Et si la présidentielle de 2019 était une arme pour « interagir » avec l’initiative de BCE ?

présidentielle 2019 L'Economiste Maghrébin

Comment interpréter cette phrase du post fleuve du président d’Ennahda du 16 août 2018 : « L’ambition personnelle d’arriver au pouvoir à travers les urnes est un droit constitutionnel auquel personne ne peut toucher et que quiconque ne peut condamner ». Le président du mouvement d’Ennahdha nourrit-il pour lui-même ou pour son organisation une ambition présidentielle ?

Il s’agit là d’une lecture possible de la longue lettre postée sur son compte Facebook par Rached Ghannouchi, le 16 août 2018, à l’occasion du 5ème anniversaire de la tenue de la rencontre, il y a cinq ans, à Paris, entre lui-même et le président Béji Caïd Essebsi. Rencontre qui a scellé une Entente (le fameux « Taouefek ») entre les deux courants de pensée dominants en Tunisie : les islamistes et les modernistes.

Est-ce, à ce propos, exagéré que de penser qu’Ennahdha ait fait, dans le post de son président, une pré-annonce quant à sa volonté de s’engager dans la bataille de la Présidentielle de 2019 ? Les mots utilisés par Rached Ghannouchi pourraient le laisser penser: «L’ambition personnelle d’arriver au pouvoir à travers les urnes est un droit constitutionnel auquel personne ne peut toucher et que quiconque ne peut condamner.»

S’agit-il, par contre, d’un moyen pour Ennahdha de montrer de quel bois il se chauffe – Rached Ghannouchi n’a pas raté l’occasion de rappeler que son organisation est majoritaire dans le pays: n’a-t-elle pas gagné (sic) les Municipales du 6 mai 2018 ?- pour tous ceux qui entendent prendre des initiatives sans l’y associer activement?

A la fois un bilan, un programme et une ambition présidentielle

Rached Ghannouchi a-t-il voulu exercer là, et de ce fait, une quelconque pression sur ses partenaires de Nidaa Tounes, et bien au-delà, pour faire valoir le fait que son mouvement peut peser de tout son poids dans la prochaine échéance électorale, soit en présentant un candidat en son nom? Soit en appuyant d’une manière ouverte, ou cachée, un candidat qui pourrait faire perdre à Nidaa Tounes la magistrature suprême?

Rien ne doit, à ce niveau, être laissé au hasard dans l’analyse du long texte du chef du mouvement d’Ennahdha qui, s’il se veut un bilan, est également un programme que Rached Ghannouchi trace en six points qui nécessitent une lecture attentive.

La présidentielle de 2019 est de ce fait un enjeu majeur pour Ennahdha qui entend sans doute en faire bon usage concernant la question de l’adoption de l’égalité successorale. En clair, Ennahdha, qui a donc promis d’ « interagir » avec l’initiative présidentielle concernant l’égalité successorale, sait qu’il tient avec la Présidentielle une arme fatale pour donner au texte, qui sortira des débats des parlementaires, la forme qu’il souhaite. Si ce n’est de faire tomber carrément l’initiative.

Ennahdha a plus d’une corde à son arc

Ennahdha qui sait bien manœuvrer au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), en témoigne le passage en force du vote en faveur du ministre de l’Intérieur, Hichem Fourati, fin août 2018, a montré qu’il a plus d’une corde à son arc.

Largement divisé sur une initiative sur laquelle il ne s’est pas du reste clairement exprimé, le mouvement va encore cette fois bien mettre les bouchées doubles pour faire évoluer les choses dans le sens qu’il souhaite.

D’autant que cela permettra au mouvement de ne pas exploser. Tout le monde comprend déjà et au travers de responsables nahdaouis influents, qui se sont exprimés contre l’initiative présidentielle, que le pari ne sera pas facile pour Rached Ghannouchi.

 

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Publié le 19/08/2018 à 12:00

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