Analyse du premier tour de l’élection présidentielle française

Macron Le PEN - L'Economiste Maghrébin

Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle en France ont fait des heureux. La Bourse de Paris a bondi à l’ouverture, ce lundi : +4,1 %. La Bourse de Francfort a également ouvert en forte hausse, l’indice vedette Dax gagnant plus de 2%. 

Ces chiffres anticipent une victoire du candidat Emmanuel Macron. C’est donc un enthousiasme mêlé de soulagement qui s’exprime dans le secteur financier et économique dont est issu le favori à la Présidence de la République, un ancien banquier d’affaires, puis associé-gérant à la Banque Rothschild. Pourtant, l’avenir politique du pays reste à écrire tant la nouvelle donne qui se dessine est source d’instabilité.

Le scrutin est historique, tant il contrevient à un ensemble de fondamentaux constitutif de l’équilibre du régime : le candidat arrivé en tête est un jeune novice en politique non issu des partis classiques, l’extrême-droite s’est qualifiée avec un score record et les deux principaux partis du gouvernement sont défaits.

Autrement dit, Emmanuel Macron est en marche pour l’Elysée ; Marine Le Pen fait mieux que son père ; Benoît Hamon « a échoué à déjouer le désastre » du quinquennat ; la liquéfaction du parti socialiste a profité essentiellement à un Jean-Luc Mélenchon « insoumis », y compris lorsqu’il s’agit de faire « front républicain » contre le « front national » ; enfin, François Fillon est allé au bout de son entreprise de suicide politique et a « réussi » à entraîner son parti dans sa propre déchéance. Fait sans précédent sous la Ve République, la droite parlementaire ne sera pas représentée au second tour de l’élection gaullienne par excellence. La droite connaît son « 21 avril 2002 », tandis que la gauche revit cette expérience amère …

Reste E. Macron et M. Le Pen. L’opposition entre les deux finalistes semble plus nette et radicale que jamais, tant ils symbolisent deux sociologies de la France, deux visions du monde : les centres urbains versus la périphérie urbaine et rurale, les élites versus le peuple, le libéralisme versus le protectionnisme, la globalisation versus la nation, le cosmopolitisme versus le nationalisme, … Le simplisme binaire et manichéen est tentant. Pourtant, l’antagonisme n’est pas systématique, notamment du fait de la capacité d’E. Macron à faire montre d’une grande ambivalence sur un certain nombre de sujets, y compris en lien avec l’identité et l’histoire nationales.

Le destin des deux finalistes n’est pas si opposé. Ils partagent au moins ce paradoxe : d’un côté, ils se présentent comme des candidats « anti » ou « hors » système, alors qu’ils sont à la fois le produit de la reproduction sociale des élites et ont déjà une expérience politique (certes inégale) de la vie institutionnelle et politique. Du reste, l’un et l’autre sont attachés à la Ve République, au nom de la stabilité de ses institutions comme des moyens d’action que sa Constitution reconnaît à un exécutif fort.

Reste que le second tour entre E. Macron et M. Le Pen confirme au moins deux tendances structurelles et crépusculaires à la fois pour le régime : non seulement le paysage politique et le système partisan sont appelés à une profonde recomposition, mais le prochain président de la République bénéficiera d’une faible assise électorale et d’une légitimité politique particulièrement fragile.

Au lieu d’ouvrir un nouveau champ des possibles et d’impulser une nouvelle dynamique politique, l’élection présidentielle risque de renforcer une crise de la « représentativité des représentants » et de creuser ainsi un sentiment de vide politique… En outre, dans le cas probable de l’élection du candidat (d’)« En marche », la reconfiguration intra et interpartisane ne serait pas forcément synonyme de clarification, mais au contraire d’instabilité politique en cas d’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Une majorité présidentielle étriquée (avec un score en deçà de 25% au 1er tour) conjuguée à une majorité parlementaire introuvable ou du moins à géométrie variable (en fonction des textes de loi) plongerait le régime dans une forme d’impotence. Celle-là même qui nourrit la défiance des citoyens à l’égard de politiques jugés impotents…

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