Conflits et guerres : la diplomatie tunisienne à l’épreuve

Diplomatie tunisienne

La situation est déjà extrêmement tendue entre les deux puissances régionales du Moyen-Orient, après que l’Arabie Saoudite a annoncé hier la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran. Cette annonce intervient à la suite de la mise à sac par des manifestants iraniens de l’ambassade saoudienne à Téhéran, dans la nuit de samedi à dimanche, en signe de protestation contre l’exécution de Cheikh Nimr al-Nimr, une figure de proue de la mouvance chiite, très critique à l’égard de la politique saoudienne, condamné à mort en 2014 et exécuté samedi. Les tensions montent d’un cran, les prétextes de conflit entre les deux pays se font de plus en plus menaçants.

Face à cette situation de conflit potentiel, quel rôle la Tunisie jouera-t-elle sur le plan diplomatique, après son adhésion à la coalition pour la lutte contre le terrorisme, annoncée par l’Arabie Saoudite?

Pour mieux comprendre la situation diplomatique entre la Tunisie et les deux pays, Abdallah Laabidi, ancien directeur général au ministère des Affaires étrangères et ancien diplomate, déclare que la Tunisie est le seul pays en dehors des Etats du Golfe à avoir condamné aussi rapidement les incidents de Téhéran.

Il ajoute: « La diplomatie tunisienne s’est ralliée à l’Arabie Saoudite. Notre pays s’interdit désormais tout rôle de médiation dans cette affaire. La diplomatie tunisienne a rarement connu cette précipitation dans la prise de décision par le passé. Cette position aurait mieux gagné à être prise en concertation avec les autres pays du Maghreb. En revanche, le Maroc, plus proche des monarchies du Golfe, a réagi d’une façon nettement plus équilibrée dans des termes plus diplomatiques ».

Et de poursuivre: « Mais quand on parle de la vraie diplomatie, on parle de réseaux géostratégiques basés sur des intérêts communs et solides qui s’inscrivent sur le long terme. Or en matière de diplomatie, l’opportunisme et  l’improvisation ne sont pas de mise. Il faut savoir aussi qu’on a signé un accord de coopération sur le plan du tourisme avec l’Iran. Et d’un autre côté, nous avons de bonnes relations qui sont à la fois équilibrées et sereines avec ce pays. Je prends un exemple : quand l’un des pays de l’Europe est touché, tous les pays de l’Europe sont solidaires. Or ce qui se passe dans la diplomatie est à l’instar ce qui se passe ailleurs ».

Joint aussi par téléphone Mohamed Ferid Cherif, ancien diplomate livre de son côté son avis sur les aspects de la diplomatie en Tunisie.

Il confie : « Ce qui se passe en ce moment, c’est un positionnement entre l’islam chiite et l’islam sunnite dominant dans ces deux grandes puissances régionales. Il faut se rappeler que l’Arabie Saoudite dispose de la puissance de l’argent, tandis que pour l’Iran, on parle d’une grande armée, qui a failli avoir la bombe atomique. Et il a fallu un déclencheur de la crise et cela est arrivé avec l’exécution de Cheikh Nimr, un imam chiite ».

Et d’ajouter : « La Tunisie ne prendra pas partie, mais il est clair que le communiqué du ministère des Affaires étrangères reflète les intérêts qui sont en jeu, tels que les projets de coopération entre la Tunisie et l’Arabie Saoudite; et récemment, une importante délégation d’hommes d’affaires, présidée par le ministre saoudien des Affaires étrangères, a séjourné à Tunis pour discuter de projets qui seront prochainement réalisés et surtout mettre en confiance la Tunisie, afin de l’éloigner de certaines influences indésirables ».

Et de conclure : « Toutefois, nous ne devons pas nous aliéner d’autres pays dont le soutien et l’amitié nous sont tout aussi importants et dévier de notre ligne politique, qui est celle de la démocratie et du libre-choix ».

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