Regards critiques sur le plan de relance 2019-2020

CONECT Economie Tunisie L-Economiste-Maghrebin

Le rapport sur le plan de relance 2019-2020 a été élaboré par un groupe de travail du Conseil des Analyses économiques (CAE) . Il a été présenté dans la cadre d’une table ronde qui s’est tenue aujourd’hui à Tunis, organisée par le CAE avec le concours de la GIZ.

Il s’agit d’un rapport fédérateur qui a intégré des mesures présentées dans les 10 notes de propositions du CAE. Elles ont été  élaborées par les autres groupes de travail du Conseil  présentées en trois annexes. D’autres propositions horizontales et sectorielles complètent ce travail pour aboutir aux 100 mesures avancées dans un plan de relance.

La politique économique sur laquelle repose ce plan de relance comporte des mesures horizontales, fiscales et non fiscales. De plus, elle utilise un grand nombre d’instruments fins, sectoriels et spécifiques.

Certains de ces instruments sectoriels, à mettre en œuvre à court terme, sont repris dans le rapport présenté aujourd’hui par le CAE. Il est néanmoins proposé que ces instruments soient consignés, de façon exhaustive, dans des « pactes de compétitivité ».  Ils sont à établir entre, d’une part, l’Etat, qui s’engage à mettre en œuvre une série de mesures et, d’autre part, le secteur privé qui s’engage à réaliser des objectifs d’investissement, d’exportation et de création d’emplois.

Appuyé d’une analyse approfondie sur l’érosion du tissu économique tunisien, le rapport a exposé, dans une deuxième section, les mesures de relance horizontales.  Dans une troisième section, sont présentées les mesures sectorielles et d’accélération des projets. La dernière section traite des conditions de réussite du plan de relance et de sa mise en œuvre.

La crise est aussi et surtout politique et idéologique

« Pourquoi la Tunisie est-elle restée à un taux de 5% de croissance ? Pour quelle raison le véhicule du développement est resté à 60km/h au lieu de rouler à 100km/h ? Pourquoi, huit ans après la révolution, la Tunisie connaît-elle encore une grave crise économique et sociale ?« , s’est interrogé Afif Chebli, ancien ministre et président du CAE à la présentation de la vision de la relance économique.

Selon lui, les politiques économiques bridées et l’après 2011, marqué par un affaiblissement de l’autorité de l’Etat, sont le principal obstacle au développement. « La crise est certes économique, mais elle est aussi et surtout politique et idéologique. L’absence d’une relance ambitieuse ouvre la voie à la sortie de la Tunisie du monde de la productivité », ajoute Afif Chelbi.

Partant d’une approche critique, Khalil Laâbidi, président de l’Instance tunisienne de l’investissement, a fait remarquer que ce travail aurait dû fai être t avant 2017. Sur un premier plan, M. Laâbdid a souligné que la première partie de ce rapport n’a pas procédé à une analyse quantitative, mais elle a été marquée beaucoup plus par des appréhensions.

Et d’ajouter que la deuxième partie du rapport est un peu biaisée sur certains volets et indicateurs avec un changement de codes en cours de route dans la partie benchmarking. Le rapport cite, par exemple, le nombre d’entreprises exportatrices sans citer le volume moyen d’exportation par entreprise.

Promouvoir la Tunisie en tant que site technologique

Sur le volet benchmarking, Khalil Laâbidi a fait observer que la Tunisie n’a été benchmarkée que sur ses points faibles (formation, emplois,…) sans évoquer ses points forts. Le rapport évoque, par exemple, la baisse entre 2011 et 2017 du rythme des exportations tunisiennes vers l’UE sans parler de l’avancée enregistrée en matière d’exportation du contenu technologique durant cette même période surtout que l’économie tunisienne est en train de se transformer en une économie d’innovation.

S’agissant de l’offshore /onshore, Khalil Laâbidi a recommandé de procéder à un rapprochement qui tient en compte de ce qui se passe dans l’environnement du pays notamment chez nos concurrents. « Le problème de rapprochement de l’offshore /onshore doit être traité dans un environnement global », explique Khalil Laâbidi qui a proposé d’annoter les instances nationales d’investissement auprès de la présidence du gouvernement.

Baisser le dinar : un faux argument !

Faceyl Derbel, conseiller du chef du gouvernement, a tenu à préciser qu’il est vrai que la fiscalité n’est pas en premier plan en matière d’attrait des investisseurs, mais « avant la fiscalité, il y a la sécurité, la stabilité politique et la stabilité des textes réglementaires. »

Pour le financier Férid Ben Brahim, il faut soulever la problématique du dinar tunisien et des exportations. « Faire baisser la valeur du dinar  est un  faux argument. C’est une politique insensée. Il faut essayer d’enrayer la baisse du dinar qui creuse le déficit et n’a offert aucune compétitivité », a-t-il dit.

Mettre en place des projets viables

Hassen Lamouchi, membre de la Chambre nationale de l’industrie pharmaceutique, a pour sa part recommandé, en matière de développement régional, de mettre en place des projets viables. « On a détruit certains mécanismes. Plusieurs établissements qui ont fait l’âge d’or de l’économie tunisienne ont disparu. Dans certaines régions, plusieurs projets sont lancés par des chasseurs de primes ! », a-t-il regretté.  Et d’ajouter, la priorité consiste aussi de faire le bilan de l’accord de coopération avec l’Union européenne.

Plus de moyens aux pôles de compétitivité

Hichem Turki, directeur général du Pôle de compétitivité de Sousse, a déclaré que l’Etat doit mettre à la disposition des pôles de compétitivité  davantage de moyens. Pour Ramzi Zammali, du pôle Monastir – El Fejja, il fallait travailler sur les facteurs conjoncturels et les facteurs structurels. « L’analyse du CAE s’est focalisée beaucoup plus sur ce qu’on peut offrir alors qu’il fallait se concentrer sur une stratégie de positionnement », a-t-il observé.

Pour répondre à toutes ses inquiétudes, Sami Zaoui, président du groupe du travail du CAE, a tenu à préciser qu’après environ 70 réunions de travail avec les institutions concernées, le groupe de travail n’a pas trouvé de solution miracle. « Le rapport n’est pas toujours appliqué ! L’idée est de remettre la machine en route. Ce rapport est orienté vers le volet qualitatif dans l’esprit de corriger les défaillances », a-t-il conclu.

La présentation du rapport sur le plan de relance 2019-2020 a été clôturée par un panel sur les pactes de compétitivité avec la participation du président de la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement, du président de la Chambre nationale de l’industrie pharmaceutique et du président de Tunisian Automotive. Associations qui ont formulé et discuté des propositions en vue  de mobiliser et de coordonner les actions du secteur privé et public pour accélérer le rythme de développement sectoriel. Il s’agit également de favoriser la création d’emplois, le développement des exportations à plus haute valeur ajoutée et la promotion des IDE.

Nous y reviendrons

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here