La Tunisie se dirige-t-elle vers les exemples grec et argentin ?

La crise économique et sociale dans laquelle s’est fourvoyée la Tunisie, toutes voiles dehors, depuis janvier 2011 n’est pas sans nous rappeler deux grosses crises en Amérique du Sud et en Europe. Il s’agit de la crise argentine de la fin des années quatre-vingt-dix, qui se prolonge à ce jour et, bien sûr, la toute proche crise grecque qui, comparativement, vient juste de commencer.

Certes, toutes proportions gardées, la Tunisie n’est pas, par la taille, le géant de l’AmSud,  encore moins le pays de Zeus, mais dans son genre et par certaines particularités, ce que nous vivons, exception faite des gouvernants populistes, ressemble   au vécu de ces deux pays. Une telle comparaison peut choquer mais à franchement parler, nous préférons un choc immédiat, quand les solutions sont encore possibles,plutôt que demain quand tout sera incontrôlable.

Le ou les péchés originels de ces deux nations est (sont) le même ou les mêmes que ceux que nous commettons chaque jour, un peu plus. Il y a, tout d’abord, le fait que chacun des trois peuples a vécu ou vit encore bien au-dessus de ses moyens. D’une administration dotée d’une pléthore de fonctionnaires aussi inadaptés qu’inactifs, puisant dans la fiscalité du pays, en premier lieu, et dans l’endettement ensuite, des sources de revenus qui n’alimentent que l’inflation.

Pour information, ces trois pays ont une administration plus lourde que celle opérant en Allemagne ou en Angleterre. En Tunisie, nous parlons de près de 800 mille agents du public à qui l’Etat réserve 60% de ses ressources et 50% de son budget. Et chaque année, Argentins, Grecs et Tunisiens recrutent à tour de bras, alourdissant davantage les comptes du pays, l’inflation et soumettant les projets de développement publics à un dégraissage constant.

D’année en année, Grecs, Argentins et Tunisiens ont emprunté ou empruntent encore pour payer la masse salariale mastodonte d’un budget en déconfiture. Et comme les Etats ne font pas faillite en monnaie locale, Argentins et, peut-être, plus tard Grecs et Tunisiens feront tourner la planche à billets après avoir épuisé, comme les Argentins, l’endettement étranger, en devises sonnantes et trébuchantes, pour payer les salaires, grossissant davantage les méfaits de l’inflation.

S’endetter pour consommer

Comme l’Argentine et la Grèce, la Tunisie a substantiellement tiré sur les fonds étrangers pour financer ses retraites, ses salaires et sa caisse de compensation. Un endettement qui a atteint les 320 milliards d’euros en Grèce, un niveau insupportable en Argentine, qui a dû se défaire du couple d’alors USD/Peso dans une sorte de tango mortel, jusqu’à ce jour, pour un pays banni des places financières internationales. La Tunisie, sans s’approcher des niveaux grec et argentin, n’en a pas moins commis la même erreur de, tout d’abord, augmenter son endettement de près de plus de quinze points de pourcentage en quatre ans et, ensuite, de l’externaliser aux deux tiers contre un encore soutenable petit tiers en 2010. Ces trois pays se sont mis alors à payer les salaires par l’endettement, à couvrir les dépenses de fonctionnement par des dettes externes et à omettre d’investir, obnubilés comme ils étaient, et ils le sont encore, par la casserole de lait éternellement sur le feu.

Comme l’Argentine et la Grèce, la Tunisie est en passe d’être emportée par la fraude fiscale, une économie souterraine et les lobbies de la contrebande. La déroute fiscale dans ces trois pays est synonyme à la fois d’une faiblesse criarde de l’administration, pourtant payée grâce à l’endettement, et d’un manque flagrant de sentiment d’appartenance collective à une nation. Paradoxalement, quand vous voyez le public argentin, grec ou tunisien dans un match de football, engageant leurs équipes nationales respectives, le sentiment qui vous transperce est proche de la sublimation.

Mais cela ne dure que quatre-vingt-dix minutes, le temps d’une insignifiante rencontre de football. Pourtant, le plus glorieux des chants sortis des gradins, plus encore que le « you will never walk alone » d’Anfield Road, est argentin avec le fameux «a Argentina( prononcez le kh ), quel est cet amour qui grandit dans mon coeur sans cesse de jour en jour… ». Mais là aussi, tout s’estompe au coup de sifflet final de l’arbitre et des milliers, des millions de gens se jettent, alors, corps et âme dans un individualisme destructif.

Comme en Argentine, en Grèce et en Tunisie, la croissance économique s’est inscrite aux abonnés absents, rougissant et clignant des yeux, de honte, à chaque loi de finances gonflée à bloc par des prévisions irréalisables. En cinq ans, les lois de finance tunisiennes n’ont jamais respecté leurs objectifs de croissance, de ressources propres, de répartition nationale et surtout d’investissement, glissant, chaque fois un peu plus, sur le terrain périlleux de l’endettement, de surcroît international. Idem chez les Argentins et les Grecs.

La méconnaissance des politiques, pire ennemie des peuples

Alors à force de tirer sur les dettes, à force de ne pas travailler, de tout contester, de faire payer son administration par de l’emprunt, ces trois pays, – le dernier étant la Tunisie,- se sont trouvés accrochés par la machine, pourtant jugée infernale et massacrante, des bailleurs de fonds internationaux donnant lieu, par la suite, à l’avènement de gouvernements populistes ou radicaux à l’exception encore de la Tunisie,- pour combien de temps encore ?-, mettant encore plus la nation à la botte du FMI, ce Satan accusé de tous les maux mais qui, sans lui, ces pays sont ou seraient voués à la mendicité par la faute de leurs propres enfants qui ont mal géré et se sont transformés, parfois, en bandits et , souvent, en apprentis sorciers.

Dans cette lecture chronologique des faits ayant engendré les crises argentine, grecque, et actuellement tunisienne, entendre aujourd’hui un homme politique de la place citant et sublimant le gouvernement grec d’Alexis Tsipras et son parti radical n’est que la preuve flagrante que la méconnaissance reste ce que partage le plus l’humanité.

Malheur à celui qui ne sait pas comment lire l’Histoire, a fortiori l’histoire des faits économiques. Malheur à celui qui ne sait pas se mettre, un seul instant, en mode de questionnement. Malheur à celui qui vit son adolescence scolaire ou universitaire à l’échelle d’une vie. Par ricochet, malheur aux peuples qui se laissent guider par de telles politiques. L’Argentine est en perpétuelle bras de fer, depuis près de vingt ans, avec ses bailleurs, au point que l’un de ses fleurons maritimes – comble de l’offense – a été, des années après, arraisonné sans ménagement dans un port américain suite à une décision de justice.

La Grèce continue de quémander le déblocage d’une tranche de 7,2 milliards auprès de ses bailleurs pour pouvoir rembourser une échéance de 1,6 milliard USD prévue en juin prochain. La Tunisie attend toujours que le FMI débloque une tranche de 660 millions de dollars pour pouvoir se financer durant l’année 2015. Et l’on se permet de s’offusquer devant la comparaison faite entre ces trois pays.

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