Un observatoire national pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé

Il a fallu aux associations de la société civile plusieurs mois pour s’allier en vue de fédérer leurs efforts face au terrorisme qui fait des ravages depuis trois ans dans le pays.

Unis autour de la lutte antiterroriste et réunis à la Maison du barreau à Tunis, plusieurs activistes de l’associatif et des droits humains ont annoncé aujourd’hui la création de l’Observatoire national pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé.

Jugée tardive par certains participants à l’événement, l’initiative vise, tout de même, et selon ses lanceurs, à rattraper le retard accusé dans la bataille contre le terrorisme.

Une urgence

Et c’est d’ailleurs sur un ton inquiet, voire alarmé, que Badis Boubaji, président de l’Association du secours des Tunisiens à l’étranger a évoqué l’urgence de la création d’une structure forte, large, qui soit capable d’endiguer la propagation des idées extrémistes dans la société tunisienne.

Ayant travaillé avec des familles dont les enfants sont partis en Syrie, l’activiste s’est attardé sur la description de la « fournaise  syrienne ». « Certains y ont trouvé la mort, d’autres ont été brûlés vifs et n’ont même pas été inhumés ». Tout autant indigné par ce sort qui toucherait, selon les estimations de son association, un peu plus de 10 mille familles tunisiennes, Badis Boubaji est surtout révolté de l’attitude des autorités face à ce « fléau du Djihad en Syrie».

Selon ses dires, plusieurs familles auraient approuvé le départ de leurs enfants ; certaines toucheraient même des virements bancaires en provenance des villes foyers de combats. Cette approbation, s’ajoutant à la « non-application de la loi », aux « relaxations non étudiées des présumés » et à certains dépassements médiatiques (notamment le passage d’un juge charaique revenant des combats en Syrie sur des plateaux télévisés en toute impunité), ont conduit, selon Badis Boubaji, à une certaine normalisation, « inacceptable et déconcertante » du terrorisme. « Il est venu un temps où l’annonce de la mort d’un soldat est devenue un fait divers passager et anodin comme si on était un Etat sectaire, ou comme si on vivait depuis des années dans une guerre civile. C’ est inacceptable », a-t-il ainsi dénoncé.

L’antiterrorisme passe par la connaissance

Cette normalisation progressive, énonciatrice de la propagation sociale du terrorisme, a également été dénoncée par Imen Bejaoui. Faisant le parallèle entre l’abondance de la littérature des théoriciens du terrorisme et la maigreur des oeuvres qui dénoncent l’extrémisme, la présidente de l’Association des jeunes avocats a ainsi insisté que la bataille se fait avant tout sur le front de la connaissance.

L’observatoire, composé, entre autres, de spécialistes en sociologie, en psychologie, en sciences criminelles, en sécurité globale, en finances, pourrait ainsi représenter un socle pour développer tout un répertoire d’études stratégiques et d’enquêtes sur la pensée et les méthodes d’action des radicaux et des extrémistes. Pour comprendre, et par conséquent pouvoir vaincre un ennemi, en l’occurrence le terrorisme, il faudrait en effet l’étudier et l’empêcher de couver dans la société.

A l’origine, la couveuse sociale

Dans le même sillage que l’avocate, Hichem Meddeb, un colonel au ministère de l’Intérieur, a également insisté sur l’approche sociale. « Le traitement du terrorisme n’est pas que sécuritaire. Il est avant tout social, culturel et psychologique. Il faut empêcher le terrorisme de s’acquitter de sa couveuse sociale », a-t-il expliqué.

L’observatoire appelle d’ailleurs à la promotion de la citoyenneté très tôt parmi les jeunes générations et à éveiller les principes de l’Etat démocratique chez tous les Tunisiens. De l’art, de la culture, du savoir, de la joie de vivre, des spots de sensibilisation et des éloges à la paix et à la tolérance sont entre autres des antidotes que préconisent les initiateurs de l’observatoire contre le terrorisme et la culture de la mort. Aux autorités, la jeune structure, adressera ces recommandations avec plusieurs autres plus techniques.

Optimiser les lois

Hatem Yahyaoui,  président de l’Observatoire, a, de ce fait, appelé à la création d’un organe indépendant de renseignement qui produirait, en temps réel, des informations fiables et accessibles à toutes les parties prenantes des opérations sécuritaires, lesquelles devraient opérer dans une plus grande synergie.

Pour lui, il est absolument nécessaire de faire le point sur les activités de l’arsenal des associations qui ont vu le jour au lendemain de la révolution. « Il faut contrôler leur sources de financement et surveiller les opérations de dons. C’est un domaine où la totale transparence est de mise », a ainsi averti Hatem Yahyaoui, tout en proposant, à cet égard, la mise en place d’une structure qui seconderait les travaux de la Commission Tunisienne des Analyses Financières relevant de la Banque centrale.

Attirant l’attention sur le blanchiment d’argent, le corollaire de toute activité terroriste, le président de l’observatoire a estimé qu’il faudrait revenir sur des mesures effectuées par le législateur après le 23 octobre 2011. Il s’agit, selon ses dires, « des amendements apportés au code des douanes, lesquels permettent aux entreprises étrangères d’introduire plus aisément l’argent en Tunisie et  facilitent probablement le blanchiment de ces sommes ».

Parallèlement à cette initiative associative, le débat autour de la nouvelle loi antiterroriste, actuellement sous le scalpel des députés de l’ANC, ne fait que s’accentuer.

A quelques mois des élections,  actualité oblige, le nouveau projet de loi, et l’ancienne loi antiterroriste de 2003, baptisée par plusieurs « loi Ben Ali », ont vu monter leur cote à la bourse des surenchères partisanes et politiciennes.

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