Dans une interview diffusée sur sa chaîne YouTube et réalisée par le journaliste Imed Dabbour, l’ancien ministre de Ben Ali et ancien candidat des présidentielles de 2014 et et 2024 Moncef Znaidi s’exprime de nouveau publiquement après plusieurs années d’absence médiatique. Cette intervention intervient dans un contexte marqué par des enjeux économiques, sociaux et politiques importants en Tunisie. Mais il ne s’arrête pas à ce constat, il insiste sur la nécessité de rassembler l’ensemble des Tunisiennes et des Tunisiens, au-delà des clivages politiques et idéologiques, afin de faire face à une situation qu’il qualifie d’exceptionnelle.
Coupures d’électricité, entreprise publiques et sport tunisien
Selon lui, les difficultés ne se limitent pas aux pénuries d’eau ou aux coupures d’électricité. Elles traduisent des problèmes structurels qui touchent presque tous les secteurs. Les entreprises publiques, autrefois considérées comme une source de fierté nationale, souffrent aujourd’hui de l’accumulation des dettes, de la faiblesse des investissements et de l’absence d’une véritable politique de maintenance. Zenaïdi estime que ces entreprises ne peuvent être réformées par des mesures ponctuelles, mais nécessitent des décisions profondes et cohérentes.
L’ancien ministre revient également sur la crise du sport tunisien, notamment après les résultats décevants de l’équipe nationale. Il considère que cette situation dépasse le cadre du football et reflète les difficultés générales de la gouvernance publique. Pour lui, l’échec sportif est aussi le résultat d’une politique sportive insuffisante, alors que la Tunisie possède une longue tradition d’organisation et de réussite dans les compétitions internationales.
L’après 2011
Sur le plan politique, Mondher Zenaïdi critique la gestion de la période post-révolutionnaire. Il reconnaît que la Tunisie a réalisé des avancées en matière de libertés et de démocratie durant les années qui ont suivi 2011, mais estime que les dimensions économique et sociale ont été négligées. D’ailleurs, il déplore la dégradation des libertés publiques, avec son lot d’arrestations. Il considère notamment que « l’élection présidentielle de 2024 n’a pas offert une véritable compétition démocratique, plusieurs candidats ayant été empêchés de se présenter ou poursuivis en justice ».
Mondher Zenaïdi distingue toutefois l’État du régime politique en place. Il affirme sa confiance dans les institutions nationales, notamment l’armée, les forces de sécurité et le peuple tunisien. À ses yeux, la Tunisie demeure un pays libre, indépendant et souverain, capable de se relever, à condition d’adopter une gouvernance plus rationnelle et de restaurer la confiance.
Diaspora tunisienne …
La question de l’émigration occupe une place importante dans l’entretien de l’ancien ministre. L’invité estime que la Tunisie souffre d’une véritable crise de ses ressources humaines. Une grande partie des compétences nationales, notamment les médecins, les ingénieurs et les informaticiens travaillent désormais à l’étranger. Dans ce cadre, il appelle à établir une relation plus efficace avec la diaspora tunisienne, qu’il considère comme une force économique et intellectuelle indispensable au développement du pays.
… et migration subsaharienne
Concernant la migration subsaharienne, il plaide pour une approche équilibrée, fondée sur la sécurité, la dignité humaine et la coopération internationale. Il rejette toute dérive raciste et propose l’organisation d’une conférence réunissant les pays d’origine, de transit et d’accueil afin de trouver des solutions durables.
Agriculture, investissement et secteur privé
Sur le plan économique, Mondher Zenaïdi insiste sur l’importance de l’investissement, de la stabilité juridique et du rôle du secteur privé. Il estime que l’intelligence artificielle et la transformation numérique peuvent offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse tunisienne, à condition de supprimer les obstacles administratifs et de renforcer la confiance.
Enfin, il appelle à mieux organiser les filières agricoles et commerciales afin de lutter contre la hausse des prix. Une programmation efficace, une meilleure coordination entre les ministères et une implication directe des agriculteurs permettraient, selon lui, d’éviter les pénuries et les flambées des prix.
Son message central est clair : la Tunisie dispose encore de compétences, d’institutions et d’atouts importants, mais elle doit renouer avec la compétence, le dialogue et une vision collective de l’avenir.