Les Américains ont dit leur mot hier dans les élections de mi-mandat. La déferlante bleue a submergé le Congrès avec ses deux chambres et des postes de gouverneurs dans de nombreux d’Etats ont changé de couleur, passant du rouge au bleu.
Déferlante bleue historique et gifle magistrale pour Donald Trump qui a vu pratiquement tous les candidats que lui, l’AIPAC et les milliardaires ont soutenus, perdre lamentablement.
Abdul El Sayed qui, tout au long de la campagne électorale, a subi des attaques islamophobiques au vitriol de la part de Trump et des potentats républicains, a gagné en dépit (ou à cause ?) des 39 millions de dollars dépensés par l’AIPAC en publicité pour son concurrent. Abderrahman Essayed l’a emporté par 52,4% des voix contre 45,6% pour le républicain Mike Rogers.
Au Texas, la surprise est grande. Dans ce bastion traditionnel des républicains, les 500 millions de dollars de dollars déboursés par Elon Musk n’ont servi à rien. Le démocrate James Talarico l’a emporté contre son rival républicain Ken Baxton ; et le gouverneur républicain Graig Abbot, qui se présentait pour un quatrième mandat, a été battu par la latino Gina Hinojosa.
La surprise est encore plus grande au Kansas qui voit un démocrate élu au Congrès pour la première fois depuis près d’un siècle, plus précisément depuis 1932.
En Caroline du sud, cet autre bastion des Républicains, Darline Graham, qui a été choisie par Trump pour remplacer au Sénat son frère Lyndsay, décédé en juillet dernier, a été battue par la démocrate Annie Andrew.
En Géorgie, la démocrate Keisha Lance Bottoms a largement battu le candidat soutenu par Donald Trump, Rick Jackson. Une première pour une femme noire depuis la fondation des Etats-Unis d’Amérique…
Le dénominateur commun de ces quelques exemples, et de bien d’autres élus démocrates au Congrès et aux postes de gouverneurs, est qu’ils ont eu contre eux le président en exercice, l’AIPAC (American Israeli Public Affairs Committee), ainsi que les milliardaires.
L’autre dénominateur commun des nouveaux élus démocrates est qu’ils ont pratiquement tous fait campagne contre la guerre en Iran et ses désastreuses conséquences économiques sur le peuple américain, contre le génocide de Gaza et contre le financement et l’armement d’Israël. Les thèmes principaux de la campagne électorale des candidats démocrates sont : la dénonciation de la guerre contre l’Iran qui a provoqué une hausse sans précédent du carburant et de toutes sortes de biens de consommation ; le‘Medicare’ pour tous ; l’arrêt de toute aide financière et militaire à Israël ; l’interdiction de l’immixtion des milliardaires, de l’AIPAC et de leur argent dans les processus électoraux.
La victoire éclatante des candidats démocrates et la défaite historique des républicains prouvent clairement l’adoption par la majorité des Américains de tous ces thèmes politiques qui ont dominé la campagne électorale de ce scrutin de mi-mandat sans précédent.
Trump et son adjoint Vance ont reconnu, la mort dans l’âme, que les deux principales raisons de leur échec cuisant sont « la guerre contre l’Iran et la relation avec Israël. » A la veille du scrutin, dans une ultime tentative désespérée de limiter les dégâts de l’inévitable défaite électorale, Trump est allé jusqu’à dire qu’a partir de l’année prochaine, « il n’y aura plus d’aide financière à Israël. »
Il y a tout lieu de croire qu’avec des majorités démocrates confortables aux deux chambres du Congrès, Trump s’apprête à passer les deux années qui lui restent à la Maison Blanche en président démuni, c’est-à-dire en canard boiteux. Il a certes rappelé qu’il dispose d’un atout constitutionnel pour s’opposer aux lois qu’il désapprouve : le véto présidentiel.
Mais le Congrès détient la bourse, un atout qui lui permet de refuser le financement de la guerre. Il détient aussi le pouvoir de lancer des enquêtes sur l’enrichissement de Trump et de sa famille, ou encore sur les abus de pouvoir de certains ministres, comme le chef du Pentagone Pete Hegseth, menacé d’une procédure d’impeachment.
Mais en attendant l’entrée en fonction du nouveau congrès le 3 janvier, la question brûlante que tout le monde se pose est la suivante : Trump va-t-il attaquer de nouveau l’Iran, comme il ne cesse de menacer de le faire, ou va-t-il prendre en compte l’avis de la majorité du peuple américain qui a voté massivement contre sa politique ?
Une chose est certaine : les élections de mi-mandat ont pris l’aspect d’un référendum contre le bilan désastreux des deux années que Trump a passées à la Maison Blanche. Tirera-t-il la leçon de la gifle magistrale que son peuple vient de lui asséner et changera-t-il son fusil d’épaule, ou poursuivra-t-il dans la même voie désastreuse que lui a tracée son ami génocidaire Benyamin Netanyahu ?