Sami Aouadi : L’ ALECA n’est pas une priorité, nous en avons d’autres

Pour l’Economiste Sami Aouadi, l’Accord de Libre Echange Complet et Approfondi ( ALECA ) n’est pas une priorité pour l’économie tunisienne.

Définissant l’Accord de Libre Echange Complet et Approfondi ( ALECA ), il a indiqué que c’est un accord proposé par l’Union européenne à quatre pays : la Tunisie, la Jordanie, le Maroc et l’Egypte. Il constitue une nouvelle génération d’accords de libre échange proposés pour 12 pays méditerranéens dans les années 90. L’accord qui concerne la Tunisie a été signé en 1995. « En vertu de cet accord, la Tunisie a démantelé son système de protection tarifaire à l’égard des importations de matières premières et divers produits manufacturiers sur une période de 12 ans. Maintenant, ces produits entrent sur le territoire tunisien avec un droit de douane nul ce qui a engendré des pertes budgétaires pour la Tunisie (30% des recettes budget de l’Etat) » dit-il.

Et de rappeler qu’à l’époque, le gouvernement de Ben Ali a préparé un rapport indiquant que l’accord en question n’avait rien apporté à la Tunisie, ni en terme d’accroissement des exportations, ni en terme de transfert de technologies et encore moins en terme d’investissements directs étrangers. Cet accord n’a pas fait l’objet d’une évaluation scientifique d’après notre interlocuteur, par les gouvernements de l’après 14 janvier 2011.

L’ALECA va compléter l’ouverture du marché tunisien au profit des entreprises européennes, notamment dans le domaine des services publics et les marchés publics et surtout l’agriculture d’après notre interlocuteur. Selon lui, l’accord comporte des problèmes de fond et de forme. « Nous avons cru que les gouvernements de l’après révolution prendraient en considération les requêtes de la société civile et les soulever dans la concertation sur les termes de cet accord, mais cet accord a été finalisé depuis 2013 » s’interroge-t-il.

Sami Aouadi a fait savoir que la commission européenne a fait une étude d’impact par un bureau d’étude de l’Europe de l’est, comme c’est le cas pour le Maroc. « Bien entendu, c’est une étude commandée qui a conclu à des impacts positifs sur l’économie tunisienne. Cela a été dit en 1996 ». D’après Sami Aouadi, la société civile demande qu’une étude d’impact fait par un bureau d’étude qui serait  indépendant, avec la supervision d’un comité de pilotage où la société civile est impliquée. « Ceci n’a pas été fait et le gouvernement a commencé à négocier l’ALECA chapitre par chapitre, ce qui est absurde. Et même la concertation avec la société civile n’était pas à l’ordre du jour ni pour la commission européenne, ni pour le gouvernement tunisien » regrette-t-il.

A notre question si l’économie tunisienne est prête pour l’application de l’Accord de Libre Echange Complet et Approfondi, le spécialiste a indiqué que l’économie tunisienne n’est point prête pour l’accord en question, notamment le secteur de l’agriculture. « L’agriculture tunisienne présente des fragilités, des précarités structurelles. L’agriculture tunisienne a été pénalisée par des prix administrés pour préserver le pouvoir d’achat. Comment voulez-vous que des propriétaires agricoles de 10 hectares et moins de 10 hectares puissent concurrencer les agriculteurs européens qui ont bénéficié depuis de longue date de l’apport de la politique agricole communautaire et de soutien technique, de vulgarisation et de subvention. « Cet accord va tuer les agriculteurs qui exercent dans le domaine des céréales et s’ajoute à cela l’industrie qui a été déjà démantelé depuis 1996 » indique-t-il.

Revenant sur le cas de l’Industrie, Sami Aouadi a indiqué qu’il est prévu d’imposer aux industriels tunisiens des normes sanitaires et un alignement aux normes européennes. « Je doute fort que nos industriels soient prêts pour faire les investissements nécessaires pour appliquer ces normes » dit-il. « Comme vous pouvez le constater, c’est une demande d’ouverture de notre agriculture et de lever des barrières à l’entrée de nos marchés », conclut-il.

« En ce qui concerne le secteur des services, l’accord traduit toujours une démarche non pas de partenariat, mais une démarche strictement commerciale pour ne pas dire mercantile et il s’en suivra des effets néfastes à court et ou moyen terme, si des mesures d’accompagnement rigoureuses de mise à niveau qualitative ne précèdent pas cet accord » s’alarme-t-il.

Sami Aouadi a indiqué que l’ALECA ne constitue pas une priorité pour l’économie tunisienne qui peut continuer à travailler sous le régime actuel. « Rien ne nous oblige à approfondir l’ouverture sur l’extérieur. Cependant, c’est une priorité pour les entreprises européennes bien défendues par leur parlement européen. Ces entreprises souffrent  des crises répétitives depuis 2008. Elles ont besoin de grands marchés », estime-t-il

Et de conclure : « Je demande au gouvernement tunisien de ne pas se précipiter, car il n’y a pas urgence pour notre économie. D’ailleurs, des problèmes existent entre la commission économique européenne et le Maroc qui semble avoir suspendu la négociation. A cette étape, nous avons besoin de faire une véritable étude d’impact autonome et non gouvernementale, tout en sachant que les priorités de l’économie tunisienne sont: un nouveau modèle de développement, la fiscalité, le code d’incitation à l’investissement, le partenariat public-privé. Il s’agit d’avoir une vision stratégique ambitieuse pour la Tunisie d’ici 20 ans ».

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