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L’édito de Hédi Mechri – Du choc pétrolier au déclin industriel : le prix exorbitant de l’inaction

Hédi Mechri
2026/09/26 at 1:03 PM
par Hédi Mechri 12 Min Lecture
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Le temps, a-t-on coutume de dire, c’est de l’argent. De fait, il n’y a pas plus cher que le temps. Son prix est exorbitant, il se paie le plus souvent dans le désordre et la douleur, allant même, en cas d’inertie et d’immobilisme, jusqu’à provoquer des crises économiques et des troubles sociaux que l’inaction cherche à éviter. On en est là aujourd’hui faute d’avoir intégré et pris conscience du coût de l’inaction, de la passivité, de la non-réforme, voire de l’absence de réactivité d’une impérieuse nécessité.

Contents
Les arbres ne montent pas au ciel, pas le pétrole, qui dépasse désormais la barre fatidique de 100 $ le baril. Le choc est d’une violence inouïe.Les ventes à l’export de dattes et d’huile d’olive ont colmaté les brèches et bouché quelques trous de notre balance commerciale. Pas de quoi pavoiser : c’est moins rassurant qu’on ne le croit.Le pays n’a plus droit à l’erreur, à l’improvisation, à la division, à une faillite morale et éthique. La crise, en dépit des difficultés du moment, est devant nous sans que l’on sache ce qu’elle nous réserve.Il faut davantage de cohésion sociale et de solidarité nationale. L’état de nos fondamentaux est si abîmé qu’il faut dans l’immédiat libérer les énergies pour que le pays retrouve la puissance de son génie national…Cet éditorial a été publié dans le magazine L’Économiste maghrébin n°954 du 23 septembre au 7 octobre 2026, sous le titre « Crise ».

L’agression américano-israélienne contre l’Iran a mis le feu aux poudres et enflammé le cours du baril sans que cela, paradoxalement, n’éveille chez nous la moindre inquiétude, ou ne suscite un quelconque ajustement des prix pour prévenir l’explosion du déficit budgétaire.

Pour mémoire, la loi de finances 2026 tablait sur un prix de 64 $ le baril, moyennant un déficit commercial et des subventions conséquentes au point de grever les investissements d’avenir à la charge de l’État. Depuis le déclenchement des hostilités – soit près de 7 mois –, les cours n’ont cessé de grimper, suivant en cela l’intensité des bombardements, des destructions des installations pétrolières dans la région et, pour finir, la fermeture du détroit d’Ormuz par où transite plus de 20% des exportations de pétrole et de gaz.

Les arbres ne montent pas au ciel, pas le pétrole, qui dépasse désormais la barre fatidique de 100 $ le baril. Le choc est d’une violence inouïe. Le déficit de la balance commerciale explose pour atteindre, au terme des huit premiers mois de l’année, 17,8 milliards de dinars contre 14,6 milliards l’année dernière à la même époque et 11,6 milliards en 2024. Le taux de couverture des importations par les exportations chute à 71,4 %, soit son plus bas historique.

 

Les arbres ne montent pas au ciel, pas le pétrole, qui dépasse désormais la barre fatidique de 100 $ le baril. Le choc est d’une violence inouïe.

 

La facture énergétique s’élève à 8,9 Mrds DT, la moitié, pour ainsi dire, du déficit commercial. Pointer du doigt notre seule dépendance énergétique ne résout pas le problème, n’enlève rien des fragilités de notre appareil productif et n’efface pas les signes de notre déclin industriel. L’équation est aussi simple qu’implacable : moins on produit, faute d’investissements nouveaux et d’innovation, plus il faut faire appel aux produits étrangers. Avec pour corollaire la montée des déficits et de l’endettement extérieur notamment. Une situation d’autant plus apocalyptique aujourd’hui que le déficit énergétique – 8,9 Mrds DT, – stérilise à lui seul la totalité des revenus de transfert des TRE et des recettes touristiques qui tempéraient nos besoins de financement extérieur. Pour le reste, il faut s’en tenir à la clémence du bon Dieu : en 2025-2026, la pluie a voté pour nous. Les ventes à l’export de dattes et d’huile d’olive ont colmaté les brèches et bouché quelques trous de notre balance commerciale. Pas de quoi pavoiser : c’est moins rassurant qu’on ne le croit. Et pour cause ! Les exportations industrielles marquent de nouveau le pas et affichent de graves signes d’essoufflement, voire de dépérissement.

 

Les ventes à l’export de dattes et d’huile d’olive ont colmaté les brèches et bouché quelques trous de notre balance commerciale. Pas de quoi pavoiser : c’est moins rassurant qu’on ne le croit.

 

La vente de produits phosphatiers est, contre toute attente, en chute libre alors qu’elle est à son plus bas historique en raison de l’effondrement du secteur. L’industrie textile, jadis fer de lance des exportations industrielles, décroche, même si, par certains endroits et dans certaines niches assez pointues, de vraies pépites s’illustrent par leur dynamisme et leur capacité d’adaptation.

Le déclin industriel est inscrit dans les statistiques des quinze dernières années. Le délestage d’électricité et les pénuries d’eau minérale au plus fort de la canicule ne relèvent pas de simples accidents de parcours. Ils s’inscrivent dans l’ordre d’un désarmement et d’un déclassement industriels dont on mesure aujourd’hui les effets. L’offre de produits n’est plus au niveau de nos attentes et de notre potentiel de développement qui s’amenuise. La croissance potentielle est moitié moindre de ce qu’elle était 15 ans plus tôt. Et pas à cause des seules considérations conjoncturelles, des bouleversements géopolitiques et des réorganisations des chaînes d’approvisionnement et de valeur. Le phénomène prend sa racine ici même en raison de l’absence de vision stratégique, de la chute inexorable de la productivité et de la dégradation de la compétitivité de nos entreprises.

Pour preuve, la loi de finances 2026 prévoyait une croissance de 3,2 % ; elle sera au mieux, selon les prévisions de la BM et du FMI, de l’ordre de 2,1 % ou 2 %. Avant de décliner de nouveau en 2027 quand il faudra solder les comptes de 2026, qui vont plonger le pays dans une effroyable austérité. Le gouvernement sera confronté à des déficits jumeaux stratosphériques qu’il ne saura, à l’avenir, financer par le seul recours à la BCT ou auprès des banques locales sans allumer de nouveau les feux de l’inflation – sous l’effet de la planche à billets – ou sans assécher le financement de l’économie par effet d’éviction. Mission d’autant plus difficile qu’en s’obstinant dans le refus de renouer le fil du dialogue avec le FMI, les possibilités de financement extérieur seront limitées et par trop coûteuses. Et ce ne sont pas les appréciations des agences de notation – la dernière en date, celle de Fitch Ratings, étant B- avec perspective stable – qui nous gratifient du titre de pays à risque qui va nous baliser la voie des marchés financiers et des organismes financiers institutionnels.

 

Le pays n’a plus droit à l’erreur, à l’improvisation, à la division, à une faillite morale et éthique. La crise, en dépit des difficultés du moment, est devant nous sans que l’on sache ce qu’elle nous réserve.

 

Les perspectives de croissance sont moins rassurantes qu’elles devraient l’être. Elles sont bien loin de ce qu’il faut pour redresser l’économie, stabiliser le chômage, l’inflation et prévenir les tensions sociales. L’heure est grave, elle est rendue encore plus complexe et plus incertaine par le déploiement – sur de vastes échelles – de guerres devenues le principal vecteur de reconfiguration de l’ordre économique mondial. Le pays n’a plus droit à l’erreur, à l’improvisation, à la division, à une faillite morale et éthique. La crise, en dépit des difficultés du moment, est devant nous sans que l’on sache ce qu’elle nous réserve. Gardons-nous des errements aux effets toxiques et terriblement dangereux. En économie, il n’y a pas de mystère, il n’y a pas de miracle non plus. Le succès est certes au bout de l’effort, mais cela ne saurait suffire. Il doit être accompagné d’un discours vrai et juste, d’une vision d’avenir, d’une culture empreinte d’action et de méthode, d’une cohérence dans le choix et les décisions, et du maître mot : la confiance. Nous n’avons d’autres choix que de resserrer les rangs, d’en finir avec les discours clivants et les promesses sans lendemain. Il faut davantage de cohésion sociale et de solidarité nationale. L’état de nos fondamentaux est si abîmé qu’il faut dans l’immédiat libérer les énergies pour que le pays retrouve la puissance de son génie national… Il y a besoin, il y a nécessité de réconcilier les Tunisiens avec leurs entreprises en réhabilitant leurs dirigeants aujourd’hui stigmatisés, ostracisés, désignés à la vindicte populaire. Il ne devrait pas y avoir d’opposition entre réconciliation nationale et réconciliation pénale, sans a priori et suspicion d’aucune sorte.

 

Il faut davantage de cohésion sociale et de solidarité nationale. L’état de nos fondamentaux est si abîmé qu’il faut dans l’immédiat libérer les énergies pour que le pays retrouve la puissance de son génie national…

 

La relance de l’investissement et le redressement de l’économie ne se décrètent pas, ils se construisent désormais au moyen d’une politique monétaire et fiscale qui promet et promeut plus qu’elle n’inhibe. À charge notamment pour l’Administration centrale – de l’aveu même du président de la République – de modérer et de calmer son appétit fiscal. L’impôt est perçu comme un substitut à l’incapacité de réformer. Oser les nécessaires réformes structurelles plutôt que de priver les entreprises des ressources nécessaires pour leurs investissements et les contribuables de pouvoir d’achat, provoquant ainsi l’arrêt des deux principaux moteurs de la croissance.

Trop d’impôt tue l’impôt, ouvre la voie à la fraude ; l’évasion fiscale fait le lit de l’économie souterraine et agit comme une arme de destruction massive de richesses et d’emplois formels. Ce dont le pays a besoin pour promouvoir l’investissement et amorcer notre réarmement industriel, c’est d’une fiscalité juste et équitable qui libère l’investissement et la croissance et jette les fondements d’un État social, étant entendu qu’il ne pourrait y avoir de véritables politiques de redistribution sans création de richesses. Le choix n’est pas entre un modèle social et un modèle économique. Le croire serait pure illusion.

 

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Cet éditorial a été publié dans le magazine L’Économiste maghrébin n°954 du 23 septembre au 7 octobre 2026, sous le titre « Crise ».

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MARQUÉE: Edito, Hedi Mechri
Hédi Mechri 27 septembre 2026
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