Mise au point sur les antidépresseurs : les idées reçues volent en éclats

Une mise au point sur les antidépresseurs s’imposait et tombe à pic, dans une période où la dépression gagne du terrain au fil du temps, les préjugés aussi. L’Académie de Médecine en France a jugé opportun de mettre au point un rapport complet relatif aux antidépresseurs, les modalités de prescriptions et les défis à relever, tout en permettant de chasser certaines des idées reçues qui gravitent autour de cette pathologie.

Compte tenu du fait que les médicaments antidépresseurs suscitent souvent auprès du grand public et dans les médias toutes sortes d’interrogations, la méfiance, et sont parfois sujets à controverse, l’Académie de Médecine souligne donc dans un communiqué et rapport intitulé  LES ANTIDÉPRESSEURS, « l’importance de ces médicaments lorsque judicieusement prescrits ».

Quelques idées reçues battues en brèche :

Tout médecin peut prescrire des antidépresseurs

Vrai et Faux : Le rapport souligne que dans la majorité des cas les prescriptions d’antidépresseurs sont effectuées par le médecin généraliste, un fait particulièrement vrai chez les sujets âgés qui reçoivent quatre fois plus ce type de traitement lorsqu’ils sont institutionnalisés, par rapport à la population générale du même âge vivant dans la communauté.

En revanche certains cas où le diagnostic et /ou les décisions thérapeutiques ne sont pas évidents, exigent une formation spécifique, chose qui n’est pas suffisamment dispensée actuellement.

Enfin, chez l’enfant de moins de 18 ans, la première prescription d’antidépresseurs doit être réservée aux médecins spécialistes en pédiatrie et/ou en psychiatrie.

Il est possible de changer de molécule en cas de rupture de stock 

Faux : Bien que des ruptures de stock de certaines molécules (iproniazide, imipramine…) se produisent de temps à autre, il est primordial de garder à l’esprit qu’un patient équilibré avec l’un de ces médicaments ne peut impunément être soumis à un autre traitement, compte tenu du fait que la réactivité de l’organisme à ces médications est individuelle.

Il ne faut pas prescrire d’antidépresseurs à l’adolescent

Faux : Au cours des années 2000, une alerte portant sur le risque d’induction du suicide chez l’adolescent recevant un antidépresseur a engendré une réduction de prescriptions d’antidépresseurs et à une augmentation des conduites suicidaires. Or, il est établi que les sujets sous antidépresseurs au long cours sont exposés à un moindre risque de suicide.

Des études suggèrent que ceci a pu être associé à une augmentation des suicides des jeunes aux Etats-Unis, aux Pays Bas et au Canada, alors que les taux de suicide étaient auparavant en diminution constante depuis au moins 20 ans.

Tous les médicaments psychotropes ont le même effet

Faux : Les anxiolytiques ou tranquillisants (Valium, Lexomil…) sont prescrits dans le but de traiter l’anxiété souvent associée à la dépression. En revanche, les antidépresseurs sont efficaces contre les symptômes dépressifs dont le principal signe est l’humeur triste.

Il convient également de rappeler que certains types de troubles anxieux sont une indication de prescription d’antidépresseur, à titre d’exemple la sertraline a une AMM autorisation de mise sur le marché pour le traitement du TOC de l’enfant.

Il n’est pas recommandé de prescrire des antidépresseurs chez la femme enceinte

Faux : Les effets des antidépresseurs sur le foetus ou l’enfant naissant lorsqu’ils sont prescrits à la femme enceinte sont peu connus, de même qu’un syndrome associant une irritabilité, des pleurs et une agitation est décrit chez le nouveau-né. Néanmoins, la prescription d’antidépresseurs prend en compte d’un autre côté les effets délétères potentiels de la dépression de la mère ou de l’enfant sur le neuro-développement.

Les antidépresseurs engendrent une dépendance

Faux : La dépendance est un terme qui désigne la nécessité d’augmenter les doses pour un même résultat (effet de tolérance) et le syndrome de sevrage à l’arrêt du traitement. Dans le cas d’un traitement bien établi, il n’est pas nécessaire d’augmenter les doses d’antidépresseurs pour garder le même effet.

Il est possible de « s’en sortir » sans antidépresseurs

Faux : Selon les recommandations de la HAS ( Haute Autorité de Santé – France) le traitement de la dépression repose sur les médications antidépressives, les psychothérapies voire les deux conjointement. De même qu’une étude récente chez l’adulte montre que les psychothérapies n’ont pas d’effet sur les idées suicidaires, en dépit de leur effet sur la dépression.

Selon les chiffres de l’OMS environ un million de morts par suicide se produisent chaque année, le suicide étant la première complication du trouble dépressif, de même que 5 à 20 % des patients déprimés se suicident. Cette mise au point serait-elle suffisante pour faire adhérer un plus grand nombre d’individus aux traitements antidépresseurs et combattre enfin efficacement la dépression ?

 

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