Election présidentielle en France : un séisme de forte magnitude

Depuis l’instauration de la Ve République française en 1958, jamais élection présidentielle n’a produit un tel effet et n’a abouti à un tel bouleversement dans les structures politiques qui régissent le pays. Il n’est nullement exagéré de parler de séisme politique en France. Un séisme de forte magnitude.

Les deux courants classiques (la droite et la gauche ‘modérées’) qui ont dominé la vie politique française pendant de longues décennies se sont effondrés en même temps le dimanche 23 avril, date du premier tour de l’élection présidentielle. Ils ont été supplantés par l’extrême droite qui, pour la première fois, dépasse les 20% de suffrages au premier tour, et par le nouveau venu ‘’En Marche’’, un mouvement politique âgé d’à peine un an, créé le 6 avril 2016 par un novice qu’au départ personne ne prenait au sérieux.

Les grosses pointures de la politique française se sont donc trouvées marginalisées au profit de deux jeunes outsiders, Emmanuel Macron (né le 21 décembre 1977) et Marine Le Pen (née le 4 août 1968). Visiblement consternés par les résultats ravageurs de cette élection, les deux représentants de la droite et de la gauche, François Fillon (20%) et Benoît Hamon (6,3%) ont appelé à voter pour Emanuel Macron dans l’espoir de barrer la route à Marine Le Pen qualifiée d’ « ennemie de la République ».

On ne peut pas dire que le second tour sera une compétition serrée. Ce sera un scrutin sans surprise tant la mobilisation contre le Front National est puissante. Déjà un sondage Harris Interactive pour la chaîne M6 donne Emmanuel Macron largement vainqueur (64% des voix) contre sa rivale Marine Le Pen (34 %).

Les programmes politiques, économiques et sociaux des deux candidats au second tour sont aux antipodes sur la plupart des sujets avec une opposition particulière sur l’Europe et les relations avec la Russie.  Concernant l’Europe, Marine Le Pen préconise la sortie de la France de l’Union européenne et de l’espace Shengen. Elle promet l’organisation d’un référendum sur le ‘’Frexit’’. Pour Emmanuel Macron, il est hors de question de toucher à l’appartenance de la France à l’UE. Bien au contraire, son programme à ce niveau vise à renforcer l’Union européenne en proposant un budget, un ministre des finances et un parlement uniques pour la zone euro.

L’opposition des deux candidats au sujet des relations avec la Russie est tout aussi marquée. Pour Le Pen, qui a rendu visite récemment à Vladimir Poutine, la Russie est un pays ami avec lequel il convient de tisser des liens d’amitié et de coopération. Macron est plutôt proche de la position américaine qui considère la Russie comme un pays ennemi dont il faut se méfier en l’isolant à travers la multiplication des sanctions.

Le deuxième tour prévu le 7 mai prochain ne produira pas de surprises. Il prendra l’aspect d’une formalité qui verra la majorité des forces politiques françaises se mobiliser pour barrer la route de l’Elysée à la représentante du Front National. Celui-ci traine toujours sa réputation de parti raciste et xénophobe comme un boulet qui entrave lourdement sa course vers le pouvoir.

Le plus malheureux de ce premier tour ravageur est incontestablement François Fillon. Les obstacles mis sur sa route sont « trop nombreux, trop cruels » comme il les a amèrement qualifiés lui-même. « Le moment venu, la vérité sur cette élection sera écrite », a affirmé François Fillon quelques minutes après l’annonce des résultats. En attendant ce moment, l’ancien président Nicolas Sarkozy et le président sortant François Hollande auront largement le temps de méditer sur le rôle destructeur qu’ils ont joué dans l’effondrement des structures partisanes de la droite et de la gauche ‘’modérées’’ autour desquelles la vie politique française a tourné pendant plus d’un demi-siècle.

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