Massacre à Las Vegas : l’Amérique en guerre contre elle-même

Encore un massacre, le plus grave en nombre de victimes, a eu lieu aux Etats-Unis. Il est dû au laxisme de la loi sur les armes. Ce laxisme est voulu, âprement défendu et imposé à l’Etat fédéral et aux Etats fédérés par le plus puissant groupe de pression, le lobby des armes à feu, le fameux RNA (Rifle National Association).

Le dernier massacre a visé des jeunes Américains qui faisaient la fête. Des jeunes qui chantaient et dansaient dans un concert de musique en plein air quand la mort s’abattit sur eux, venue du 32e étage d’un hôtel de Las Vegas  où le massacreur, Stephen Paddock, a pris une chambre donnant sur la place où se tenait le concert.

Pour pouvoir tuer 58 personnes et en blesser 500 en quelques minutes à partir d’une fenêtre du 32e étage, il faut être équipé d’un véritable arsenal de guerre, et c’est ce que le FBI a découvert dans la chambre au milieu de la laquelle gisait le tueur qui s’est suicidé avant l’arrivée de la police. Des armes de calibre différent, des fusils d’assaut, des fusils mitrailleurs automatiques, des milliers de munitions. Selon la presse américaine,  Stephen Paddock a vraisemblablement utilisé plus d’une dizaine de valises pour transporter son arsenal sur place…

Après les massacres dans un collège privé en Virginie, dans une université dans l’Illinois, dans un cinéma au Colorado, dans une école primaire au Connecticut, dans une église pour les Noirs en Caroline du sud et dans une boîte de nuit gay à Orlando en Floride, pour ne citer que les plus récents, voici venu le tour de Las Vegas qui se distingue par le nombre effrayant  et sans précédent de morts et de blessés …

Avec 34.000 morts par armes à feu annuellement, on peut dire que l’Amérique est en état de guerre permanent avec elle-même. Dans tout pays normal et qui se respecte, même si les armes à feu font seulement des centaines et non des dizaines de milliers de victimes par an, les lois régissant la fabrication, la vente et la circulation des armes à feu auraient été révisées dans le sens de la rigueur, et le lobby qui défend « la liberté des citoyens de s’armer » aurait été interdit.

Dans tout pays normal et qui se respecte, les défenseurs de la libre circulation des armes à feu auraient fait profil bas et se seraient cachés honteusement après un massacre de l’ampleur de celui de Las Vegas. Pas en Amérique. Pas le RNA. Après le massacre, les responsables de ce lobby ont encore le culot et l’arrogance de se montrer devant les médias : « Le temps est pour les prières et le deuil et non pour la politisation d’une grande tragédie », disent les défenseurs du fléau des armes à feu. Le deuil ne les a pas empêchés de remâcher leur rengaine : « Ce sont les fous et les malades qui tuent et non les armes », évacuant allègrement l’évidence  que sans les armes, « les fous et les malades » ne peuvent pas tuer un chat.

Il est frappant qu’en dépit du carnage terrifiant perpétré à Las Vegas, le mot « terroriste » n’ait pas été prononcé ni par les politiciens ni par les journalistes américains. Certes le FBI a affirmé que le tueur n’a aucun lien avec Daech ni avec aucune autre organisation terroriste islamiste. Donc Stephen Paddock n’est pas terroriste, mais « malade ». Le message est on ne peut plus clair : quand un islamiste blesse ou tue une ou plusieurs personnes, c’est un terroriste ; quand un WASP (White Anglo-Saxon Protestant) tue 58 jeunes et blesse 500, c’est un malade.

Le massacre de Las Vegas jette une lumière crue sur la problématique du terrorisme et de sa définition. Il dévoile d’une manière spectaculaire la véritable approche qu’adopte l’Occident en général et l’Amérique en particulier vis-à-vis du phénomène terroriste. En d’autres termes, pour les Occidentaux, le terrorisme est défini en fonction non pas de la nature du crime, mais de l’identité de celui qui le commet. L’Américain blanc et le Norvégien qui  tuent des dizaines d’innocents ne sont pas des terroristes, mais des criminels ou des malades. Un islamiste qui tue des innocents est un terroriste.

Cela dit, que Stephen Paddock soit traité de terroriste, de criminel ou de malade, ça ne change rien à la nature ou à l’ampleur du carnage ou à l’intensité de la douleur que ressentent les parents et les proches des victimes. D’autres carnages auront certainement lieu en Amérique pour une raison très simple : il y a plus d’armes à feu que d’adultes en circulation et les 265 millions de revolvers, de pistolets et de fusils de diverses marques et calibres font 93 victimes par jour aux Etats-Unis. Cette guerre de l’Amérique contre elle-même ne s’arrêtera pas tant que le lobby des armes à feu a la force et les moyens d’imposer sa volonté aux décideurs à Washington.

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