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Retraites en Tunisie : un pays qui vieillit, des caisses sous pression et un débat qui dépasse la seule question de l’âge

Talel Bahoury
2026/10/28 at 12:59 PM
par Talel Bahoury 8 Min Lecture
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Retraites et l'IRPP
Retraites et l'IRPP
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Les 60 ans et plus représentaient 16,9 % de la population tunisienne en 2024, contre 11,6 % dix ans plus tôt. Alors que les caisses sociales accusent un déficit cumulé de plusieurs milliards de dinars, repousser l’âge de départ à la retraite ne suffirait pas : la question du nombre des cotisants s’impose.

La Tunisie vieillit, et les chiffres du Recensement général de la population et de l’habitat 2024, publiés par l’Institut national de la statistique (INS), le confirment. Les 60 ans et plus pèsent désormais 16,9 % de la population, contre 11,6 % en 2014. Les 15-59 ans passent de 64,5 % à 60,3 %. L’âge moyen atteint 35,5 ans. En cause : l’allongement de la durée de vie (c’est une bonne chose) et, surtout, une fécondité en recul continu, tombée à 1,54 enfant par femme (c’est moins bon par contre), nettement sous le seuil de renouvellement des générations. Les projections de l’INS à l’horizon 2054 vont dans le même sens : la population pourrait continuer de croître, mais avec davantage de personnes âgées et moins de jeunes.

Contents
Les 60 ans et plus représentaient 16,9 % de la population tunisienne en 2024, contre 11,6 % dix ans plus tôt. Alors que les caisses sociales accusent un déficit cumulé de plusieurs milliards de dinars, repousser l’âge de départ à la retraite ne suffirait pas : la question du nombre des cotisants s’impose.Un système conçu pour une autre époqueRepousser l’âge de départ : une réponse insuffisanteFaire cotiser davantage de travailleursUn choix de société

Un système conçu pour une autre époque

Le régime par répartition, instauré après l’indépendance pour les cotisations et les retraites de la CNSS et de la CNRPS, est resté viable jusqu’aux années 2000. Il repose sur un principe simple : les cotisations des actifs financent les pensions des retraités. Tant que les cotisants sont plus nombreux, l’équilibre tient. Quand leur nombre progresse moins vite que celui des bénéficiaires, alors la pression monte, comme nous l’explique un démographe.

À l’époque, explique-t-il, on comptait quatre actifs pour un retraité et l’espérance de vie moyenne était de 65 ans. Elle atteint aujourd’hui 76 ans et le rapport serait tombé à un actif pour un retraité. D’autres données communiquées récemment précisent le ratio serait passé d’environ 8,3 à 2,3, avec un risque de se rapprocher d’un actif pour un retraité à l’horizon 2031si la tendance se poursuit. Ces projections demandent de la prudence, mais elles donnent la mesure du défi, comme l’affirme le Pr Hafedh Lamouri, ancien ministre et ex-Pdg de la CNSS. En moyenne, les cotisations d’un salarié ne couvrent que huit ans de retraite.

La démographie ne crée pas à elle seule le déficit, mais elle transforme progressivement un problème financier en problème structurel.

Repousser l’âge de départ : une réponse insuffisante

C’est l’idée qui vient d’abord : partir plus tard, c’est cotiser plus longtemps et percevoir moins longtemps. Sur le papier, la logique est claire. Dans les faits, même un départ à 65 ans ne résorberait pas le déficit, selon certains spécialistes que nous avons interrogés. Reste alors une seule autre option, jugée bien évidemment inacceptable : réduire la valeur des pensions.

La mesure se heurte en outre à plusieurs obstacles. D’abord, il est évident que tous les salariés ne vieillissent pas de la même façon : un cadre, un enseignant, un médecin ou un consultant peuvent éventuellement prolonger leur activité dans de bonnes conditions. Ce qui est très différent pour un ouvrier, un salarié agricole ou un travailleur du bâtiment. Par conséquent, une réforme uniforme risquerait donc de creuser les inégalités entre catégories professionnelles.

Il y a aussi la question de l’emploi des jeunes, dans un pays où leur chômage reste élevé. Repousser les départs peut nourrir l’idée d’une concurrence entre générations, même si le lien n’est pas automatique : le poste d’un senior n’aurait pas forcément été attribué à un jeune. Enfin, encore faut-il que les entreprises puissent employer et valoriser des salariés plus âgés. Ce qui suppose d’adapter les conditions de travail, les parcours et, probablement, les modalités de fin de carrière, expliquent les spécialistes des caisses sociales.

Faire cotiser davantage de travailleurs

L’autre levier tient au nombre de cotisants. Une partie importante de la population active travaille dans l’informel ou dans des formes d’emploi qui offrent une couverture sociale limitée. Les données disponibles indiquent qu’une proportion significative des personnes employées n’a pas de couverture contributive complète : certains indépendants, des travailleurs agricoles et familiaux, les nouvelles formes d’activité.

Voilà une très fausse bonne nouvelle que rejette le Pr Lamouri (lire ici son interview). Or, le ministère des Affaires sociales en fait l’un des défis de la réforme de la protection sociale, en citant les travailleurs du secteur informel, les indépendants, les travailleurs agricoles et ceux de l’économie des plateformes. Chaque travailleur qui passe de l’informel au formel devient un cotisant potentiel, et chaque entreprise qui déclare davantage de salariés élargit l’assiette de financement.

Des formules plus souples de fin de carrière sont également évoquées : retraite progressive, temps partiel, transmission des compétences, mentorat, cumul encadré entre activité et retraite. Elles permettraient de garder des compétences parfois difficiles à remplacer tout en offrant une sortie plus graduelle de la vie active. Elles supposent toutefois de se pencher sur les conditions de travail des seniors (lire ici notre article), la formation continue et la lutte contre les discriminations liées à l’âge.

Un choix de société

Tous les spécialistes et autres experts que nous avons interrogés sont d’accord pour souligner que « la réforme des retraites ne peut être isolée de celle du marché du travail. Elle pourrait jouer à la fois sur l’âge de départ, la fin de carrière, l’emploi des seniors, l’insertion des jeunes, la formalisation de l’économie et l’élargissement de l’assiette ». Dans cette optique, le département des Affaires sociales prépare une réforme structurelle de la protection sociale, « qui doit tenir compte de la transformation démographique et de l’évolution des formes d’emploi ». En plus, la diversification des ressources est aussi présentée comme une piste importante.

Pour ce faire, il est indispensable de repenser l’ensemble du système avec les syndicats et les salariés, pour mettre en place un nouveau régime social. Mais la question de fond reste celle d’un choix sociétal et économique : qui paiera, l’entreprise, le salarié, l’État, ou tous à la fois ? Toujours est-il qu’il n’existe pas, et n’existera pas, de solution idéale. Plusieurs pays ont affronté ce problème, aucun n’a trouvé de solution miracle.

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MARQUÉE: Caisses sociales, CNRPS, CNSS, cotisations, Retraités
Talel Bahoury 28 octobre 2026
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