Tunisie : attentat du Bardo, un an après

La Tunisie commémore aujourd’hui le premier anniversaire de l’attentat terroriste contre le musée du Bardo. Au-delà de l’événement, quel bilan peut-on faire depuis les trois derniers attentats terroristes qu’a connus le pays, particulièrement en 2015 ? Quelles sont les leçons à en tirer?  Les mesures annoncées par le gouvernement ont-elles été adoptées ou pas? Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Rappeler est un devoir

La journée du 18 mars 2015 n’avait rien d’ordinaire. Un attentat terroriste a ciblé le musée du Bardo. L’un des temples de la culture et de l’histoire de la Tunisie. 24 personnes dont  21 touristes y ont trouvé la mort et 45 blessés. Les autorités ont identifié les deux terroristes qui ont perpétré l’attaque : il s’agit de Yassine Labidi et de Jabeur Khachnaoui.

Le traumatisme était grand car, d’après les analystes, l’attaque véhiculait deux messages : un message contre la culture et un message contre la politique. Rappelons que le musée du Bardo est sis à proximité de l’Assemblée des représentants du peuple. Ainsi il s’agit d’une double attaque contre la transition démocratique et contre la richesse culturelle du pays dont l’histoire dépasse les 3000 mille ans.

Gravé dans la mémoire des Tunisiens, ce tragique événement n’est pas près de tomber dans l’oubli. D’ailleurs, le Président Béji Caïd Essebsi l’a déjà déclaré.

Il y a tout juste un an, le 18 mars 2015, en plein milieu de la journée, une tragédie a frappé le plus important et le plus ancien des musées tunisiens, faisant 18 morts, dont treize touristes de différentes nationalités, 38 blessés dont un grand nombre grièvement atteints.

“Le monde est Bardo”, c’est en cette journée du 29 mars 2015 qu’une marche historique a eu lieu ayant pour slogan : “Luttons ensemble contre le terrorisme”. Un message que des milliers de Tunisiens, venus de toutes les régions, de Ben Guerdane, en passant par Bizerte, du sud au nord, ainsi que des étrangers de différentes nationalités, Français, Italiens, Espagnols, ont fait le déplacement pour participer à cette marche.

Quelques jours après cette terrible tragédie, le Chef du gouvernement Habib Essid a fait savoir que la priorité absolue est d’ordre sécuritaire.

Malheureusement, l’attaque du Bardo ne sera pas la dernière et la leçon ne semble pas encore apprise. Ainsi, alors que la blessure du Bardo saigne encore, le pays s’est réveillé sur une nouvelle attaque ciblant un haut lieu du tourisme balnéaire.

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Le 25 juin, le tourisme tunisien s’est trouvé de nouveau dans l’oeil du cyclone : trois mois après l’attentat du Bardo, Sousse est l’objet d’une autre attaque plus meurtrière encore, avec 38 morts et 39 blessés. Plusieurs touristes de différentes nationalités ont péri : un Russe, trois Irlandais, deux Allemands, un Belge, un Portugais, entre autres.

Où en est-on un an après ?

Cette question se pose à l’approche du 18 mars 2016. Depuis cette date fatidique, qu’a-t-on fait au niveau du tourisme, de l’image du Bardo et de la lutte contre le terrorisme ? La spirale des attentats terroristes n’est pas près de s’étioler.

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En effet, un attentat kamikaze contre la garde présidentielle a eu lieu le 26 novembre 2015 en plein cœur de la capitale. Une autre attaque a eu pour théâtre la ville du sud, Ben Guerdane.

Il semble qu’un an après, les mesures exceptionnelles annoncées par le ministre de la Défense – telle la construction d’un mur frontalier sur 200 km à proximité de la frontière tuniso-libyenne – censées éradiquer à tout jamais le terrorisme du pays, n’aient pas encore porté leurs fruits.

Où en sommes-nous donc dans la guerre contre le terrorisme ?

Le musée va accueillir dans quelques jours le festival Layeli Bardo du 18 au 24 mars comme pour dire que la culture de la vie triomphera sur la culture de la mort.

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Toujours est-il que le tourisme, frappé de plein fouet,  peine à se relever. Il est clair que le secteur touristique est la principale victime de ces attentats.  La baisse des recettes touristiques – d’après les statistiques du ministère – au cours des deux dernières années ( 2015-2016) l’atteste. Pour rappel, le tourisme est l’un des vecteurs de la croissance économique du pays, puisqu’il représente 7% de son PIB.

Côté chiffres, 1 901 865 touristes ont visité la Tunisie, du 1er janvier au 20 juin 2015, soit une baisse de 21,9% par rapport à la même période de 2014 et de 28,3% en comparaison de 2010, année de référence, selon les statistiques du ministère du Tourisme.

En termes de lutte contre le terrorisme, l’adoption d’une loi  antiterroriste devint primordiale. Cette loi a été finalement adoptée le 25 juillet 2015, soit presque un mois après l’attaque de Sousse.

La réaction du gouvernement

Quelles sont les mesures qui ont été adoptées? A cet effet, Habib Essid a annoncé des mesures urgentes, parmi lesquelles figurent :

La fermeture des 80 mosquées qui échappent au contrôle de l’Etat ;  le renforcement du dispositif de sécurité le long de la région côtière, notamment l’autorisation du port d’arme pour les agents de la police touristique; la révision de la loi relative aux associations avec le contrôle par l’Etat de l’aspect financier de leurs activités ; le renforcement de la sécurisation des zones touristiques avec des patrouilles armées ;   plusieurs montagnes ont été déclarées zones militaires fermées ; l’intensification des descentes sécuritaires et des perquisitions pour démanteler les cellules terroristes sur tout le territoire tunisien ; un congrès national sur “ la lutte contre le terrorisme”.

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Deux jours après l’attentat terroriste au cœur de l’avenue Mohamed V contre la garde présidentielle, à l’issue de la réunion du Conseil national de sécurité, des mesures urgentes ont été prises et annoncées par Habib Essid lors d’un point de presse. En tout 12 mesures :

  • Etat d’urgence décrété pendant un mois (30 jours);
  • Instauration du couvre-feu pour une période indéterminée à partir du 24 novembre;
  • Contrôle de toutes les pages des réseaux sociaux qui font l’apologie du terrorisme et leur fermeture;
  • Activation du Fonds national pour la lutte contre le terrorisme;
  • Mise en place d’une nouvelle stratégie de lutte contre le terrorisme qui comprend les forces de l’ordre et l’armée;
  • Application de la loi antiterroriste à la lettre;
  • Contrôle administratif pour les personnes suspectes;
  • Actualisation de la situation réglementaire des étrangers résidant en Tunisie;
  • Création de 3000 postes au ministère de l’Intérieur et de 3000 autres au sein de l’Armée nationale;
  • Appel aux autorités judiciaires pour accélérer les dossiers liés au terrorisme (en tout 1200 dossiers enregistrés);
  • Mesures urgentes pour les personnes qui sont de retour des zones de conflits;
  • Fermeture des frontières avec la Libye pendant 15  jours, à partir du 24 novembre;
  • Programme d’intégration des jeunes à l’employabilité, en particulier ceux qui se trouvent dans les régions frontalières (25 régions).

Toujours est-il que la situation économique du pays est  tout  aussi catastrophique. Ceci d’après une étude du Centre économique et social qui a montré que le pouvoir d’achat des Tunisiens, notamment celui de la classe moyenne, a chuté de 40%, durant les quatre dernières années. Pis encore, la croissance dégringole de 1 à zéro.

Cela dit, l’année 2016 a été marquée par une attaque inédite. Les terroristes voulaient s’emparer de Ben Guerdane, situé à 60 kilomètres des frontières de la Libye. Mais leur plan a été très vite déjoué grâce aux forces sécuritaires et à l’armée qui ont réussi à abattre 50 terroristes, mais aussi grâce au patriotisme des habitants de la région qui se sont mobilisés en masse.

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