Près de six femmes et jeunes sur dix vivant dans les régions du centre et du sud de la Tunisie restent exclus des services financiers formels, selon une étude de référence publiée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Observatoire de l’inclusion financière (OIF).
Réalisée dans sept gouvernorats cibles (Kairouan, Gafsa, Tozeur, Kébili, Tataouine, Médenine et Gabès), l’étude fait état d’un taux d’inclusion financière de 41 % parmi ces deux catégories de population. Le recours prédominant à l’argent liquide s’explique notamment par des obstacles sociaux, économiques et culturels, ainsi que par un manque de confiance envers les institutions financières.
L’utilisation du cash demeure largement dominante, avec 98 % des femmes et 99 % des jeunes interrogés qui y recourent quotidiennement. Cette préférence est alimentée par la méfiance à l’égard des frais bancaires, la complexité des produits financiers et, chez une partie de la population, les réticences liées aux convictions religieuses en matière de crédit.
Pour plus de la moitié des femmes interrogées, le manque de ressources et la dépendance économique constituent des obstacles majeurs à l’accès aux services financiers formels. De leur côté, les jeunes considèrent souvent les banques comme des institutions réservées aux catégories les plus aisées.
L’adoption des services financiers numériques reste, elle aussi, limitée, en raison des craintes liées à la fraude, du déficit d’éducation financière et du manque de points d’acceptation des paiements électroniques chez les commerçants.
Face à ces difficultés, l’offre de services financiers apparaît insuffisamment adaptée aux besoins des populations ciblées et marquée par des disparités géographiques. Le réseau bancaire demeure fortement concentré dans les zones urbaines, avec une couverture limitée à 12 % des régions intérieures ciblées par l’étude.
La Poste tunisienne capte 27 % des comptes, grâce à son maillage territorial et à des tarifs plus accessibles, mais son offre reste souvent cantonnée aux services de base.
Les institutions de microfinance jouent, pour leur part, un rôle essentiel auprès des populations vulnérables. Toutefois, leurs taux d’intérêt moyens, estimés à 31 %, représentent un frein important à leur recours.
L’étude relève également un déficit de produits financiers adaptés aux besoins spécifiques des femmes, seules trois banques et une institution de microfinance proposant des offres qui leur sont expressément destinées.
Pour remédier à ces insuffisances, le PNUD et l’OIF préconisent de repenser les stratégies de communication et les modalités d’approche des populations ciblées.
Ils recommandent notamment de vulgariser les services financiers en dialecte tunisien, de privilégier des capsules courtes sur les réseaux sociaux pour toucher les jeunes et de miser sur les témoignages ainsi que sur les radios locales pour sensibiliser les femmes.
L’amélioration de l’inclusion financière passe également par la simplification des procédures d’ouverture de comptes, la lutte contre les perceptions de discrimination lors de l’accueil des clients et le développement de passerelles entre les services financiers et les services non financiers, tels que la formation professionnelle et le mentorat. Ces mesures visent à instaurer un climat de confiance et à faciliter l’accès aux services formels.
Ce rapport s’inscrit dans le cadre du projet « Green Economy: Women’s Economic Empowerment in Tunisia » (GEWEET), mis en œuvre par le PNUD avec le soutien financier du Canada.
Il repose sur une méthodologie mixte combinant plus de deux mille enquêtes quantitatives et 14 groupes de discussion organisés dans les gouvernorats de Kairouan, Gafsa, Tozeur, Kébili, Tataouine, Médenine et Gabès.
Les conclusions de cette étude visent à alimenter et à orienter la mise en œuvre du Programme national d’éducation financière 2023-2027.