Un huitième gouvernement, et après…

Gouvernement Chahed L'Economiste Maghrébin

Voilà quelques semaines que les tractations vont bon train à propos du programme et de la structure du gouvernement. Cependant, force est de constater que nos politiciens, en manque manifeste d’inspiration, s’obstinent à répéter les mêmes erreurs.

La Tunisie est depuis le 14 janvier 2011 à son septième gouvernement. Chaque gouvernement qui arrive, apporte avec lui son lot de promesses qui se heurtent à une réalité plus complexe que ce à quoi s’attendaient les politiciens les plus chevronnés; et c’est toujours la désillusion qui s’installe et prend place dans ce qui ressemble à un retour éternel aux mêmes réflexes, celui de changer le chef du gouvernement et l’équipe dirigeante.

Ceci pourrait être la solution adéquate dans un seul et unique cas, celui où l’on a mis à la disposition de ce gouvernement tous les moyens nécessaires à la mise en œuvre de son programme, mais aussi le soutien politique nécessaire qu’il est supposé avoir de la part des parties qui l’ont promu au poste. Cependant, d’aucun ne peut nier l’évidence: que ces parties (partis politiques et organisations) qui l’ont propulsé sur le devant de la scène gouvernementale sont, elles-mêmes, les parties qui n’ont jamais cessé de freiner l’élan des réformes qu’il a promis d’exécuter. Grèves illimitées, sit-in, blocage de la production… tels sont les défis quotidiens auxquels a fait face Youssef Chahed tout le long de son mandat de chef de gouvernement.

Ceci s’assimile bien à un paysage surréaliste où les parties prenantes conjuguent schizophrénie et paranoïa, un cocktail explosif à effet destructeur évident de toute bonne volonté de réussir la tâche assignée et de faire sortir le pays d’un gouffre dans lequel il ne cesse de se noyer.

Ce qui est arrivé aux précédents chefs de gouvernement, Youssef Chahed n’en a pas été épargné et le même scénario de l’éviction d’Habib Essid se répète aujourd’hui. Cependant, d’aucun ne s’est posé la question de savoir si c’est cela la solution?

Commençons d’abord par cet Accord de Carthage II. Le président de la République, les partis signataires de cet accord, amoindris de la quasi moitié, les organisations nationales, ont cru bon de répondre à l’appel pour la révision du premier accord. L’objectif était dès le début clair pour tout le monde. Ce dont il est question, ce n’est pas d’introduire de nouvelles dispositions au programme gouvernemental, mais de trouver un argument, désormais douteux, pour évincer Chahed, qui devient inquiétant pour certains partis, notamment avec l’approche des prochaines échéances électorales de 2019. Et dire que l’intérêt des partis prime sur l’intérêt du pays.

Le chef du gouvernement est devenu persona non grata pour les partis

Ceux qui ont suivi de près les discussions autour du nouveau document, témoignent bien qu’aucune consultation n’a été faite, qu’aucun expert ne s’est vu solliciter à propos de telle ou telle question. Ce sont des néophytes qui se sont réunis pour discuter de choses qu’ils ignorent. Que pourrait-il en sortir comme résultat? Perpétrer la médiocrité devient désormais caractéristique du paysage politique actuel en Tunisie.

Concernant la question de la structure du gouvernement et des personnes qui vont y siéger, c’est toujours le même discours redondant qu’on entend. Un gouvernement réduit, avec des compétences qui cèdent leur droit à se porter candidat aux prochaines échéances électorales. Mais, l’on sait très bien, qu’à la fin, tout le monde va revendiquer des places et toute l’opération se transformera de nouveau en un partage des sièges au gouvernement, selon les rapports de force du moment.

Youssef Chahed est désormais devenu persona non grata pour les partis. Le directeur exécutif de son parti Nida Tounes est déterminé à l’éloigner de la sphère gouvernementale. Ennahdha, comme à son habitude, cherche à profiter au maximum de cette situation. En s’exprimant favorable sur le fait que Youssef Chahed continue sa mission, il essaye d’enfoncer plus profond le clou dans le cerceuil de Nidaa Tounes. Chahed est devenu l’homme à abattre, car il a essayé de bousculer les choses, dans la lutte contre des fléaux que personne n’avait cru possible d’entamer, de mettre la pression sur certains dirigeants de ces partis réputés pour leur implication avec les barons de la corruption, de mettre la pression sur les partis, notamment celui qui l’a promu chef de gouvernement, à cause d’une popularité qu’il a acquise et qui ne cesse de croître. Youssef Chahed c’est tout cela, mais aussi c’est un Monsieur qui a osé défier les syndicats de l’enseignement et derrière eux la centrale syndicale, dans le bras de fer qui les a opposés ces derniers mois.

Par ailleurs, la logique suppose, pour les personnes en possession d’un minimum de bon sens bien sûr, qu’on ne puisse pas envisager d’opérer un remaniement d’envergure dans un gouvernement, un remaniement qui comprend entre autre son chef, sans avoir la solution de rechange prête dans les tiroirs et sans qu’une feuille de route bien ficelée ne soit élaborée pour indiquer la direction à suivre pour ce gouvernement; et sans que les tâches ne soient précisées et reparties d’une manière objective et rationnelle entre des personnes capables de venir à bout d’une situation économique et sociale qui ne cesse de perdurer.

La question qui persiste est de savoir s’il y a quelqu’un qui pense à l’intérêt du pays, à sauvegarder les acquis et à chercher la solution adéquate qui permettent une vraie issue de la crise. A observer de près la scène politique tunisienne, on a l’impression que la sagesse a boudé notre pays.

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