Le système hospitalier tunisien à bout de souffle

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Le système hospitalier tunisien a pris, depuis quelques années, un tournant très dangereux. La qualité des services s’est dégradée avec le manque de moyens matériels d’une part, et l’insuffisance des effectifs d’autre part.

La dégringolade est tellement rapide que nous risquons l’effondrement de tout le système prochainement si des choix stratégiques ne soient pas pris. Il ne faut pas oublier que les structures publiques de santé sont le refuge pour une partie grandissante d’une population irritée par les conditions socio-économiques de plus en plus difficiles.

Des chiffres alarmants

Nos hôpitaux sont largement déficitaires. Le défunt Slim Chaker l’a dit trois mois auparavant : le déficit se chiffre à 770 millions de dinars. Conséquence: les fournisseurs refusent d’approvisionner ces établissements en consommables. Aujourd’hui, plusieurs services sont techniquement en état d’arrêt. Face au manque de médicaments, les équipes médicales sont en train de gérer l’ingérable avec les faibles moyens du bord.

Cette situation n’est pas spécifique à la Tunisie. Si nous prenons le cas de la France, le déficit de ses hôpitaux se chiffre à 1,3 milliard d’euros. Etant un service public censé permettre à tous les citoyens d’accéder aux soins, le système hospitalier est structurellement déficitaire. D’où vient cette défaillance? Nous ne pouvons pas tout imputer à la mauvaise gestion. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a plusieurs bons gestionnaires qui font de leur mieux pour allouer, au mieux, le peu de ressources disponibles.

Selon les praticiens, il faut impérativement repenser l’affectation des ressources de la CNAM. Contrairement aux établissements privés qui ont une grille tarifaire vis-à-vis de la Caisse Nationale, cette dernière applique un régime forfaitaire vis-à-vis des hôpitaux. Le forfait alloué à ces derniers est loin de couvrir les prestations fournies aux millions d’affiliés à la filière publique.

Cette situation n’est plus acceptable, et il faut passer à une facturation réelle, tout en révisant les tarifs hospitaliers selon les coûts réels des soins. De bons systèmes d’information pour contrôler les flux des médicaments et gérer les créances des hôpitaux vont non seulement contribuer à l’amélioration de leurs ressources, mais aussi de la qualité des soins et de la stabilité des ressources humaines, notamment les docteurs. Assurer le bon fonctionnement des différents services permettrait aux médecins de s’inscrire dans une courbe d’apprentissage qui pourrait les intéresser.

Un nouveau système hospitalier 

Mais toutes ces solutions ne peuvent être que de courte durée. Une réforme plus profonde de l’ensemble du système est indispensable. L’une des solutions que les français comptent développer est le développement de la médecine ambulatoire hospitalière. Autrement dit, le patient passe au maximum 12 heures au sein de l’établissement. Bien évidemment, cela nécessite beaucoup d’investissement en technologie, notamment pour les spécialités chirurgicales. Cela permettrait de réduire le nombre de lit tout en augmentant la capacité à accepter les patients et d’alléger les coûts. Mais cela exige le changement profond des parcours des patients et des protocoles de soin.

Une révolution organisationnelle doit donc avoir lieu dans nos hôpitaux pour s’adapter à un tel régime. Nous pouvons également mettre en place un système ambulatoire proprement dit, via le déplacement des équipes médicales vers les régions intérieures dans le cadre de court séjour.

Ce qui est sûr, c’est que le système actuel doit évoluer pour que le développement de l’enveloppe budgétaire allouée aux hôpitaux progresse au plus au même rythme que celle de l’activité.

Chaque jour sans rectifier le tir implique des réformes plus coûteuses, sans oublier le coût social d’une population mécontente et d’une meilleure prise en charge des patients.

Encore une fois, nous nous trouvons obligé de le signaler : nous n’avons pas de responsables qui osent prendre des initiatives courageuses.

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