C’est désormais à Madrid que se joue le sort de Fergie Chambers. Interpellé le 10 juillet à Ibiza sur demande de la justice américaine, cet héritier fortuné, connu pour son militantisme en faveur de la Palestine et son ancien rôle de bienfaiteur du Club Africain, attend que l’Espagne se prononce sur son extradition vers les États-Unis.
Le nerf de l’affaire tient à un mouvement de fonds : 7,5 millions de dollars envoyés vers la Tunisie, dont l’origine et la destination opposent deux lectures irréconciliables. D’un côté, les enquêteurs américains, qui viennent de dévoiler le contenu de la notice rouge émise par Interpol. Ce document, révélé par le quotidien El País, retient trois motifs d’inculpation : blanchiment de capitaux, participation à une émeute et complot en vue d’en organiser une. Il évoque également des versements suspects vers des structures actives à Gaza, que Washington juge « potentiellement rattachées au Hamas ». D’après Al Jazeera, les autorités américaines vont plus loin en avançant que cet argent aurait fini par bénéficier au mouvement islamiste palestinien, une accusation dont les contours exacts restent scellés, l’acte d’accusation n’ayant pas été rendu public.
De l’autre côté, l’entourage de Chambers livre une tout autre explication. Stella Schnabel, sa compagne, assure que la somme provenait de son patrimoine personnel et qu’elle avait transité vers la Tunisie simplement parce que le couple y vivait à l’époque. Une partie de ces fonds aurait servi à des œuvres caritatives ainsi qu’au sauvetage financier du Club Africain, sacré champion de Tunisie pour la saison 2025-2026 : apurement de dettes, règlement de salaires impayés, remise en état du centre d’entraînement et création de terrains pour les catégories jeunes.
Le volet tunisien ne représente toutefois qu’une facette d’un engagement bien plus large. Selon ses conseils juridiques, Chambers aurait mobilisé plus d’un million de dollars pour financer des programmes humanitaires à Gaza, destinés notamment à l’approvisionnement alimentaire, à l’accès à l’eau et aux soins de santé.
C’est sur cette générosité affichée que repose désormais toute la stratégie de défense du milliardaire. Son équipe d’avocats, où siège l’ex-magistrat espagnol Baltasar Garzón, plaide que les poursuites américaines relèvent d’un règlement de comptes politique, motivé par les positions pro-palestiniennes assumées de leur client, et, selon eux, par celles du gouvernement espagnol actuel. Stella Schnabel va plus loin en redoutant qu’une extradition n’établisse « un précédent glaçant pour quiconque s’engage dans l’aide humanitaire aux Palestiniens ».
Ce discours a trouvé un écho concret dans la rue. Les 5 et 6 septembre, des collectifs présentés par la presse espagnole comme « anti-impérialistes » ont battu le pavé en plein centre de Madrid, scandant « Free Fergie Chambers » pour exiger sa remise en liberté et fustiger une extradition orchestrée, selon eux, par l’administration Trump.
La décision espagnole est désormais suspendue à un facteur supplémentaire : la dimension éventuellement politique des poursuites, qui pourrait influencer l’issue de la procédure. En toile de fond, la Tunisie se trouve happée, malgré elle, dans un feuilleton où se mêlent transactions financières, ferveur militante et accusations de soutien à une organisation combattante. Reste à savoir si les 7,5 millions de dollars correspondent réellement aux œuvres sportives et caritatives revendiquées par Chambers, ou si les enquêteurs américains détiennent des preuves allant au-delà de ce que le secret de l’instruction laisse aujourd’hui filtrer.
Affaire à suivre.