Valls : figure de la gauche identitaire

Manuel Valls a annoncé sa candidature à la Présidence de la République Française. L’ancien Premier ministre tente de réunir les socialistes autour de son nom pour gagner la « primaire de la gauche », étape préalable à l’élection présidentielle proprement dite.

Or sa capacité à fédérer son propre camp politique est loin d’être acquise, tant le personnage est clivant. Manuel Valls incarne ainsi cette gauche qui entretient un rapport ambivalent au(x) religieux/religions comme à la laïcité. En attestent ses positions sur la visibilité de la présence musulmane dans la société française.

Si la loi de 1905 n’évoque pas le port de vêtements religieux ou de signes ostentatoires d’une religion dans l’espace public (le législateur avait rejeté les amendements en ce sens), les uns s’en tiennent à la lettre et à l’esprit libéral de la loi, quand d’autres contestent cette visibilité.

Alors que la loi de séparation entre l’Etat et l’ Eglise assurait la neutralité de la seule puissance publique, ce courant idéologique cherche à étendre la neutralité à la société dans son ensemble, au nom de la laïcité comme valeur morale. Cette gauche « laïco-identitaire » se perd dans la surenchère rhétorique et idéologique.

Deux moments historiques ont nourri l’affirmation de cette gauche identitaire : les affaires du « voile à l’école » à la fin des années 1980 ont suscité une crispation autour du principe de laïcité ; les attaques terroristes qui ont frappé le pays en 2015 ont suscité la montée d’un discours amalgamant islam et djihadisme, lutte contre le terrorisme et lutte pour la laïcité, protection de l’identité et protection de la nation.

Du reste, l’idée d’inscrire, dans la Constitution, la possibilité de la déchéance de la nationalité pour les binationaux convaincus d’actes de terrorisme l’atteste. La déchéance de nationalité des binationaux contient en elle une rupture symbolique avec l’un des principes fondamentaux de la République, à savoir l’égalité de tous devant la loi, sans distinction d’origine, de race et de religion. L’orthodoxie républicaine est ici de mise dans le but officiel de renforcer la cohésion nationale, quitte à prendre le risque d’exclure (Pascal Moliner).

Avec la consécration juridique de la différenciation statutaire parmi les Français, le sens même de l’appartenance à la Nation se trouve ébranlé. Au vu de cette idée née à l’extrême-droite mais consacrée par la gauche au pouvoir, le traditionnel clivage décrit par Gérard Noiriel entre « nationalisme » de droite, qui condamne le danger que représentent les « étrangers », et « patriotisme » de gauche, qui fait primer le social sur le national, ne tient plus.

Il est dépassé par une idéologie identitariste qui tend à la reconfiguration des frontières idéologiques et partisanes en ce moment particulier de la Vᵉ République. Les frontières entre républicanisme et nationalisme sont plus brouillées et plus opaques que jamais, au point d’assimiler l’identité nationale et l’identité de la République.

Comme si les places symboliques de la République et de la Nation (au cœur de la capitale française) se confondaient en un même espace. Or il faut respecter la géographie – et donc les frontières – des mots et des concepts. Le non-respect de cet axiome ajoute à la confusion autour du sens de la laïcité, principe régulateur essentiel à la vie commune, mais objet d’une politisation à outrance.

Depuis les années 1990, une partie de la gauche s’applique dûment à cet exercice imposé de la vie politico- médiatique, émaillée par diverses polémiques politico-médiatiques. En soutenant l’idée d’« islamofascisme », ces néo-conservateurs « nouvelle manière » sacrifient une culture de la laïcité à une supposée identité française.

Cette « maladie obsessionnelle » amène certains aujourd’hui à s’interroger sérieusement sur l’interdiction du port des jupes trop longues à l’école. Une conception agressive de la laïcité s’est propagée dans les consciences individuelles comme dans la conscience collective pour aboutir à cette histoire aux ressorts kafkaïens.

Pour le New York Times daté du 1er mai 2015, le masque est définitivement tombé : « Il ne s’agit plus de protéger les croyances de chacun, mais d’imposer un style de vie défini comme laïc – et le plus souvent ce sont les nombreux musulmans du pays qui sont visés » ; « aucune religion ne menace sérieusement la laïcité en France aujourd’hui, et invoquer un principe aussi noble contre une jeune fille portant simplement une jupe ne fait que le dévoyer ». Tout est dit …

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