Le tissage du Sefsari un métier, une passion

Le Sefsari, qu’il soit en soie, en coton, ou en lin, est le voile typiquement tunisien, l’un des habits traditionnels qui tient le haut du podium dans notre patrimoine culturel, comme la Chechia pour les hommes.

Qui n’a pas de souvenirs d’enfance de l’époque où nos mères, nos grand- mères le portaient et certaines le portent encore aujourd’hui ? Mais encore, qui n’a pas rencontré dans le dédale des ruelles de la Médina, dans les Souks des femmes âgées drapées dans un Sefsari, un pan duquel recouvrant le bas du visage. Que s’est-il passé ? Même si dans d’autres régions du nord ou du sud cette tradition de porter le Sefsari persiste, dans la capitale, elle a pratiquement disparu.

A la veille de la Journée de l’habit traditionnel, dans les souks de la Médina, à quelques ruelles plus loin, à côté du grand café “ Al Anba”, on découvre dans un atelier comment se fait le tissage du Sefsari.

Aujourd’hui, le tissage du Sefsari n’est plus développé comme autrefois. Et pour cause, les difficultés du métier et la demande quasi absente, nous confie Lasaâd El Beji, artisan. Il ajoute:  “Avant le port du costume traditionnel était incontournable. Ce n’est que dans les années 60, que la femme tunisienne s’est séparée de son voile, sous l’impulsion du leader Habib Bourguiba. Souvenez-vous de son fameux discours à l’occasion du 13 août. Il a voulu moderniser. Même si dans certaines régions, les femmes ont conservé la tradition, comme au Sahel, à Kairouan, à Zarzis, entre autres”.

Il poursuit : “ Je me souviens aussi que même mes soeurs allaient au Lycée  Montfleury, vêtues du voile traditionnel, c’était ainsi à l’époque. Certains parents conservateurs (« hazarine » dans notre jargon) l’imposaient. En fait, il n’y pas un âge précis, jeunes ou d’un certain âge toutes le portaient”.

Il nous précise : “Dans les années 30, le Sefsari avait une longueur de 5mètres et demi. Aujourd’hui, c’est différent, il ne dépasse pas les 2 mètres 25. Je vous raconte une anecdote : à l’époque un commerçant louait un entrepôt à 23 dinars l’an. En voulant acheter un Sefsari, il s’est rendu compte qu’il devait débourser pratiquement un an de loyer tant il coûtait cher surtout en soie. »

Qu’en est-il de son devenir? : « C’est un métier qui est en train de disparaître malheureusement, pour la simple raison qu’on ne trouve plus de jeunes artisans disposés à apprendre. Ils préfèrent se connecter à Facebook. Vous savez, seules les filles veulent apprendre. A l’heure actuelle, je forme des jeunes filles au tissage du Sefsari. Elles sont très motivées et veulent apprendre toutes les ficelles de ce beau métier. Je leur transmets tous les secrets du métier afin que cette tradition ne meure pas, qu’elle se pérennise d’une génération à une autre. Et puis les filles, elles sont connues pour leur patience, parce que ce travail requiert surtout de la patience et de la rigueur. », conclut-il.

Aujourd’hui, le Sefsari est surtout porté lors des cérémonies de mariage, en particulier à la sortie du hammam, dans le but de cacher la beauté de la future mariée des regards curieux.

Il s’appelle Ali, 55 ans, il nous  raconte son parcours et comment sa vocation s’est imposée à lui petit à petit : “ Cela fait 40 ans que je travaille dans ce métier. Malheureusement tout a changé. Autrefois, la femme venait pour acheter deux ou trois Sefsari, un pour les courses, et l’autre pour les grandes occasions. On le vendait entre 20 et 30 dinars le Sefsari en soie. Bien sûr il y en avait en lin qui ne dépassait pas les 5 dinars. Aujourd’hui, on le vend entre 120 et 200 dinars. Et les gens en achètent très peu”.

“Il y a une carence de main-d’oeuvre, les gens ne veulent plus travailler. Regardez les jeunes d’aujourd’hui, on ne les voit plus frapper à nos portes pour dire qu’ils veulent apprendre, ils préfèrent rester dans les cafés. Et pourtant, c’est un bon métier, je dirais même noble. A l’âge de 14 ans quand j’ai découvert que je n’étais pas doué pour les études, je me suis tourné vers ce métier qui m’a tant donné. J’ai pu fonder une famille grâce à lui.”, dit-il. Il ajoute: “ Vous savez celui qui veut travailler, il le pourra toujours, ce n’est qu’une question de volonté. En somme, pour moi, ce métier, c’est ma passion, j’ai grandi avec ce métier et j’ai vieilli avec”.

Un autre artisan,  Abdelwahed, 55 ans, nous confie : “Il faut conserver ce patrimoine qui est une grande richesse, mais aussi, il faut que les générations futures prennent possession de ce métier, pour qu’il demeure à vie. J’ai trouvé ma voie dans ce métier, et j’aimerais bien que les jeunes suivent”.

Pas très loin de la Médina, Imen, une jeune étudiante, déclare : “ C’est évident que je vois des femmes qui portent encore le Sefsari. Dans mon quartier, j’habite Bab Souika, les habitudes vestimentaires n’ont pas  vraiment changé. Ma grand-mère continue de porter le Sefsari, mes tantes également. Ce voile c’est la mémoire de notre patrimoine culturel, il ne doit pas disparaître ».

Elle conclut: « Tout de même, je remarque qu’on essaie de le moderniser, et de le faire revivre à travers des événements via Fb, ou dans des manifestations où l’on voit des jeunes filles le porter, à l’occasion du 13 août. Je trouve que c’est une bonne initiative de sauvegarder cette belle richesse traditionnelle ».

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Nadia Dejoui
Nadia Dejoui, travaille depuis plus de 3 ans comme journaliste politique à l’Economiste maghrébin. Diplômée de l’ESJ-Paris-Tunis ( 2012), elle a acquis de l'expérience comme journaliste free-lance pour plusieurs sites d'actualité comme Webdo , Tunisie Numérique, Direct info et Mena-Post. Elle est passionnée par l’écriture créative et la gastronomie.

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