Nouvelle offensive commerciale turque en vue, et nouvelle occasion de s’interroger sur la position réelle de la Tunisie dans ce genre de partenariats. La Chambre de commerce et d’industrie de Tunis (CCIT) annonce, en collaboration avec l’Association des exportateurs de l’industrie automobile d’Uludağ (OİB), l’organisation de rencontres B2B le 5 octobre 2026 à Tunis, réunissant des entreprises tunisiennes et turques du secteur automobile et des pièces de rechange.
Sur le papier, l’initiative a tout de la bonne nouvelle : une délégation turque composée des spécialistes dans les filières du freinage, de la direction, de la suspension, de la transmission, des joints d’étanchéité, des filtres, des véhicules utilitaires et des engins de construction, vient à la rencontre des professionnels tunisiens, sous l’égide du ministère turc du Commerce. Mais à y regarder de plus près, le déséquilibre saute aux yeux avant même la première poignée de main.
Un rapport de force qui ne dit pas son nom
L’industrie automobile turque affiche des exportations dépassant 41,5 milliards de dollars en 2025, vers plus de 200 pays, et l’OİB représente à elle seule plus de 10 000 entreprises exportatrices.
Face à cette machine industrielle, la Tunisie se positionne essentiellement comme un terrain de chasse pour led importateurs, les distributeurs et les concessionnaires. Autrement dit, elle a plus un rôle d’acheteur que de partenaire industriel égal.
Un communiqué de la CCIT évoque pudiquement des « possibilités d’approvisionnement » et de « coopération ». Mais la logique de fond resterait celle d’un marché à conquérir pour des fabricants qui cherchent de nouveaux débouchés; pas celle d’un transfert de savoir-faire ou d’investissement productif local.
D’ailleurs, rien dans le document ne mentionne un projet d’implantation d’usine, de coentreprise, de transfert technologique ou d’engagement d’investissement turcs en Tunisie. On parle plutôt de rencontres, d’échanges, de mise en relation, le vocabulaire classique d’un salon commercial, pas d’un partenariat industriel structurant. Pour un secteur tunisien des pièces automobiles qui peine depuis des années à monter en gamme et à se positionner sur la chaîne de valeur régionale, ce type d’événement risque, une fois de plus, de se solder par des contrats d’importation plutôt que par une réelle intégration industrielle.
La question qui reste sans réponse
Combien de ces rencontres B2B, année après année, débouchent sur autre chose que des commandes ponctuelles ? La CCIT et les autorités tunisiennes gagneraient à préciser ce que le pays retire concrètement de ce type de mission – au-delà de l’accès facilité aux produits turcs – et si un cadre est prévu pour encourager la production ou la sous-traitance locale plutôt que la simple importation. Sans cela, cette « coopération » ressemble surtout à une opération de développement commercial turque, habillée en partenariat gagnant-gagnant.