourra beaucoup aider pour que ces jeunes restent bien attachés au pays et finissent par lier leur projet professionnel et personnel avec la Tunisie.

Encourager davantage les jeunes

L’Etat avait initié la convention Smart Tunisia pour aider les entreprises du secteur à recruter les jeunes diplômés, alors que l’aide devait s’orienter vers la fidélisation des personnes expérimentées.

Par exemple, un FCR accordé aux personnes ayant passé plus que 2 ans dans une entreprise non résidente ou totalement exportatrice en Tunisie sans avoir à partir ailleurs, une baisse sur l’IRPP d’une certaine catégorie de personnel ayant Bac+5 et 3 ans d’expérience dans les TIC contre une augmentation du salaire net, des prêt à taux zéro pour l’aide à l’acquisition d’une première résidence ou pour un projet de mariage…

Mais surtout il faut redonner espoir à cette jeunesse. Il faut que nos jeunes croient au potentiel du pays, à leur possibilité de réussir en Tunisie, à faire une belle carrière, à lancer leurs propres entreprises, et à bien gagner leur vie.

D’ailleurs plusieurs success stories existent en Tunisie. Il faut mettre en valeur les gens qui ont réussi. Les jeunes veulent voir que réellement dans leur pays, la méritocratie est un engagement et non pas juste un slogan qu’utilise les moins bons pour accéder au pouvoir.

Un rêve commun : le Tunisian Dream

Le paysage politique aujourd’hui et la situation économique et sociale sont en train de faire fuir nos jeunes talents en l’absence de valeurs communes et respectées, d’un message d’espoir de nos leaderships et d’une vraie stratégie qui permettra de tracer un avenir radieux pour notre pays.

Nous avons besoin de leadership national qui tient aux valeurs, ceux de la Liberté, de la Justice et de l’Ordre, d’un Rêve commun qu’on partage et auquel nos jeunes croient et bâtissent leur avenir. Mais pour le moment, et en attendant le grand réveil, le Tunisian Dream de nos jeunes se résume malheureusement au slogan : « How to Fly away ».

Par Kais Allani, directeur général de NeoXam Tunisie

Références :

  • https://qz.com/india/1248954/how-ibm-research-india-went-from-a-back-office-to-using-blockchain-to-help-farmers/
  • https://en.wikipedia.org/wiki/IBM_India
  • https://www.leconomistemaghrebin.com/2018/12/13/fuite-competences-perte-entreprises/
  • https://www.leconomistemaghrebin.com/2018/12/13/kais-sellami-nos-gisements-competences-se-vident/

1 COMMENTAIRE

  1. Analyse pertinente d’un phénomène qui est le développent d’un comportement presque généralisé et qui se résume dans l’individualisme maladif qui a été engendré par les mots d’ordre de la « pseudo révolution » de 2011 comme la liberté personnelle, la démocratie formelle et les droits de l’hommes fictifs. Malheureusement les propositions de l’auteur sont fragmentaires et impossibles à réaliser. Seule la proposition contenue dans la conclusion est valable, sauf qu’il est nécessaire de réaliser une révolution politique et idéologique générale pour la réaliser.

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