Baccalauréat et après ?

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Ils sont quelque 130.000 – plus de 1% de la population ! – à se porter à l’assaut du Baccalauréat, à concourir en vérité pour l’accès aux universités et aux grandes écoles. Signe particulier : on compte beaucoup plus de filles que de garçons. Ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Il est même devenu la marque de fabrique d’un pays bâti sur le socle de l’école républicaine. Avis donc aux amateurs et apprentis sorciers pris dans l’étau d’idéologies funestes et d’idées ténébreuses.

Pour les candidats, et plus encore pour leurs familles, l’épreuve du Baccalauréat est la mère des batailles qu’il faut livrer avec succès. En cette période de l’année, le pays retient son souffle, en attendant la proclamation des résultats. L’espoir et la joie le partagent à l’angoisse et au risque de déception et de désillusion. L’étape est si capitale pour la nation, qu’elle fait figure, chaque fois, d’acte fondateur. L’évolution de l’économie, nos avancées sociales, l’avenir du pays pour ainsi dire, se lisent, en traits pleins, dans les statistiques des écoles, des centres de formation et des universités. Les heureux élus prendront un nouveau départ vers de meilleurs horizons, les moins chanceux sont recalés et souvent décrochent. Pour aller grossir le contingent des sans-emploi, des désoeuvrés, victimes qu’ils sont d’un arrêt brutal qui les prive de perspectives et d’espoir.

Le Baccalauréat – qui donne accès à des études supérieures – est un nouveau point de départ dans la vie, assumé, assuré et sans doute aussi abouti. Il devrait, en toute logique, avec la compilation des années – bac+3, +4 et davantage encore – constituer un rempart contre le chômage, qui sévit aujourd’hui chez les jeunes diplômés. Preuve qu’il n’en fut pas toujours ainsi. Et c’est là que le bât blesse. A qui la faute ? Sans doute au système lui-même, perverti depuis plusieurs années par un artifice de calcul aux relents populistes, à l’effet de majorer et de gonfler les notes. Fort heureusement, cette pratique, aux antipodes de toute rationalité académique, qui a gravement disqualifié les diplômes, n’est plus cette année de mise. Voilà qui donne plus de crédit et plus de sens au millésime 2017, qui n’en est que plus méritoire.

Reste que tous les verrous qui s’opposent à la qualité, à l’excellence et donc ultérieurement à l’embauche, n’ont pas sauté pour autant. Il aurait fallu pour cela une tout autre configuration de notre paysage éducatif, dominé par les lettres plus que par les chiffres. Les filières scientifiques, techniques et technologiques qui dessinent le monde de demain ont certes droit de cité, mais elles apparaissent si peu. La sociologie de notre enseignement ne privilégie pas, tant s’en faut, les avancées scientifiques et technologiques, véritables remparts contre le chômage et donc facteurs d’inclusion sociale. Notre système d’enseignement donne de lui une image décalée. Sa structure, son déploiement à travers filières scientifiques et littéraires ne sont pas aux normes d’un monde qui change, saisi par la fièvre de la transition numérique et par la digitalisation de la société. Les pays industrialisés avancés, tout comme les pays en émergence rapide, présentent une tout autre architecture, à l’opposé de la nôtre, dominée par des filières et un mode d’enseignement qui ont connu leur heure de gloire aux siècles passés.

Il faut se donner les outils et les instruments qui guident et régulent le monde d’aujourd’hui, et plus encore celui de demain. Le constat s’impose de lui-même : il faut, à l’évidence, moins de littéraires, de juristes, de sociologues d’historiens, d’énarques pour asphyxier l’Administration…Il est, certes, nécessaire de préserver ces enseignements et en faire des pôles d’excellence. Pour autant, le balancier doit forcément basculer du côté des NTIC et de l’enseignement scientifique et technique. C’est notre unique planche de salut. Il y a fort à parier qu’il y a très peu de demandeurs d’emploi d’horizons scientifiques et techniques – sinon pas du tout – parmi les 250.000 chômeurs diplômés, qui ne savent que faire de leur diplôme universitaire. Ils seraient d’ailleurs beaucoup moins nombreux – même s’ils sont peu sollicités par les entreprises – s’ils pouvaient se prévaloir de diplômes prestigieux, dignes de grandes institutions universitaires qui rayonnent de par le monde.

A qui la faute ? Sans doute aussi à cette bureaucratie d’Etat, qui a multiplié les universités aux quatre coins du pays, au gré des circonstances, plus soucieuse des taux de réussite que du niveau des diplômes. Elles ont été créées, la plupart du temps, sans vision d’avenir, sans que le milieu s’y prête, en l’absence d’un véritable écosystème et donc, sans la moindre chance qu’elles puissent prendre place et s’insérer dans le monde en devenir. Au final, on n’a rien fait de mieux qu’un énorme fossé à la mesure du degré d’inadéquation entre l’offre universitaire et la demande des entreprises. Etrange paradoxe, où l’on voit les universités s’employer à grossir l’armée des chômeurs, quand les entreprises souffrent d’une pénurie de cadres … Il faut bien qu’un jour, l’on puisse évaluer l’étendue d’un tel gâchis.

La massification de l’enseignement, la multiplication des pôles universitaires ne disposant pas des infrastructures nécessaires, des moyens matériels et d’enseignants de valeur, plus attirés par les cachets que par le nécessaire encadrement des étudiants, ont eu raison de l’impératif de qualité et d’excellence qu’il faudrait inscrire au fronton des grandes écoles et des institutions universitaires. Le résultat est que les diplômés qui se présentent sur le marché de l’emploi sont en net décalage des besoins du marché sans que, d’ailleurs, ils puissent justifier le rang et le statut qu’ils revendiquent. Ni connaissance, ni qualification… On connaît la suite.

Jusqu’où allons-nous aligner les diagnostics sur lesquels tout le monde s’accorde ? Pas besoin d’être grand clerc pour désigner les maux qui minent notre système éducatif. On sait ce qu’il faut et ce que l’on doit faire pour le revitaliser, en le réinventant aux seuls fins d’actionner de nouveau l’ascenseur social. Par chance, le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique – qui assure également l’intérim de l’Education nationale – a une vision lucide et éclairée de ce vaste département d’avenir. Il a déjà expérimenté, du temps où il dirigeait l’IHEC, cette prestigieuse école de gestion, des solutions des plus innovantes. Il a su remettre cette vieille institution dans le sens de la marche et du mouvement. Et multiplier les canaux de jonction avec les entreprises et les laboratoires d’idées de par le monde. Il sait ce qu’il faut faire, et il faut l’aider à le faire, si l’on veut sortir de leur détresse tous les diplômés promus au chômage, qui ont provoqué, pour rien, une vraie saillie dans le budget de l’Etat – et donc dans celui des contribuables. Ils sont victimes d’un système d’enseignement qui n’a pas su ou pu se réformer, s’adapter et évoluer au rythme du monde en devenir. Si rien n’est entrepris pour remettre les choses à l’endroit, au besoin en cassant les codes, ils pourraient basculer du mauvais côté. Non sans de graves menaces pour le pays.

Si le Baccalauréat est la mère des épreuves, la réforme de l’enseignement – tous cycles confondus – est de toute évidence la mère de toutes nos batailles. On n’en connaît pas d’autre voie, d’autre issue pour nous arrimer au train du progrès et du développement. On ne résistera pas autrement aux assauts et au déferlement de la concurrence internationale. Nos chances d’insertion dans la mondialisation et notre capacité de nous projeter dans le futur en dépendent.

Réformer l’enseignement relève aujourd’hui d’une impérieuse nécessité, d’une ardente obligation. L’émergence économique et financière du pays ne peut se concevoir sans que les écoles, les lycées, l’université soient ouverts aux nouvelles idées, aux sciences, aux technologies, à des enseignants et chercheurs venus d’ici et d’ailleurs. L’ensemble de ces institutions doit être pourvu de mécanismes de veille et d’alerte en état de marche pour éviter de sombrer dans les déboires dont on veut se débarrasser. Il faut en finir avec ce système d’orientation, devenu caduc, vestige du passé, figé, qui ne regarde nulle part, creuse les écarts, fabrique l’exclusion et la marginalisation. Il faut bien évidemment en finir avec ce système qui, sous prétexte de démocratiser l’enseignement, nivelle vers le bas, fait le lit de l’enseignement privé et condamne au chômage celles et ceux dont il est censé assurer la promotion sociale.

Le monde change et nous n’avons pas suffisamment pris la mesure des bouleversements en cours. L’économie nationale, aujourd’hui en souffrance, a besoin, à tous les niveaux, de qualifications et d’élites qui ne soient pas le seul apanage de l’argent et de surcroît formées à l’étranger… Il est possible, il est nécessaire d’y parvenir ici même, aux frais de l’Etat et du service public. A condition de sortir de la culture de l’égalitarisme dont on sait qu’elle exacerbe au final les inégalités. Et de s’imposer celle de l’excellence. Les quelques îlots d’excellence dont nous disposons en font foi, mais ils sont loin de suffire. D’où ce besoin, cette nécessité de repenser, réinventer, réformer tout et tout de suite.

On ne connaît pas de meilleures politiques pour oser regarder l’avenir en face, pour ne pas se dérober aux responsabilités qui sont les nôtres. Il serait alors possible de nous engager dans les sentiers d’un développement durable, fondé sur les avancées scientifiques, techniques et technologiques. Et donner une perspective aux jeunes qui arpentent les amphis, au risque de se retrouver autrement sans emploi et sans repères. Nous n’avons plus droit à l’échec. Sinon, nous n’aurons pas fini de compter les nouvelles vagues de chômeurs. Avant que tout n’explose

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