La Banque centrale européenne (BCE) laisse ouverte la possibilité d’une nouvelle hausse de ses taux directeurs en décembre. Sa présidente, Christine Lagarde, indique que l’institution examinera les données économiques et financières attendues d’ici à sa prochaine réunion.
« Nous disposerons de nombreux indicateurs entre maintenant et décembre », a-t-elle déclaré lors d’une conférence consacrée à l’éducation financière à Milan, en Italie. Ces données permettront notamment d’évaluer si les tensions inflationnistes observées actuellement justifient une nouvelle intervention de la banque centrale.
La BCE avait maintenu, fin octobre, son taux de dépôt à 2,5 %, tout en signalant les risques liés à la hausse des coûts énergétiques. L’inflation dans la zone euro a atteint 4 % en octobre, selon les premières données disponibles, sous l’effet notamment des prix de l’énergie et de l’alimentation. Cette évolution éloigne temporairement l’indicateur de l’objectif de 2 % fixé par l’institution.
Pour Christine Lagarde, la difficulté consiste à distinguer les effets d’une hausse des prix provoquée par l’offre, notamment l’énergie, de ceux résultant d’une demande intérieure plus soutenue. Le choc énergétique pèse simultanément sur le pouvoir d’achat et l’activité économique, ce qui complique le calibrage de la politique monétaire. Elle a toutefois mis en garde contre le risque de laisser les anticipations d’inflation se désancrer. L’institution doit empêcher que la hausse initiale des prix de l’énergie se diffuse durablement à l’ensemble de l’économie, notamment par les salaires et les prix des autres biens et services…
Les prochaines semaines seront donc décisives. La BCE disposera de nouvelles données sur l’inflation, le produit intérieur brut, l’emploi, les salaires négociés, la production industrielle et les conditions de crédit. Les nouvelles projections économiques de ses services, attendues en décembre, alimenteront également la décision du Conseil des gouverneurs.
Plusieurs responsables monétaires ont déjà laissé entendre qu’une hausse en décembre était probable si les tensions énergétiques persistaient. Selon des sources citées par Reuters, certains membres du Conseil des gouverneurs envisagent un relèvement de 25 points de base, qui porterait le taux de dépôt de 2,5 % à 2,75 %. Cette perspective reste toutefois conditionnée à l’évolution des prix et à l’absence d’un retournement significatif de la conjoncture.
La BCE doit en outre tenir compte du resserrement des conditions de financement et de la hausse des rendements obligataires, particulièrement sensible dans les pays fortement endettés comme la France. Une nouvelle hausse des taux pourrait accentuer le coût du crédit et peser davantage sur l’investissement et la croissance.
La banque centrale se trouve ainsi confrontée à un arbitrage délicat : contenir les risques inflationnistes sans aggraver le ralentissement économique. Christine Lagarde a rappelé que les décisions resteraient fondées sur les données disponibles et seraient prises réunion après réunion, sans engagement préalable sur une trajectoire précise des taux.