L’Arabie saoudite à la croisée des chemins

Arabie saoudite

Après sept ou huit décennies de stabilité et d’harmonie au sein de la famille du fondateur du Royaume, Abdelaziz Bin Saoud, l’Arabie saoudite est entrée, sur le plan de la politique intérieure, dans une zone de turbulence où, une branche de la large famille royale, celle du roi Salman, semble avoir réussi à s’emparer de tous les leviers du pouvoir en écartant les représentants des autres branches, celle des Nayef, des Abdallah et des Talal, pour ne citer que les plus influentes.

Pas moins de onze princes, quatre ministres en exercice et plusieurs anciens ministres et anciens hauts responsables ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche. Les arrestations, ordonnées par le prince héritier Mohammed Ibn Salman, sans inculpation formelle ni procédure légale, ont pris l’aspect d’une campagne de « lutte contre la corruption. »

Les arrestations les plus spectaculaires concernent le principal rival du prince héritier, le prince Mitaeb, fils du défunt roi Abdallah, et le prince Walid Bin Talal, l’un des hommes les plus riches de la planète et le ministre de l’Economie, Adel Faqih. L’ancien prince héritier, Mohammed Bin Nayef, que le roi Salman a dépouillé de son titre pour nommer à sa place son propre fils, serait en résidence surveillée bien avant cette vague d’arrestations.

Ces arrestations ont été effectuées dans la foulée de la création, par décret royal, d’un comité anti-corruption, dont la direction a été confiée au prince héritier Mohammed Bin Salman. Ce comité est doté de pouvoirs étendus. Il peut lancer des mandats d’arrêt,  tracer les fonds,  geler des comptes bancaires,  bloquer le transfert d’argent en dehors du pays, interdire le voyage à l’étranger etc.

Il faut souligner ici qu’avec ces arrestations, le prince héritier Mohammed, fils préféré et principal conseiller du roi Salman, semble maintenant avoir établi son contrôle sur les trois services de sécurité saoudiens – l’armée, les services de sécurité intérieure et la garde nationale. Ce qu’il faut souligner aussi, c’est que pendant des décennies, ces divers services de sécurité ont été répartis entre les diverses branches de la famille royale, une manière de préserver la paix, la stabilité et l’équilibre du pouvoir en Arabie saoudite.

Transformation de l’Arabie saoudite

Agé de 32 ans, Mohammed Bin Salman s’est lancé dans un ambitieux programme de transformation de l’Arabie saoudite. Transformation économique en misant sur l’après-pétrole. Transformation sociale en autorisant les femmes à conduire leurs voitures et l’ouverture des cinémas. Mais surtout transformation religieuse en annonçant sa volonté de «moderniser l’islam».

En effet, au cours d’une récente conférence économique tenue à Ryadh, le prince héritier a affirmé : « Nous n’allons pas passer encore trente ans de notre vie à nous accommoder des idées extrémistes. Nous allons détruire l’extrémisme très bientôt en renouant avec un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et sur toutes les autres religions. »

Tout porte à croire que la marginalisation de la caste des religieux conservateurs et intolérants est en marche. Tout porte à croire aussi que Mohammed Bin Salman est en train de concentrer entre ses mains tous les pouvoirs en prévision de la prochaine abdication de son père en sa faveur.

Depuis la mort du créateur du royaume jusqu’à ce jour, ce sont toujours les fils du roi Abdelaziz qui se sont relayés au trône. Les princes héritiers ont toujours été choisis parmi la nombreuse fratrie enfantée par le roi Abdelaziz Ben Saoud. La nomination de Mohammed Bin Salman au poste envié de prince héritier met un terme à cette règle et ouvre la voie du trône à la troisième génération. Et là, à côté de Mohammed Bin Salman, nombreux sont les princes de la troisième génération qui ambitionnent de devenir rois. Les plus en vue étant Mohammed Bin Nayef et Metaeb Bin Abdallah, tous deux neutralisés.

Le problème avec le bouillonnant et ambitieux jeune prince héritier et très probablement futur roi d’Arabie saoudite est qu’il a ouvert de nombreux fronts et de multiples chantiers en même temps. Il a conduit son pays vers le désastreux conflit avec le Yémen,  il a engagé un bras de fer interminable avec le voisin qatari, il se penche sur la profonde refonte de l’économie saoudienne avec l’ambition de la libérer du « tout pétrole », il veut réformer la société saoudienne dans le sens de l’ouverture, et enfin, il veut dépouiller le clergé religieux conservateur et fanatique de son pesant pouvoir sur le peuple saoudien. Cela fait un peu trop pour un jeune prince sans grande expérience politique.

Bras de fer 

Ce qui est le plus important et intéresse en premier lieu le monde entier dans ces événements qui se déroulent en Arabie saoudite, c’est le bras de fer que le jeune prince est en train d’engager avec la caste religieuse. Cette caste, aussi puissante que fanatique, a réussi à maintenir durant de longues décennies la société saoudienne sous une chape de plomb. Elle a réussi aussi à empoisonner le monde en inoculant dans de vastes régions de la planète le virus destructeur du jihadisme wahhabite. La question fondamentale qui se pose est la suivante : Mohammed Bin Salman réussira-t-il à terrasser l’hydre fanatique saoudienne ? Curieusement une bonne nouvelle est passée inaperçue. La police religieuse a été dessaisie de ses pouvoirs et ses chefs sont eux-mêmes maintenant l’objet d’une étroite surveillance.

Ce n’est pas seulement l’Arabie saoudite, mais le monde dans son ensemble, qui n’a aucun intérêt à « passer encore trente ans de sa vie à s’accommoder avec les idées extrémistes ». Si Mohammed Bin Salman arrive, comme il l’a promis, à détruire l’extrémisme chez lui, il rendra un éminent service à son pays et au monde.

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