Le 11 septembre 2001, quatre avions détournés ont fait basculer l’Histoire contemporaine dans une nouvelle ère. Vingt-cinq ans plus tard, le quart de siècle qui nous sépare du jour où le ciel de New York s’est teinté de poussière et d’effroi offre le recul nécessaire pour mesurer l’ampleur de ce séisme, à la fois politique et humain.
En effet, entre ruptures géopolitiques majeures et blessures humaines indélébiles, le 11-Septembre n’est pas seulement un événement à commémorer : c’est la matrice du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Les événements au Moyen-Orient, la guerre de la Russie contre l’Ukraine, la situation de ni guerre ni paix entre la Chine et Taïwan, ou encore le Sahel et la Corne de l’Afrique, etc. sont là pour en témoigner.
La rupture géopolitique : de l’hyperpuissance aux décombres du XXIe siècle
Au tournant du millénaire, les Etats-Unis d’Amérique vivaient dans l’illusion de « fin de l’Histoire ». L’effondrement du bloc soviétique, avec la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, laissait place à une hyperpuissance sans rival apparent. Mais c’était sans compter une force puissante qui se préparait dans l’ombre. Ainsi, l’attaque coordonnée par Al-Qaïda est venue briser cette invulnérabilité perçue, démontrant la vulnérabilité extrême d’une nation face à la menace asymétrique du terrorisme transnational.
Comme réponse, Washington proclama la « guerre globale contre la terreur » ; un choix stratégique qui va redessiner la carte politique mondiale, mais pas comme le voulait l’Amérique. Car les invasions de l’Afghanistan en 2001, puis de l’Irak en 2003, qui devaient réorganiser le Moyen-Orient sous le signe de la démocratie libérale, n’ont servi qu’à apporter du chaos au chaos.
Du reste, vingt-cinq ans plus tard, le bilan est très amer. L’interventionnisme militaire a coûté des milliers de milliards de dollars aux contribuables, déstabilisé durablement des régions entières (Proche et Moyen-Orient entre autres) et suscité des réactions en chaîne complexes. Le retrait tragique et précipité de Kaboul en 2021 aura symboliquement refermé ce chapitre, laissant le pouvoir aux mains des mêmes Taliban qu’en 2001. Avec les conséquences humaines qu’on connaît aujourd’hui.
Pire encore, l’onde de choc s’est propagée à l’échelle globale. Les libertés publiques ont souvent cédé du terrain au profit de la doctrine de sécurité nationale – du Patriot Act à la surveillance de masse. La géopolitique mondiale s’est fragmentée, laissant le rôle d’arbitre mondial affaibli et accélérant l’émergence d’un monde multipolaire, marqué par l’affirmation de nouvelles puissances comme la Chine.
L’épaisseur humaine : sous la géopolitique, le sang et la mémoire
Cela étant, réduire le 11-Septembre à ses conséquences géopolitiques serait pourtant oublier ce qu’il fut d’abord : un drame humain d’une violence inouïe. 2 977 personnes innocentes auraient perdu la vie à New York, au Pentagone et dans un champ de Shanksville.
Derrière l’effondrement spectaculaire des Tours Jumelles, il y a eu des destins brisés en une fraction de seconde. Des employés arrivés tôt au bureau, des équipages de bord, des pompiers et des secouristes grimpant les escaliers à contresens du danger. Vingt-cinq ans plus tard, la douleur des familles n’a pas disparu ; elle a simplement changé de forme.
Cette tragédie s’est aussi prolongée dans le temps. Des milliers de personnes (premiers répondants, résidents du Lower Manhattan) ont développé des maladies graves liées à l’inhalation des poussières toxiques de Ground Zero. À l’autre bout de la chaîne humaine, au Moyen-Orient, des centaines de milliers de civils ont payé de leur vie les contrecoups de cette guerre contre le terrorisme. Le drame humain est universel et sans frontière. Ailleurs encore et de façon plus globale, tous les musulmans – ou presque – à travers le monde, des Etats-Unis, en Chine en passant l’Europe, l’Asie… continuent de payer ou de subir ces actes inconsidérés d’une poignée d’individus embrigadés malgré eux par des fanatiques d’un autre âge.
Un héritage en partage
Vingt-cinq ans après, une nouvelle génération est entrée dans l’âge adulte sans avoir aucun souvenir direct de ce 11 septembre 2001. Pour elle, cet événement appartient aux livres d’histoire au même titre que la chute du mur de Berlin. Pourtant, les règles de son quotidien : des contrôles dans les aéroports à la méfiance numérique, en passant par la montée des populismes et du repli identitaire, découlent directement de ce jour-là.
Le quart de siècle écoulé nous enseigne une leçon fondamentale : la sécurité et la force militaire ne remplacent pas – ou ne devraient pas remplacer – la diplomatie, le droit international et la compréhension mutuelle. Allez le dire à certains dirigeants.
En ce 25e anniversaire, honorer la mémoire des victimes exige davantage que des discours officiels sur les lieux de mémoire. Cela impose de porter un regard lucide sur le quart de siècle écoulé pour réapprendre à construire des ponts plutôt que des murs.
Dans un monde plus instable que jamais, la véritable résilience réside dans notre capacité à préserver notre humanité commune face à la barbarie et aux tentations de la division.
Ce monde instable est, hélas !, incarné par trois personnes qui font fi du droit international, qui se croient tout permis. Nous avons nommé le président américain Donald Trump, le président russe Vladimir Poutine – au grand dam de ceux qui le défendent aveuglement -, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.