Les autorités indiennes ont bouclé une partie de New Delhi et procédé à des milliers d’interpellations, samedi 10 octobre, pour empêcher une manifestation de jeunes et de partis d’opposition. Au cœur de la mobilisation : la révision des listes électorales, qui aurait entraîné la radiation d’environ 130 millions de noms, et les accusations de partialité visant la Commission électorale.
Le gouvernement de Narendra Modi a répondu par un important dispositif sécuritaire à la mobilisation de la jeunesse indienne. Samedi 10 octobre, la capitale a été placée sous haute surveillance afin d’empêcher un rassemblement organisé par le Parti du peuple cafard, des organisations étudiantes et des partis d’opposition. Selon Le Monde, entre 25 000 et 40 000 policiers et paramilitaires auraient été mobilisés. Plusieurs stations de métro ont été fermées, des liaisons ferroviaires suspendues et l’accès à certains quartiers restreint.
La manifestation devait réclamer la démission de Gyanesh Kumar, président de la Commission électorale indienne. Les opposants l’accusent de conduire une révision des listes électorales susceptible de favoriser le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste hindou de Narendra Modi.
La controverse porte sur la radiation d’environ 130 millions de noms des listes électorales dans le cadre d’une vaste opération de vérification. Les autorités invoquent notamment des changements de résidence, des électeurs introuvables et des décès. L’opposition estime, pour sa part, que cette procédure risque de priver des millions de citoyens de leur droit de vote et affirme que ses conséquences pourraient affecter de manière disproportionnée les minorités et les populations vulnérables.
Cette polémique intervient à l’approche de plusieurs élections régionales prévues en 2027. Pour les opposants au gouvernement, l’indépendance de la Commission électorale et la transparence du processus d’inscription des électeurs constituent désormais des enjeux majeurs.
Le mouvement de contestation, qui s’est d’abord développé autour des fraudes aux concours d’entrée dans l’enseignement supérieur, avait déjà obtenu un succès politique avec la démission du ministre de l’Éducation en juillet. Il s’est depuis élargi aux questions de gouvernance et de représentation démocratique.
Le chômage nourrit la colère de la Gen Z
Au-delà des accusations portant sur les listes électorales, la mobilisation traduit un mécontentement social plus large. Dans un pays où la population est particulièrement jeune, les difficultés d’accès à l’emploi, les défaillances du système éducatif et les inégalités d’accès aux services publics alimentent la frustration.
Selon les données citées par Le Monde, plus de 40 % des diplômés de l’enseignement supérieur âgés de moins de 25 ans seraient sans emploi. Cette situation fragilise les perspectives d’une génération confrontée à des attentes élevées en matière de mobilité sociale et d’accès au marché du travail.
Le mouvement des jeunes, surnommé le « Parti du peuple cafard », s’est imposé comme un nouveau foyer de contestation. Né sur Internet, il a progressivement dépassé le cadre de la satire politique pour fédérer les étudiants, les militants et les citoyens critiques à l’égard du gouvernement.
Modi face à un défi politique
Au pouvoir depuis 2014, Narendra Modi conserve une base électorale importante, mais son parti a perdu sa majorité absolue au Parlement lors des élections générales de 2024 et dépend désormais de ses alliés pour gouverner. Les manifestations actuelles ajoutent une nouvelle pression sur son exécutif, après la crise provoquée par les fraudes présumées aux examens.
L’ampleur du dispositif policier et les arrestations massives ont suscité des critiques de l’opposition et l’inquiétude des Nations unies concernant le respect du droit de manifester pacifiquement. Les autorités indiennes défendent, de leur côté, les mesures prises pour maintenir l’ordre public.
La contestation ne permet pas, à ce stade, de conclure à un affaiblissement durable du pouvoir de Modi. Elle révèle néanmoins la convergence de plusieurs griefs, du chômage des jeunes aux interrogations sur l’intégrité électorale.
Pour le gouvernement, le défi consiste désormais à répondre à ces préoccupations sans accentuer les tensions avec une génération qui revendique davantage de transparence, de débouchés professionnels et de garanties démocratiques.