Prime de lait, avantages à l’étranger, prime de production : à l’ONTT, des droits que le syndicat juge acquis ont été supprimés sur simple recommandation de contrôle. Il exige un réexamen.
La partie syndicale de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT) conteste une série de mesures prises à la suite de rapports des instances de contrôle. Dans un courrier daté du 28 septembre 2026, publié sur la page du Syndicat de base de l’ONTT, rattaché à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), il exprime notamment ses réserves concernant la prime de lait, les frais de travail, les avantages accordés aux agents en poste à l’étranger ainsi que la prime de production.
Le document est adressé au directeur général de l’Office. Le ministre du Tourisme, autorité de tutelle, y figure également comme destinataire. Le syndicat y admet la légitimité du contrôle en tant que tel. Mais il soutient que certaines recommandations ont abouti à priver des agents de droits qu’il juge acquis, dont certains seraient consacrés par des textes vieux de plusieurs décennies.
Selon ses auteurs, plusieurs de ces dossiers avaient déjà donné lieu à des échanges avec l’administration, restés quasiment sans réponse, hormis une réunion organisée en octobre 2025. Le syndicat dit avoir jusqu’ici préféré le dialogue, les propositions et la recherche de solutions à la protestation, à l’escalade ou au recours à la justice, au nom de l’intérêt de l’établissement et des finances publiques.
Une liste de mesures contestées
Parmi les décisions visées, le syndicat cite la suppression de la prime de lait versée à certains agents, celle d’une prime liée aux frais de travail et le retrait de fonctions confiées à certains cadres, motivé par le fait qu’elles ne figureraient pas dans l’organigramme.
Les agents de l’ONTT affectés à l’étranger sont aussi concernés. Le syndicat dénonce la remise en cause d’avantages qu’il qualifie d’« historiques » : prise en charge du transport des bagages et du mobilier, assurance maladie, frais de scolarité des enfants.
La prime de production constitue un autre point de désaccord. Le syndicat conteste la suppression d’une partie de celle-ci et insiste sur la « prime de production complémentaire ». Il indique avoir retrouvé des textes de 1988 qui encadrent cet avantage et rejette donc l’argument selon lequel il serait dépourvu de base juridique.
À l’appui de sa démarche, il invoque notamment les statuts de l’ONTT de 1975 et de 1999, ainsi que divers textes réglementaires, décisions administratives, dispositions du Code du travail et articles de la Constitution de 2022.
Le poids des recommandations de contrôle en débat
L’argumentation syndicale repose pour l’essentiel sur la portée des rapports de contrôle. La section syndicale déclare respecter le rôle de ces instances dans la protection des deniers publics et l’amélioration de la gouvernance des établissements publics. Elle estime toutefois que leurs observations et recommandations ne peuvent prendre le pas sur la législation et les textes réglementaires en vigueur.
Une simple recommandation ne suffirait donc pas, à ses yeux, à supprimer un avantage qui repose sur une assise juridique. Le courrier invoque l’article 110 du statut de l’ONTT de 1999, que le syndicat interprète comme une protection des droits acquis par les agents à l’entrée en vigueur de ce statut.
Le syndicat ne conteste pas l’existence de problèmes de gestion. Il reconnaît que les travaux de contrôle ont révélé des défaillances touchant notamment l’organisation administrative, le suivi de certains dossiers ou l’achèvement de procédures. Mais il refuse que les agents en supportent les conséquences, dès lors qu’il attribue ces dysfonctionnements à l’administration.
L’organigramme illustre, selon lui, cette situation. Des cadres auraient perdu leurs fonctions parce que celles-ci ne figuraient pas dans la structure officielle. Or, d’après le courrier, la révision de cet organigramme est bloquée depuis plusieurs années, malgré des travaux engagés en 2019. Un projet aurait été élaboré puis soumis au conseil de l’établissement en 2020, avant d’être présenté de nouveau en décembre 2022, sans que le processus n’aboutisse. Les cadres concernés n’ont donc pas, pour la partie syndicale, à pâtir de ce retard.
Le courrier revient aussi sur la prime liée aux frais de travail. Le syndicat précise qu’elle avait été prévue notamment pour certains agents chargés du traitement informatique et affirme qu’elle a été versée régulièrement depuis 2019, avant d’être interrompue pendant certains mois. Il rejette là encore l’idée que les agents puissent être tenus responsables de procédures administratives éventuellement restées inachevées.
Ce que réclame le syndicat
Le syndicat attend des réponses précises sur chacun des dossiers soulevés et demande que soit revue la manière dont certaines recommandations des instances de contrôle ont été appliquées. Il sollicite aussi l’intervention des autorités concernées pour accélérer les réformes en suspens, en particulier celle de l’organigramme.
Il demande par ailleurs que le conseil d’administration de l’ONTT se réunisse plus rapidement afin de trouver des solutions, de protéger les droits des agents et d’épargner à l’établissement des contentieux qui, selon lui, pourraient peser sur ses finances et sa réputation.
Le syndicat souhaite en outre que les responsabilités soient établies lorsque des dysfonctionnements administratifs ont causé un préjudice. Il met en garde contre ce qu’il considère comme une application à géométrie variable des recommandations de contrôle, et cite à ce titre les avantages des agents affectés à l’étranger ainsi que certaines primes.
Le courrier se termine sur un ton plus ferme. Tout en disant vouloir continuer à privilégier la réforme et le dialogue, la partie syndicale prévient qu’elle ne renoncera pas à défendre ce qu’elle tient pour des droits acquis. Elle évoque expressément la possibilité de saisir les instances de contrôle, le tribunal administratif et les autorités supérieures, ainsi que de recourir aux médias et à la justice.
Au-delà de quelques primes, le syndicat soulève ainsi une question plus large : celle de la frontière entre la correction des dysfonctionnements de gestion et la remise en cause d’avantages qu’il considère comme des droits acquis. La direction de l’ONTT et sa tutelle sont désormais appelées à y répondre.