Tunisie : le compromis du 13 août 2018

13 août L'Economiste Maghrébin
Le président de la république BCE le 13 août 2018

L’horizon électoral 2019 a remis à l’ordre du jour l’affrontement identitaire. Réagissant à la commission des droits de l’Homme, favorable à l’égalité de l’héritage, la mouvance islam politique a organisé samedi 11 août une manifestation devant le parlement, soutenue par des ténors du parti Ennahdha. Le citoyen serait-il réduit à sa religiosité ?

Réagissant à cette initiative, les Bourguibistes et les différentes composantes du mouvement moderniste (laïcs, féministes etc.) ont organisé une grande manifestation, le 13 août devant le théâtre national. Cette manifestation, essentiellement féminine du 13 août, remettait les pendules à l’heure.

Quant à l’intervention présidentielle, il s’agit d’une décision importante, puisque le président de la République a annoncé sa volonté de présenter au parlement une proposition établissant l’égalité de l’héritage.

Justification d’avant-garde, la Tunisie étant un Etat civil, dont les références ne sont pas religieuses, affirma-t-il, à juste titre. Le président légitime sa proposition, par l’application de la Constitution. Mais, dans un souci de concession à la mouvance islamiste, il prévoit éventuellement le respect des règles d’antan, par testament.

En dépit de cet arrangement, la décision est importante, puisque l’égalité serait la règle, alors que le testament constitue une exception conjoncturelle, susceptible d’être transgressée, dans un avenir plus ou moins lointain.

Le parlement pourrait-il adopter cette initiative? Les députés d’Ennahdha semblent plutôt hostiles. Passant à l’offensive, le président de la République a demandé à Ennahdha de voter cette proposition, confirmant sa mutation en parti politique non-takfiriste.

Du coup, la défection de Nidaa Tounes est notable : Nidaa Tounes se retrouve, en hors-jeu, dans cette guerre médiatique. Livré à lui-même sur la question de l’égalité de l’héritage. Est-ce son chant du cygne, ainsi que celui des groupuscules soi-disant néo-destouriens, qui n’ont pas pris l’initiative de défendre l’émancipation des femmes ?

D’autre part, fait surprenant, les ministres ont évité de se prononcer. Souhaitent-ils ménager le parti islamiste ? Exception courageuse, le ministre des Domaines de l’Etat, a publié un statut, samedi 11 août 2018 sur le rapport de la Commission des libertés individuelles et de l’Egalité (Colibe), notamment, sur la question de l’égalité successorale.

Il a tenu à rappeler le contexte historique des versets relatifs à l’héritage, assurant que le Coran doit être interprété dans sa globalité et en tenant compte de ses finalités.

Saluons cette reprise présidentielle du flambeau, dans la continuité des réformes bourguibiennes.

Article précédentRadhouane Ayara optimiste quant à la ligne 13
Article suivantSecteur du transport des marchandises : grève de trois jours
Avatar photo
Professeur émérite d’histoire contemporaine, Université de Tunis 1, doctorat d'Etat es-Lettres, Paris-Sorbonne IV (1981). ), Docteur Honoris causa de l'Université de Montpellier -Paul Valéry (France, 1996). Prix National des Lettres et Sciences Humaines (Tunisie, 1997), ancien président de l’Association des Etudes Internationales.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here