En 1972, l’Assemblée générale des Nations Unies a instauré la Journée mondiale d’information sur le développement (résolution 3034(XXVII)). L’idée tient en une phrase : le développement n’avance que si les citoyens, et d’abord les jeunes, en comprennent les enjeux. Elle est célébrée chaque 24 octobre, comme la Journée des Nations Unies, et l’actualité lui donne aujourd’hui un poids particulier.
L’aide publique au développement des pays du Comité d’aide au développement de l’OCDE a reculé de 23,1 % en 2025, la plus forte baisse jamais enregistrée. Elle devrait encore diminuer de 6,9 % en 2026, et les principaux bailleurs ont programmé des réductions au moins jusqu’en 2028. Derrière ces pourcentages, il y a des dispensaires, des écoles et des programmes humanitaires qui ralentissent.
La Tunisie n’est pas à l’écart de ce mouvement. Elle a reçu 1,23 milliard de dollars d’aide publique au développement nette en 2023, dont 170 millions alloués par les États-Unis, selon les données de la Banque mondiale. Cette aide reste fortement concentrée autour d’un nombre limité de partenaires, si bien que le repli d’un seul grand bailleur se ressent vite sur les projets de terrain. Le texte de l’ONU rappelle que des millions de personnes restent sous-alimentées, sans instruction ou au chômage, et que le développement échoue si les privilèges indus et les écarts extrêmes de richesse persistent. Mobiliser l’opinion n’est donc pas un exercice de communication. Les pays riches doivent expliquer pourquoi l’effort est commun, et les pays en développement doivent dire ce qu’il apporte et ce qu’il coûte. Cette tâche revient d’abord aux acteurs nationaux : écoles, médias, institutions.
Le savoir est l’autre terrain de cette inégalité. Dans le monde, environ 2,2 milliards de personnes restent hors ligne, surtout dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. En Tunisie, 85,9 % des 10-70 ans utilisent Internet, mais les écarts sont nets : 99,2 % chez les 18-24 ans contre 54,1 % chez les 60-70 ans, 23 % chez les personnes non scolarisées, et 69,1 % chez celles gagnant au plus 600 dinars contre 95,9 % à partir de 2 500 dinars. La géographie compte aussi : l’accès à Internet atteint 85,6 % à Ben Arous, mais 59,7 % à Sidi Bouzid. Et 73,9 % des ménages n’ont pas d’ordinateur, un taux qui atteint 90,2 % en milieu rural.
Pour l’ONU, la réponse passe par la recherche, des technologies adaptées à chaque pays, des infrastructures, des compétences et des transferts de technologie à des conditions convenues d’un commun accord.
Alors que l’aide recule, informer sur le développement devient plus nécessaire que jamais : une opinion qui ne comprend pas l’enjeu ne soutiendra pas l’effort.