Pour une promesse, c’est une belle promesse, comme dirait l’autre. Elle a été faite lors d’une séance de travail ministérielle, tenue mardi 18 août 2026 à La Kasbah, consacrée à l’examen des grandes directions pour la réforme du système de sécurité sociale.
Présidée par la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, cette séance s’inscrit dans le cadre des efforts pour développer les performances du système, améliorer ses services et renforcer sa capacité à suivre les transformations démographiques, sociales et économiques, et à répondre au développement du marché du travail, à la diversification des chemins professionnels et aux changements dans les besoins en matière de sécurité sociale..
Pour ce faire, le gouvernement promet une refonte en profondeur de la sécurité sociale tunisienne, avec l’annonce de Sarra Zaafrani du lancement immédiat de la préparation des textes nécessaires à une réforme présentée comme « structurelle ». Une première étape qui laisse toutefois ouvertes les principales questions : financement, équilibre des caisses, niveau des cotisations, avenir des retraites et accès effectif à la couverture sociale.
L’exécutif veut adapter le système aux mutations démographiques, économiques et sociales du pays, notamment au vieillissement de la population, à la transformation du marché du travail, à la progression de l’économie informelle et à la multiplication des statuts professionnels. Le gouvernement promet un système plus inclusif, plus efficace et mieux adapté aux nouveaux parcours professionnels.
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Un diagnostic connu, des réponses encore floues
À l’ouverture de la réunion, Sarra Zaafrani Zenzri a appelé à dépasser les « solutions circonstancielles ou partielles » et à privilégier une réforme globale fondée sur la justice sociale et l’équité. Le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, a de son côté présenté un état des lieux des régimes de retraite, de sécurité sociale et de couverture sanitaire, indique la présidence du gouvernement.
Le diagnostic n’est pas nouveau. Le vieillissement démographique, le développement du secteur informel et l’évolution des formes d’emploi fragilisent un système conçu pour une réalité professionnelle désormais dépassée. Donc, la difficulté réside moins dans l’identification des problèmes que dans la capacité à prendre les décisions nécessaires pour y répondre.
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Le gouvernement entend notamment élargir la couverture sociale aux travailleurs informels, aux agriculteurs, aux pêcheurs, aux indépendants ainsi qu’aux travailleurs de l’économie des plateformes et des nouveaux métiers. Avec un objectif clair : simplifier l’affiliation et d’adapter les mécanismes de protection à des revenus et des parcours professionnels plus irréguliers. Toutefois, cette ambition soulève une question centrale : comment financer l’élargissement de la couverture ? Sans amélioration du recouvrement et augmentation du nombre de cotisants, l’extension des droits risque de rester limitée.
Les régimes de retraite constituent un autre dossier explosif, en ce sens que leur réforme se doit de tenir compte du vieillissement de la population et de la diversification des carrières. Et pour y parvenir, le gouvernement évoque la création, à terme, d’un système de protection sociale « à plusieurs piliers », mais ne précise pas encore les arbitrages qui détermineront son financement et ses effets sur les assurés.
Caisses, santé et numérique dans le même chantier
La réforme doit également toucher la gouvernance des caisses sociales (CNSS et CNRPS). Transparence, contrôle, modernisation comptable, suivi et évaluation figurent parmi les priorités annoncées. Le chantier s’étend au système de santé, avec la volonté de mieux coordonner caisses, établissements sanitaires et prestataires de soins. La prise en charge des médicaments doit être revue, tandis que le gouvernement veut soutenir la production nationale de médicaments essentiels, de vaccins et de technologies de santé.
La numérisation constitue enfin un axe majeur : interconnexion des systèmes, modernisation de l’identifiant social, digitalisation des services et poursuite du dossier médical numérique sont notamment envisagées.
Le gouvernement affirme s’appuyer sur des études et des diagnostics déjà réalisés et promet d’engager immédiatement la préparation des premiers textes. C’est désormais sur ces textes que sera jugée la crédibilité de la réforme. Les annonces devront laisser place à des choix précis sur le financement, les retraites, les cotisations, la couverture des travailleurs informels et la gouvernance des caisses.
Pour l’heure, le gouvernement a fixé une direction. La véritable réforme commencera lorsque les grandes déclarations céderont la place aux arbitrages concrets.